Sur les chemins de l'école

Expérience réalisée par
école de Sart-Messire-Guillaume.
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
enfants (maternelle/primaire).
Thème(s)
mobilité / transport.
Mots clés
primaire, mobilité, transport.
Date & durée de réalisation
2012.
Lieu de réalisation
Province du Brabant Wallon (1490).

Description de l'expérience

Dans la commune de Court-Saint-Etienne, une école devenue grande se voit encerclée par un flot de voitures aux heures d'entrée et de sortie des classes.Pendant près de deux ans, école, commune et associations se sont mobilisées autour du projet "L'école au bout des pieds" afin de valoriser la mobilité douce aux abords de l'établissement.

Sur l’aire de bitume devançant l’entrée de l’école communale de Sart-Messire-Guillaume, Ludo De Loof, enseignant de 5 primaire, pointe la petite vingtaine de places de parking. « Ce n’est pas suffisant, au vu de l’afflux de parents qui déposent et viennent rechercher leurs enfants tous les jours. » Se dessine alors l’image de files à rallonge, de voitures garées à la sauvette sur le trottoir, agrémentée du son des klaxons excédés. Depuis qu’elle s’est reconvertie en école en immersion (français-anglais), ce qui fut jadis la petite école d’un village paisible et campagnard situé dans l’entité de Court-Saint-Etienne a presque triplé de volume en termes de nombre d’élèves. Près de 400 enfants affluent quotidiennement, pour la plupart à coups de portières qui claquent, après une route de 1 à 30 km.

Petit test dans la classe de Monsieur Ludo : qui parmi vous ne vient pas à l’école en voiture ? Sur 19, seuls deux doigts se lèvent. « Pourtant moi j’habite pas loin, mais ma maman préfère me déposer car c’est trop dangereux », lance l’une. « C’est sur le chemin du travail de mon papa », lance l’autre. « Et moi je passe au moins 20 minutes dans la voiture ». L’enseignant souligne à son tour : « Il faut pouvoir écouter les contraintes des parents. Leurs craintes aussi, qui souvent sont justifiées. Il y a de plus en plus de voitures et elles sont de plus en plus grosses. Circuler aux abords de l’école à pied, sur des trottoirs un peu étroits, ça peut faire peur.» « C’est un cercle vicieux, enchérit une élève. Car comme ils ont peur, les parents prennent leur voiture et il y a encore plus de voitures et c’est encore plus dangereux... »

  • De la sensibilisation à l’action

Le cas de l’école de Sart est loin d’être unique. Les soucis de mobilité dus à l’abondance de circulation aux abords des établissements scolaires sont légion. Pourtant, en Wallonie, un tiers des enfants du fondamental habitent à moins d’un petit kilomètre de leur école ! Pour tenter d’améliorer l’accessibilité aux écoles et l’utilisation de transports alternatifs (marche, vélo, covoiturage), la Région wallonne a lancé « Le Printemps de la mobilité », invitant établissements scolaires et communes à collaborer autour de projets « clé sur porte », avec l’accompagnement d’associations expérimentées en mobilité.

Une aubaine pour Stéphane Ravet, échevin de la mobilité et des travaux publics de Court-Saint-Etienne. « J’ai consulté toutes les directions des écoles implantées sur le territoire pour savoir qui serait intéressé de participer à l’appel à projets. Après avoir obtenu deux réponses, surtout portées par les associations de parents, j’ai introduit le dossier auprès de la Région et nous avons été retenus. »

Voilà donc comment les 5e années de l’école communale de Sart se sont lancées dans le projet « L’école au bout des pieds », visant à favoriser la marche à pied jusqu’à l’école grâce à la mise en place d’itinéraires adaptés et sécurisés. C’est Empreintes, association d’éducation à l’environnement, qui a coordonné le projet et mené des animations conjointement avec les asbl Gamah et Sentier.be. Au programme : sensibilisation des deux classes de 5e primaire aux enjeux de la mobilité, état des lieux des pratiques de déplacement de chacun, formation aux bons réflexes du déplacement piéton sur la voie publique, recherche et expérimentation d’itinéraires piétons, actions de sensibilisation auprès du reste de l’école...

Ce travail de terrain a accouché de propositions concrètes d’itinéraires piétons et d’aménagements, concoctées par les élèves, leur enseignant, les partenaires associatifs et l’association des parents. Mesures ensuite soumises à la commune. « Nous avions déjà dans nos cartons certaines de ces propositions, explique l’échevin. Mais il y a des choses auxquelles nous n’avions pas pensé, comme les dépose-minutes. » Au nombre de deux, ils ont depuis lors été installés à l’avant et à l’arrière du bâtiment. L’idée étant que les parents déposent leurs bambins à une centaine de mètres des entrées de l’école et fassent demi-tour avant que les bouchons ne se créent. Les enfants poursuivent alors à pied sur un chemin sécurisé ou, du moins, en partie. Car certains trottoirs doivent encore être améliorés ou aménagés. Des subsides de la Région ont été accordés à la commune, représentant 75% du coût des aménagements prévus.

  • Taper sur le clou

« Les aménagements ne vont pas résoudre les incivilités. Certains parents aimeraient pouvoir déposer leurs enfants en voiture jusque dans les salles de classe », souligne l’échevin. Mathieu Le Clef de l’asbl Empreintes abonde dans ce sens : « Une fois les aménagements réalisés, un travail de mobilisation devra à nouveau être mené. » A deux reprises déjà, lors des semaines du Printemps de la Mobilité en mai 2011 et 2012, les parents avaient été interpellés sur la route, avec des tracts ou via des panneaux à slogans accrocheurs : « Attention, il y a des piétons », « Zone 30 km/h », « Maman, si tu veux causer, tu dois d’abord te garer»... Ces actions aux abords de l'école avaient aussi permis de récolter les avis des parents.

« Souvent, on entend dire “y a qu’à faire ceci ou cela’’, lance l’enseignant Ludo De Loof. Mais ce n’est pas si simple. Certains parents ont par exemple appris que trop agrandir les trottoirs empêcherait bus et tracteurs de passer. C’est donc important que les parents soient eux aussi à l’écoute des autres acteurs. » Stéphane Ravet ajoute : « En tant que politiques, on a l’habitude d’être critiqués. Ca fait partie de notre boulot que d’expliquer quelles sont nos contraintes et de remettre les gens face à leurs responsabilités. »

Au sujet des journées de mobilisation visant à conscientiser les parents, les élèves racontent : « On recevait beaucoup d’encouragements des parents. Mais ça n’a duré que 2 jours et depuis on n’a pas l’impression que ça a beaucoup changé les choses... » Avis partagé par l’enseignant, plus nuancé : « Ce projet ne va pas résoudre tout le problème. Mais si ça peut contribuer à le résoudre en partie, c’est déjà très bien. En râlant, on n’améliore pas les choses. Ici, les élèves ont appris à trouver des solutions. » Ce n’est pas Mathieu Le Clef qui le contredira : « A travers cet appel à projets, la Région wallonne a une perspective de résolution des problèmes. Si c’est important, pour nous la priorité est davantage la dimension pédagogique de ce type de projet : découvrir son environnement, expérimenter... Les enfants ont acquis des tas de connaissances au cours de ce processus. »

Céline TERET

Sources

Magazine Symbioses n°95: Education à l'environnement dans les communes

pdf

sur les chemins de l (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Contacts:
  • école de Sart-Messire-Guillaume
    Ludo De Loof
    010615467
Plus d’infos sur le Printemps de la Mobilité via http://semaine.mobilite.wallonie.be
Partenaire(s)
Tous à Pied, Empreintes, Atingo (anc. Gamah).

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