Un stage pour « s’ouvrir à autre chose »

Expérience réalisée par
Aquascope Virelles (A.S.B.L.).
Cadre
formations (specialisees et continuees), autre
Public(s)
adultes, jeunes.
Thème(s)
nature / biodiversité, pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
nature, culture, spiritualité.
Date & durée de réalisation
2011.
Lieu de réalisation
Province du Hainaut (6461).

Description de l'expérience

Un stage "Nature et spiritualité" à l'étang de Virelles: entre immersion dans la nature, éveil spirituel et levier de changement. Cartésiens: attention au choc culturel

Disons le tout net: décrire le stage "Nature et spiritualité" à l'étang de Virelles me met mal à l'aise. A pluseurs titres. Tout d'abord, la spiritualité ne se décrit pas. Elle ne s'écrit pas. Elle se vit. A l'intérieur de soi. En l'occurence, aussi à l'intérieur d'un groupe. Or, je n'ai pas pu vivre ce stage. D'ailleurs, je n'aurais peut-être pas osé. Question de culture. Non, que je pense être dénué de tout profondeur, de toute intériorité, mais ma culture est plutôt cartésenne, rationnelle. Disons-le aussi tout net: j'entretiens une certaine prudence face à l'invisible, une méfiance face aux introspections collectives, aux rituels, une résistance face à la terminologie généralement utilisée. Ma spiritualité, je la range dans le tiroir "jardin privé".

Je ne suis pas à l’aise, néanmoins il eut été dommage de réaliser un dossier « Nature et cultures plurielles » sans parler d’un stage qui questionne l’emprise sur nos vies de notre propre culture, de son rapport à la spiritualité et à la nature, un stage qui explore d’autres façons « d’être au monde », initie aux philosophies des sociétés traditionnelles qui ont gardé la nature au cœur de leur spiritualité.

  • Partir de son vécu

Concrètement, ces trois jours de stage encadrés par Samuel Puissant (Aquascope de Virelles) et Paul Gailly (Natagora) proposent une alternance d’activités d’immersion dans la nature (nuit solitaire, aube sauvage en canoë, etc.) et de contemplation (méditation, etc.), d’ateliers d’échange et de partage, de dispositifs de réflexion sur notre mode de vie et la relation qu’il entretient avec la nature, le vivant et le sacré, de moments conviviaux et festifs (cueillette et repas de plantes sauvages, etc.). Le tout dans un lieu magique : l’étang de Virelles, ses hectares de marais, forêt, roselière et zones humides...

L’an passé, ils étaient une douzaine à participer à la première édition, venus d’horizons très différents. Pourquoi se sont-ils inscrits ? Paul Gailly reprend quelques témoignages de participants : « en recherche de quelque chose qu’on ne sait pas définir précisement", "pour approfondir sa relation à la nature et voir comment l'intégrer dans sa vie", "fatigué, désespéré par ce qui se passe autour de nous", "prendre du recul par rapport à ce qui est important et ce qui ne l'est pas".

Pour répondre à ces attentes, la méthodologie est inspirée de l’écologie profonde et du « travail qui relie » de l’écophilosophe Joanna Macy. Les activités, aux allures parfois un peu ésotériques, visent pour une part à reconnecter les participants avec leur intériorité, à questionner le sens de leurs vies. « Le stage, c’est un travail d’ouverture à ce qui se passe autour de soi, résume le formateur. Partir de son vécu et l’élargir à l’environnement global, se connecter au vaste monde. La nature est un outil pour favoriser cette ouverture. Des choses se passent lors d’une nuit solitaire dans la nature, difficiles à expliquer. »

  • Eveil spirituel

Dans cette volonté de faire prendre conscience que notre culture occidentale moderne a séparé l’homme d’un côté et la nature de l’autre, et qu’il s’agit de les reconnecter, la paire d’animateurs tente au fil du stage de proposer un autre regard, un autre rapport au monde, naturel en particulier. « Durant ces trois jours, il s’agit de comprendre et faire l’expérience de notre interdépendance et de notre responsabilité à l’égard des générations futures et des autres formes de vie. Nous sommes faits de la même matière que les étoiles, les arbres et les pierres, les mêmes molécules, les mêmes atomes de base, souligne Samuel. “Je suis dans, de et pour la nature” et non pas “J’ai une responsabilité morale envers les espèces”. Ce devoir de prêcher l’altruisme est totalement inefficace. Qui est en danger ? Ce n’est pas la planète, mais bien l’avenir de l’Homme sur Terre ».

Pour y parvenir, ils s’appuient notamment sur les cultures d’ailleurs. Par exemple, un atelier, inspiré de la tradition hindoue, part des chakras situés en différents points du corps humain pour entrer en relation avec l’environnement. « Lorsque je fais écouter différents types de musiques, les participants sentent que ce ne sont pas toujours les mêmes niveaux qui vibrent. Et c’est vrai aussi lorsque l’on rencontre un ours, un hérisson ou une fleur. Se rendre compte de cela enrichit la relation à l’environnement, explique Paul Gailly. Les chakras, c’est un modèle de fonctionnement. On ne sait pas si c’est vrai ou pas, si ça marche ou pas, mais cela donne une autre vision que purement scientifique. Si tu regardes en mettant ces lunettes-là, tu comprends certaines choses. » Un autre atelier propose de construire une hutte à sudation, véritable moteur de la vie spirituelle des Indiens Lakota, suivi d’une cérémonie adaptée des traditions Navajo. « Mais ce n’est pas planant à ce point, tempère Paul. Ce sont davantage des moments de réflexion que des méditations au sens traditionnel de là-bas. On reste connectés à notre réalité. D’ailleurs, ce qui revenait toujours : “Oui, mais que puis-je faire maintenant pour plus d’harmonie, en quoi je peux contribuer à ce que ça aille mieux ?” ». Et chacun de trouver ses possibilités d’action, pour repenser la place de l’homme dans la nature, et la place de la nature dans l’homme.

Christophe DUBOIS

Avis & Conseils pédagogiques

  • Ce qu’en dit l’anthropologue...

« Ce type de stage traduit la crise actuelle. Cela montre que les gens ne sont pas satisfaits de la manière dominante de pen- ser la nature en Occident. Ils éprouvent un malaise, un manque. Ils ne s’identifient pas à cette distance face à la natu- re. Alors, la tendance est d’aller voir dans les cultures tradi- tionnelles, de réinventer des traditions, du néo-chamanisme. Cela n’a plus rien d’authentique puisque ces pratiques ont été transformées au contact de notre culture et de notre environ- nement, ont évolué au fil du temps.

Cela peut sans doute apporter une réponse personnelle, au cas par cas, à un certain besoin de se reconnecter à la nature. Mais ce n’est pas par là que viendra la résolution de la crise actuelle, qui est un problème bien plus global de choix de société, société qui s’est en plus diffusée et mondialisée. » Charlotte Breda, anthropologue de la nature.

Sources

Magazine Symbioses n°91: Nature & Cultures plurielles

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Un stage pour "s (PDF)


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Ressources propres

Indicateurs

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Plus d'infos
  • Contact Aquascope de Virelles:

060/21 13 63
info@aquascope.be
www.aquascope.be


Outil(s) pédagogique(s)
Ecopsychologie pratique et rituels pour la Terre.

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