Les itinéraires piétons font leur chemin

Expérience réalisée par
Tous à Pied (A.S.B.L.).
Cadre
socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), autre
Public(s)
tous publics - famille.
Thème(s)
mobilité / transport, milieu rural.
Mots clés
mobilité, transport, déplacement, aménagement, participation, milieu rural.
Date & durée de réalisation
2013.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4570).

Description de l'expérience

Réhabiliter les petits chemins de nos villages, les baliser, pour en (re)faire des alternatives piétonnes à la voiture. Voilà le défi lancé aux communes par l’association Sentiers.be, avec l’aide des habitants.

Que deviennent les chemins et sentiers de nos villages et de nos campagnes ? Hier, nos grands-parents les utilisaient pour se rendre à pied ou à vélo dans le village voisin, à la gare, à l’école... C’était avant. Avant la voiture individuelle et les routes asphaltées. Depuis, ils ne sont plus guère utilisés, pour la plupart. Si ce n’est pour des loisirs : la balade du dimanche, la sortie du chien, le jogging matinal. Sentiers devenus bucoliques plus que pratiques. Quand ils ne sont pas oubliés, labourés, avalés par une propriété. « Pourtant, ils sont utiles, d’autant qu’en milieu rural, les grosses routes sont peu équipées de trottoirs, constate Boris Nasdrovisky, de l’asbl Sentiers.be. Beaucoup de gens aimeraient se déplacer à pied, mais ne le font pas, par peur ou par méconnaissance des chemins. » D’où l’idée de l’association d’accompagner les communes afin que celles-ci mettent en place un réseau de sentiers pour favoriser
la mobilité douce.

  • Marchin en marche

Neuf communes 1 ont relevé le défi, dans le cadre d’un appel à projets lancé par la Wallonie. Parmi elles, Marchin, 3000 hectares montueux de champs et de bois, 5300 habitants. C’est le Groupe d’Action Locale du Pays des Condruses qui a convaincu la commune de se lancer dans le projet, et d’y associer deux entités voisines, celles de Nandrin et de Modave.

Le 13 juin dernier, une poignée de Marchinois se donnaient rendez- vous en soirée dans une classe de l’école primaire. Boris Nasdrovisky leur rappelle les objectifs du projets : « Le but premier est de concevoir un réseau de liaison piétonne, fléché, reliant différents pôles de la commune. Nous allons identifier ensemble les sentiers à intégrer prioritairement dans le réseau en vue d’un balisage fin 2013 et construire une proposition argumentée pour le conseil communal, qui ensuite fera des choix en fonction de ses moyens. »

Boris et sa collègue Gaëlle Cassoth présentent alors les différents pôles identifiés, qu’il s’agira de relier par des sentiers de moins de 4 km : « On a identifié le centre de Marchin. Pour vous, où se situe le point exact d’où devraient partir les itinéraires ? » « Le lieu le plus attractif, c’est la place communale, où il y a l’administration, une école à proximité, deux commerces, un arrêt de bus et un arrêt de covoit’stop (ndlr : lieu d’auto-stop entre voisins) ... » répondent les habitants, approuvés par Pierre Ferir, échevin de la Mobilité et des Travaux. Puis de continuer à quadriller le territoire pour y choisir les emplacements des futurs balisages : le vieux Barse et son Ravel, le kiosque de Grand Marchin, le rond-point des Dix Bonniers, le Fourneau et son Athénée...

  • D’inventaires en anecdotes

Ensuite vient le moment de décider par groupe des chemins les plus judicieux (directs, praticables, avec un minimum de routes et de dénivelés) pour relier ces pôles. Les participants se basent sur une carte répertoriant tous les sentiers ayant une existence légale, suite à un laborieux travail cartographique réalisé par Boris, sur base de l’Atlas et du Cadastre. Les chemins disparus sont dessinés en rouge et ceux nécessitant des aménagements en orange. Une précision rendue possible grâce à l’inventaire de terrain réalisé quelques semaines plus tôt par Fred, employé de la commune, et cinq autres habitants, qui ont parcouru les 120 km de sentiers durant 3 jours.
En se penchant sur leurs cartes, les habitants voyagent dans le temps. Ils se rappellent les ouvriers se rendant aux forges par les chemins ou la construction du réseau de trottoirs début ’70. Les anecdotes fusent aussi vite que les avis. « Je vais à la fête de la pomme par là ». « C’est magnifique, mais dès qu’il pleut c’est impraticable ». « Ici, près de chez Gaëtane, il manque un tronçon. » Et s’adressant à l’échevin : « Là, chef, ce chemin est labouré, il faut faire quelque chose. »

  • Un projet éducatif

« Il était évident que la population marchinoise soit associée à ce projet, estime Pierre Ferir. Dans un premier temps, ils découvriront certainement des sentiers oubliés depuis longtemps, ensuite ils nous aideront à faire des choix ». Il reste néanmoins sceptique sur les retombées : les habitudes sont bien ancrées, les trottoirs déjà présents et le coin fort vallonné. Boris Nasdrovisky, lui, fait le pari que la valorisation de l’infrastructure, en commençant par le balisage, joue sur les pratiques de la population et fasse le déclic : « Le projet est un bel outil de sensibilisation. Ce n’est pas juste leur dire “délaissez parfois la voiture”, c’est les y associer, leur faire tester, construire ensemble des alternatives. Mais au delà du balisage, il faudra des actions éducatives et des projets concrets qui fassent vivre ce réseau. Les mentalités et les usages ne changeront pas dans l’année. » Chacun doit en effet faire son chemin, en douceur...

Christophe DUBOIS

1 Ohey, Yvoir et Chaudfontaine en 2011 ; Colfontaine et GAL du Pays des Condruses (Marchin, Modave et Nandrin ) en 2012 ; Namur et Amay en 2013.

Sources

Magazine Symbioses n°99: "Mobilité"

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

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