Récréation : laisse béton

Expérience réalisée par
Ecole fondamentale Saint Remacle (Etabl. scolaire), EFA Saint-Servais (Etabl. scolaire).
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
enfants (maternelle/primaire).
Thème(s)
milieu urbain, nature / biodiversité.
Mots clés
enfant, nature, biodiversité, verdurisation, milieu urbain.
Date & durée de réalisation
2017.
Lieu de réalisation
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Description de l'expérience

La campagne Ose le vert, recrée ta cour propose d’apporter plus de nature dans les cours de récré des écoles fondamentales. Mais comment faire lorsqu’on est une école de ville, 100% béton, coincée entre quatre murs ?

Une pelleteuse s’active dans la petite cour de l’école Saint-Remacle, à Verviers. Enseignants, parents et enfants, tous se sont donné rendez-vous en ce samedi de février pour casser le béton. 40 m2 sur 30 cm de profondeur, soit 32 tonnes à évacuer ! Un papa pousse une brouette, une maman apporte le thé : « C’est chouette, on découvre les enseignants différemment ». Exit l’artificiel. Bientôt du naturel : d’ici juin, les élèves devraient pouvoir profiter d’un peu de pelouse et d’un potager didactique. De quoi colorer de vert cette école de ville à encadrement différencié. Pour la communauté scolaire, cette journée marque le début visible du projet Ose le vert, recrée ta cour, du nom d’une campagne lancée par GoodPlanet Belgium et Natagora, avec le soutien de la Wallonie, dans laquelle 140 écoles fondamentales se sont engagées en 2016-17, budget et accompagnement à l’appui.

« Cela fait deux ans que la cour était au cœur de nos préoccupations, explique Rodolphe Bastin, le jeune directeur du primaire. Initialement, l’équipe souhaitait surtout diminuer les conflits lors des récréations. « En nous inspirant de l’Université de Paix et de son programme Graine de médiateurs, basé sur la médiation par les pairs, nous avons demandé aux élèves comment ils vivaient la cour, ce qu’ils aimeraient, leurs propositions. Nous les avons même filmés pour qu’ils observent leurs interactions. Ensemble, nous avions défini trois zones dans la cour pour différents types de jeux - zone calme, zone avec ballon, jeux sans ballon - et des règles. Du coup, lorsque l’appel Ose le vert est arrivé, il est tombé à pic. Car la nature va nous permettre d’ajouter de la convivialité. » Bientôt, une haie séparera les espaces de jeux, des arbustes fruitiers fleuriront dans un coin et le mur du fond accueillera un tag végétal. Avec les élèves à la manœuvre.

  • Des bons plan(t)s

« On est dans un quartier ouvrier, en milieu urbain, sans beaucoup de nature. Parmi nos 170 élèves, beaucoup n’ont pas de jardin, et la cour est entièrement minérale, encaquée entre les bâtiments, explique Christelle Greffe, directrice du maternel. C’était plus facile de mettre des bacs, mais on trouvait important d’enlever du béton, pour qu’ils puissent toucher la terre et parce que la plante vient du sol. C’est plus marquant et symbolique pour les enfants. Notre objectif est de reconnecter les enfants à la nature. C’est notre devoir de les sensibiliser et de les rendre acteurs, d’ancrer les apprentissages dans le réel ».

Pour mener à bien son projet, l’école Saint-Remacle n’a pas hésité à demander de l’aide. Celle des parents, avec qui les liens ont pu être renforcés. Un beau-frère entrepreneur, qui a fourni pelleteuse et terre pour la zone verte. L’école de devoirs voisine, qui pourrait occuper les lieux durant les vacances d’été et ainsi arroser les plantations. « Il y a aussi l’aide financière et le coaching de GoodPlanet, souligne Rodolphe Bastin. L’expertise de notre coach nous a été d’un grand secours, pour nous aider à choisir et trouver les plantes locales, bien prendre en compte le calendrier des saisons, réaliser le tag végétal, construire des bancs avec les enfants… »

  • Comme un arbre dans la ville

Autre école de ville, autres contraintes. A l’école fondamentale annexée (EFA) de Saint-Servais, près de Namur, c’est la nature qui a décidé d’enlever le béton. Il y a bien longtemps, huit arbres avaient été plantés, à l’entrée de la grande cour pavée. Avec les années, les racines des bouleaux déchaussaient les pavés. « Nous avions de nombreux accidents, raconte Mme Rosart, la directrice de cette école urbaine de 130 élèves. Pour des raisons de sécurité, l’Administration Générale de l’Infrastructure (AGI) avait décidé d’abattre les arbres de la cour et de la macadamiser entièrement. Mais c’est la seule végétation, ils nous apportent de l’ombre en été et des oiseaux toute l’année. » En lisant l’appel de Ose le vert, recrée ta cour, la solution est apparue : après négociations, la DGI a accepté de dépaver 300m2 autour des arbres - soit 20% de la superficie de la cour - pour laisser place à la nature. Une opération écologique autant qu’économique.

Trois arbres ont néanmoins dû être abattus: ils empêchaient l’accès des secours. « Ça a provoqué un tollé dans le quartier, les habitants croyaient qu’on allait tout abattre, raconte Mélodie Chantraine, enseignante investie à 100% dans le projet. On en a profité pour déposer dans les boîtes aux lettres un courrier expliquant notre projet. Et là, ils nous ont félicité et proposé leur aide. »

  • S’adapter aux rythmes et imprévus

La couche de béton retirée, l’école a  découvert ce qui se cachait sous les pavés. De la terre, mais pas seulement. « A certains endroits, il y avait des restes d’abris datant de la 2e guerre mondiale. L’entrepreneur va donc devoir revenir, et les plantations vont être un peu retardées, regrette l’enseignante. L’agencement des calendriers est parfois difficile : il y a le calendrier scolaire, celui de la nature, et celui des intervenants extérieurs. Il faut pouvoir s’adapter. » Cela n’empêchera pas les élèves de semer la prairie fleurie avant les vacances, et de la border à l’automne d’une haie d’espèces locales, dont de nombreux fruitiers (groseilliers, framboisiers, cassis).
« Nous allons aussi construire une cabane vivante en saule, avec l’aide de notre coach de GoodPlanet. Ce sera la zone calme, avec des entrées étroites. Un retour apaisant à la nature, au cœur de la cour », se réjouit Mélodie Chantraine.

L’enseignante a encore beaucoup d’idées sous le pied, mais souhaite avancer pas à pas : « On va aussi concevoir des sièges avec les troncs du bouleau. Nous voulons impliquer un maximum les enfants, pour favoriser le respect du lieu et les apprentissages. Les fruits vont attirer les oiseaux et nous permettront de faire des activités culinaires. Tout comme les légumes du potager que nous allons préparer derrière l’école. Si nous voulons que le projet reste vivant, il faut l’étaler dans le temps, pour que chaque année il y ait de nouveaux projets nature ».

  • Une dynamique d’équipe

Comme à l’école Saint-Remacle, beaucoup d’élèves de l’EFA Saint-Servais vivent dans des tours de logements sociaux et ne font jamais d’activités nature dans le cadre familial. Pour les enseignantes, réunies dans la salle des profs, le projet répond à un véritable manque. Anne : « Plutôt que de cultiver la nature dans des petits pots, on va pouvoir vivre dedans. On a même imaginé aménager une classe d’extérieur. » « Ce projet a changé mon regard, enchaîne Catherine. Au départ, j’avais un peu peur que les enfants se salissent. Puis on a pensé à un "arbre à bottes" pour qu’ils puissent s’épanouir dans la nature par tous les temps. Les enfants me disent qu’ils aiment mettre les mains dans la terre, ils ne font jamais ça chez eux. » « Cela a insufflé  de l’enthousiasme dans notre dynamique d’équipe, complète sa collègue. On s’est réparti les tâches. Le fait d’être à plusieurs, accompagnés par une coach qui répond à toutes nos questions et nous apprend plein de choses, c’est rassurant.»

  • Tout n'est pas possible

A deux kilomètres de là, en plein piétonnier de Namur, la Communauté scolaire Sainte-Marie connaît une situation bien différente. La cour, encerclée de hauts bâtiments, y est souvent très densément peuplée : lorsque primaire et secondaire se partagent la cour - ce qu’une conception ingénieuse des horaires tente de minimiser - ce sont plusieurs centaines d’élèves qui doivent se partager 1200 m2. Des barrières Nadar séparent alors les petits des ados.

« Ici, il faut regarder au dessus des toits pour voir de la nature. Mais, il est impossible d’enlever le béton », regrette M. Toussaint, le directeur ad interim du fondamental. Pour plusieurs raisons : outre la promiscuité, qui est la contrainte principale, une partie de la cour est fréquemment utilisée pour les cours de gym. Par ailleurs, l’école loue parfois l’espace pour des événements, comme le festival Namur en Mai. Enfin, il fallait demander de nombreuses autorisations car l’école fondamentale n’est pas propriétaire et le site, proche de la citadelle, est classé. « Mais nous voulions quand même apporter de la biodiversité dans cet espace minéral », insiste le directeur.  L’école a donc trouvé d’autres solutions.

  • Ose le vertical

Impossible de modifier le sol ? Transformons les murs ! Sur la façade sud, une vigne grimpante apportera raisins et ombre en été. « Quand elle aura bien grimpé, elle devrait former de petites alcôves, comme une cabane, et fournir de la nourriture aux oiseaux et aux insectes », espère Elise Depiereux, enseignante en 3e primaire. Des oiseaux qui trouveront aussi de quoi dormir, puisque des trous existants ont été débouchés près des corniches afin d’abriter des martinets noirs, sur les propositions d’une spécialiste de l’espèce. Pour les mésanges, des nichoirs équipés de caméras ont été récemment installés, dans le cadre de l’opération XperiBIRD, proposée aux écoles par l’Institut des Sciences naturelles de Belgique. Et pour les insectes ? Un hôtel géant va être réalisé façon patchwork par les 28 classes du fondamental. Les secondaires, eux, ont l’objectif de créer un tag en mousse végétale. Enfin, des bacs sur roulettes vont remplacer les barrières Nadar qui divisaient la cour en deux. Les élèves y planteront plantes ornementales, aromatiques et légumes, qui seront soignés durant les vacances par Monsieur Luc, le concierge à la main verte. Quant aux adventices poussant spontanément au pied des murs, on imagine les valoriser à la sauce Belles de bitume. Résultats attendus pour la rentrée !

  • Travailler par cogitation

C’est l’association de parents, aidée par des enseignants et soutenue par le directeur, qui a imaginé le projet Ose le vert de l’école Sainte-Marie de Namur. Elise Depiereux, institutrice : « Les démarches pour trouver les fournisseurs, choisir parmi les bonnes idées, prévoir comment les réaliser, respecter le budget (NDLR : plus de 5000 euros, dont 80% financés par la Wallonie), tout cela nécessite beaucoup de temps. Mais ça en vaut la peine : outre les bénéfices environnementaux, ces aménagements vont améliorer le cadre de vie et le bien-être des élèves et des enseignants, amortir les sons et servir d’outil pédagogique. »

L’un des enjeux est désormais que les 50 enseignants s’approprient et exploitent cette future nature. L’équipe éducative de Sainte-Marie a d’ailleurs consacré quatre journées pédagogiques à une réflexion sur les espaces et les relations au sein de la cour de récréation, comme à Saint-Remacle Verviers. De quoi les aider à concilier les besoins différents des 400 élèves du primaire, entre ceux qui veulent jouer au foot, ceux qui veulent courir, sauter à la corde ou simplement rester calme sans risque de se faire assommer par un ballon. « L’équipe est preneuse et la fabrication collective de l’hôtel à insectes devrait être un moment fédérateur », estime Madame Elise. Le directeur va dans le même sens et considère que le projet n'est pas une fin en soi mais plutôt un point de départ: « L’éveil et les actions éducatives viendront progressivement, en vivant dedans. Cela germera petit à petit, par contagion. »

Christophe Dubois


Contacts :

- Campagne Ose le vert, recrée ta cour - GoodPlanet Belgium - 02 893 08 21 - www.oselevert.be

- XperiBIRD de l’Institut royal des Science naturelles de Belgique - 02 627 42 23 - http://xperibird.be

- Ecoles fondamentales : Saint-Remacle à Verviers (087 31 06 21) ; EFA Saint-Servais (081 73 13 78) ; Communauté Scolaire Sainte-   Marie Namur (081 22 92 04)

- Graines de médiateurs de l’Université de Paix - 081 55 41 40 - www.universitedepaix.org

Avis & Conseils pédagogiques

Exploitation pédagogique

Pour Madame Maud, institutrice en 5e primaire à l’école Saint-Remacle, à Verviers, un projet comme Ose le vert, recrée ta cour permet d’alimenter toutes les disciplines scolaires : « On a dessiné la cour à l’échelle. Puis on est passé de la 2D à la 3D en réalisant une maquette. En français, on a lu et rédigé des textes. J’ai aussi abordé la citoyenneté : les élèves ont fait le lien entre le respect de l’environnement, de soi et des autres, et questionné leur propre identité : “Qu’est-ce qui me tient à cœur ? ” Lorsqu’on abordait la gestion des conflits dans la cour, j’ai parlé de personnages célèbres, comme Gandhi. J’ai même trouvé une chanson pour travailler l’éveil musical. En s’occupant du potager, on apprendra aussi la patience et les cycles naturels. »

Mêmes envies à Sainte-Marie Namur, où Elise Depiereux songe en outre à « travailler les paysages et voir pourquoi la nature en ville a à ce point reculé ». A l’EFA Saint-Servais, Mélodie Chantraine : « Outre les leçons d’éveil, on a calculé la surface et la quantité de semences nécessaire, vu les intervalles et les grandeurs. Ce sont des situations de vie qui permettent le traitement de données, l’expression écrite… » Toutes ces enseignantes sont unanimes : « Cela donne du sens aux apprentissages ! »

Sources

Symbioses n°114 Verdurisons le béton

Subsidié par

Région wallonne

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Partenaire(s)
Natagora, GoodPlanet Belgium.

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