L'arrosoir, un outil pédagogique!

Expérience réalisée par
Humus (A.S.B.L.), Le Début des Haricots (A.S.B.L.).
Public(s)
tous publics - famille.
Thème(s)
pédagogie / éducation / formation, agriculture.
Mots clés
agriculture, maraîchage, potager, maternelle, dehors, nature, milieu urbain, primaire.
Date & durée de réalisation
2014.
Lieu de réalisation
(0).

Description de l'expérience

Corinne Mommen, de l’asbl Humus, aide à la mise en place de potagers, notamment à l’école. Pour offrir aux enfants (et aux adultes) un espace de création et d’apprentissages multiples, pour les éveiller au contact avec la terre, pour réfléchir à notre alimentation, et aussi pour rêver ! Interview

  • Apprendre à cultiver des laitues, est-ce bien le rôle de l’école?
Ce n’est pas seulement apprendre à cultiver des légumes et se relier à son alimentation. Le potager est un magnifique outil de pédagogie active. En primaire, on peut faire des maths en mesurant le plan du potager, en le dessinant, en le divisant en triangles ou en carrés. De l’expression écrite : par exemple, des enfants m’ont envoyé un courrier pour me demander des conseils. Le jardin permet également l’éveil scientifique: comprendre la notion d’écosystème, d’interdépendance. On peut aussi faire le lien avec l’environnement global, faire une enquête dans un magasin pour voir d’où viennent les légumes et ainsi aborder l’empreinte écologique. Ce peut être aussi un outil de créativité pour aborder nos peurs : dessiner une bête imaginaire du jardin, lui inventer un nom, la modeler dans l’argile puis la poser à côté des légumes. Ou fabriquer un épouvantail. On peut aussi découvrir le potager par les sens, lorsqu’il est bien développé en juin : concentrer son regard, écouter les bruits, sentir, goûter, toucher... Cultiver, c’est enfin apprendre à utiliser des outils, ce qui est de plus en plus rare dans la vie des enfants. Certains élèves veulent creuser des trous avec un rateau. Travailler avec leurs mains et des outils est primordial dans leur éducation.

  • Il y a aussi le lien avec la nature...
Le lien à la terre est essentiel. Je trouve préoccupant que les enfants soient « éduqués hors sol », même à la campagne. Un potager, c’est un petit bout de nature dans l’école, dont ils sont responsables. Ils doivent prendre soin du vivant, de la plante, ou même des petites bêtes dont ils ont peur, observer leur développement, s’ouvrir à la diversité. Ils s’émerveillent de voir que la petite graine qu’ils ont récoltée dans une tomate en septembre, puis séchée, puis plantée en février, que cette petite graine de 2 millimètres donne un plant de 2 mètres de haut rempli de nouvelles petites tomates. On doit aussi verbaliser ce genre de chose, surtout quand ils sont petits.

  • Se lancer dans un potager, ça ne s’improvise pas. Pour vous, quels sont les pièges principaux à éviter ?

Animer des groupes classe autour d’un potager, ce n’est en effet pas si facile. Pour plusieurs raisons. Il y a d’abord l’état des connaissances de l’enseignant. Avoir une vue globale du jardin, quels gestes poser à quels moments, ce sont des savoirs et des savoir-faire que beaucoup ignorent ou ont oubliés. Il faut donc qu’ils les réapprennent, voire se forment ou se fassent accompagner, pour progressivement prendre confiance.

Par ailleurs, lorsqu’on travaille au jardin, il faut pouvoir montrer et donner du travail à chaque enfant, ce qui n’est pas facile lorsqu’on a 20 élèves autour de trois bacs. Tous doivent pouvoir agir en même temps avec des tâches différentes et parfois minutieuses. Il faut donc faire différents groupes, cela nécessite beaucoup d’organisation. Et apprendre que sortir n’est pas toujours synonyme de récréation. Par contre, côté entretien, ça ne demande pas beaucoup de travail, surtout si c’est un potager en bac, solution la plus adaptée aux écoles, notamment en milieu urbain (lire Potager en carrés, p.24).

  • Il y a aussi la question de la temporalité : comment concilier le cycle scolaire et le cycle naturel ?

C’est vrai que beaucoup de légumes - mais pas tous ! - doivent être récoltés en été, au moment où les classes sont en vacances. Il est nécessaire de choisir les espèces en fonction de ce rythme scolaire et du moment auquel Dans certaines écoles avec lesquelles je travaille, on commence en novembre en fabriquant les bacs, on attend le printemps pour planter, et avant Pâques les enfants ont déjà dégusté salades et radis. Si on s’y met dès la rentrée, on peut même avoir une récolte d’automne. Et si le projet perdure d’une année à l’autre, il y a aussi moyen de planter carottes, betterave et navets pour les récolter en septembre, pour peu que l’enseignant soit encore là...

  • Beaucoup de classes aiment travailler par projet d’année. Un projet potager est-il appelé à durer plus longtemps qu’un an ?

C’est en effet dommage que le projet s’arrête après une année, car cela demande de l’énergie au démarrage, il faut le temps de prendre ses marques. Et si le jardin se fait envahir de mauvaises herbes, ce n’est pas très cohérent pour les enfants qui s’y sont investis et s’y sont attachés. Une vraie relation s’établit entre les enfants et leur potager, il y a un côté très affectif.

  • Vous proposez aussi des formations pour adultes. Est-ce fort différent ?

Pas fondamentalement, même si on est sans doute moins dirigiste, plus dans l’échange. La culture sociale et familiale ayant eu davantage le temps de faire son œuvre dans nos têtes, on va aussi discuter plus profondément de nos différentes visions du jardin : voulons-nous tout contrôler ou pas ? Jardinons-nous pour la production, pour le bien- être que ça procure ou pour l’esthétique ? Sommes-nous plutôt du genre à faire germer une graine dans un joli pot bien étiqueté ou à la semer à la volée ? On a chacun nos représentations de ce que doit être un potager. C’est peut- être parfois cela la difficulté des potagers collectifs. Il y a aussi le cas particulier des adultes en situation de précarité, pour qui le potager peut devenir un espace de réappropriation, de confiance, d’autonomie, de responsabilité. Un jardin, c’est un vécu très individuel. Il faut partir de là.

Propos recueillis par Christophe DUBOIS

Avis & Conseils pédagogiques

Sofia Baruffol, de l’asbl Le Début des Haricots, partage 7 conseils autour de l’animation d’un potager éducatif:

  • Pour nous, le potager est un outil pédagogique, ce n’est pas une finalité en soi. Une première étape est d’abord de s’accorder là-dessus avec les écoles qui viennent souvent avec l’unique demande d’avoir un potager. Mais pourquoi vouloir mettre en place un potager ? On leur demande de creuser cette question.
  • Il n’y a pas de bon ou de mauvais potager. Il faut se lâcher, décomplexer, expérimenter... Et le faire avec les élèves. Un peu de théorie, ça ne fait jamais de mal non plus.
  • Le soutien de la direction est essentiel et il faut que ce soutien soit réel. Dire qu’on est d’accord ne suffit pas, un tel projet peut demander un peu plus de temps et d’attention. Quand un projet de potager prend fin, en général, c’est parce qu’il y a un professeur porteur qui s’en va, qu’il n’y a pas eu suffisamment de soutien de la part de la direction ou d’autres profs, ou pour cause de déménagement des locaux. Il faut donc y penser.
  • C’est important qu’il y ait une production pour que les enfants puissent goûter. Mais il ne faut pas se leurrer, on n’arrivera pas à alimenter la cantine avec un potager d’école ! L’important n’est pas tant de produire avant tout, mais de s’accorder au rythme des enfants, de prendre le temps, de découvrir.
  • Quand c’est possible, c’est mieux de placer le potager dans la cour ou à vue, comme ça les enfants peuvent le voir et le montrer à leurs copains pendant la récréation.
  • Persévérer. Pour certains ados, la terre « c’est sale ». Parce qu’ils ne connaissent pas. Parce qu’il y a l’effet de groupe aussi. Ca peut alors prendre plusieurs animations pour qu’ils veuillent bien mettre les mains à la terre. Mais la plupart du emps, tous finissent par le faire et y prendre goût. Quand on arrive sur le potager, j’aime bien laisser les jeunes pendant 5-10 minutes. Ca part dans tous les sens, ça explore... ils posent des questions, c'est important et pertinent

Sources

Magazine Symbioses n°103: "Cultiver en ville "

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Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos

Contact :

- Corinne Mommen - 085 23 25 00 - www.humusasbl.org

-  Sofia Baruffol - 02 644 07 77 - www.haricots.org


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