Les reines vertes du quartier

Expérience réalisée par
Gaffi asbl (A.S.B.L.).
Cadre
socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), collectivites (homes, ateliers proteges, hopitaux, habitats,...).
Public(s)
tous publics - famille, public précarisé.
Thème(s)
jardin, milieu urbain.
Mots clés
potager, jardin, jardinage, agriculture, culture, interculturel, milieu urbain, social, alphabétisation, potager collectif, cohésion sociale.
Date & durée de réalisation
2011.
Lieu de réalisation
Région Bruxelloise (1030).

Description de l'expérience

Des femmes d’horizons différents prolongent leur apprentissage du français dans un jardin collectif schaerbeekois. Elles cultivent la terre, découvrent des fruits et légumes, échangent des savoirs et savoir-faire, et façonnent le terreau de leur autonomie.

A la lisière de la commune de Schaerbeek, entre hauts buildings de bureaux et maisons d’habitation, se cache un petit espace vert portant le doux nom de parc Reine Verte. Une parcelle, coordonnée par le Partenariat de Quartier, y accueille le jardin collectif du Gaffi, le Groupe d'Animation et de Formation pour Femmes Immigrées. Depuis près de 3 ans, à raison d’une fois par semaine, légumes et plantes aromatiques en bacs se font chouchouter par quelques femmes du quartier. De même, une rue en contrebas, dans la cour de la crèche annexe aux bureaux du Gaffi, où là aussi les bacs à potager se déploient allègrement.

Ces femmes viennent du Maroc, de Guinée, de Sierra Leone... Elles sont en Belgique depuis quelques mois ou plusieurs années. Leurs âges diffèrent. Leurs histoires aussi. Au Gaffi, elles viennent suivre des cours d’alphabétisation, et plus précisément des cours d’expression orale. La création du jardin émane de la demande de quelques femmes de renouer avec la nature. Dans leur pays d’origine, elles vivaient à la campagne. Ici, les pavés de la ville et la vie en appartement semblent leur avoir retiré ce contact avec la terre.

  • Echanges

La directrice et l’équipe du Gaffi ont d’emblée adhéré à l’idée et développé la démarche du jardin collectif. Avec l’aide ponctuelle d’Aline, animatrice de l’asbl Le Début des Haricots, ces femmes immigrées découvrent ou redécouvrent les joies du jardinage. « J’explique les grands principes, raconte Aline. Comme ces femmes sont en cours d’alphabétisation, il y a parfois des problèmes de compréhension. J’essaie donc de faire au plus simple, d’entrer plus dans la pratique que dans la théorie. L’objectif est surtout de donner le goût de jardiner et de leur faire découvrir des légumes qu’elles ne connaissent pas. Celles qui vivaient à la campagne dans leur pays partagent leur expérience. Certaines, aussi, nous font découvrir les propriétés médicinales de certaines plantes. »

Aline se penche sur un pot de basilic, en cueille une feuille, la fait sentir, toucher, goûter. Badia s’avance : « Au Maroc, basilic contre les... » Elle cherche ses mots, agitant la main comme pour imiter un insecte volant. « Contre les moustiques ?, lance l’animatrice. Ah bon, je ne savais pas. Ici en Belgique, on utilise surtout la citronnelle. »

  • Apprentissages multiples

Certaines femmes plongent les mains dans la terre, la retournant, plantant, remuant, éclaircissant... D’autres s’y risquent du bout des doigts, craignant parfois de se salir.

D’autres encore restent distantes, préférant observer, échanger des recettes d’ici et d’ailleurs ou tout simplement papoter dans cet espace vert, en dehors des murs. Toutes sont là, réunies dans ce jardin qui est le leur. « Le jardin leur permet d’apprendre à mieux se connaître, explique Maria Assumpta, l’animatrice en alpha, elle-même d’origine africaine. C’est aussi très intéressant au niveau de l’apprentissage. » Pour apprendre de nouveaux mots en français, mais aussi pour découvrir des saveurs parfois inconnues. Comme cette Sierra Léonaise qui vient de goûter pour la première fois de sa vie une framboise. « Ça fait 3 ans qu’elle est en Belgique, peut-être n’a- t-elle jamais osé en acheter, ne sachant pas ce que c’est », poursuit Maria Assumpta.

Munie d’un petit râteau, Ramata gratte la terre. « En Guinée, on a aussi des potirons, mais différents. Et des tomates. Mais pas de courgettes. J’aime venir au jardin pour apprendre de nouveaux légumes et pour être avec les autres femmes. » Tout en se remettant à l’œuvre, elle lance à Badhia : « Et toi, au Maroc, tu fais ça ? » « Non pas moi, mais ma sœur a un jardin. Quand je vais la visiter, je l’aide. »

  • Vers plus d’autonomie

« Pour l’instant, elles ne viennent pas de manière autonome au jardin, il faut encore quelqu’un pour les stimuler, explique Aline. Mais à terme, le but est que ce projet leur appartienne, qu’elles s’occupent spontanément du jardin. » Une invitation à l’émancipation, à l’image de l’engagement premier du Gaffi : « promouvoir l'autonomie et la responsabilité des personnes de différentes cultures ».

Ce jardin ne se décline pas qu’au féminin. Les enfants du centre de vacances du Gaffi plongent aussi les mains dans la terre pendant les congés scolaires. Quant aux plus petits de la crèche d’à côté, ils ont le privilège de goûter certaines récoltes lors de leurs repas. Et non loin, paraît-il, la démarche inspire d’autres groupes de femmes et associations..

Céline TERET

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Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Partenaire(s)
Le Début des Haricots.

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