Derrière les barreaux

Expérience réalisée par
EDS Paifve.
Cadre
collectivites (homes, ateliers proteges, hopitaux, habitats,...).
Public(s)
adultes.
Thème(s)
nature / biodiversité, santé.
Mots clés
nature, potager, bien-être, dehors, santé, temps, pédagogie du dehors.
Date & durée de réalisation
2017.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4452).

Description de l'expérience

A Juprelle, une prison psychiatrique développe un projet de jardin potager, avec l’aide de l’asbl Vent Sauvage. Découverte d’un projet qui recrée des espaces de vies dans un lieu qui en est dépourvu.

Une bouffée de vert souffle entre les barbelés et grillages de l’établissement de défense sociale (EDS) de Paifve. Depuis plus d’un an, à raison d’une fois par semaine, Natalie Van Wetter de l’asbl Vent Sauvage, accompagne le projet de jardin potager aménagé au cœur de cette prison psychiatrique située à Juprelle.

Ici, pas de « détenus » mais des « patients ». Des hommes qui, suite à un crime ou un délit, sont internés dans une optique de protection de la société et pour recevoir des soins adaptés. L’établissement est composé de deux pavillons où des régimes différents sont appliqués. Le pavillon n°1 est le plus fermé des deux, autorisant une circulation très limitée des patients. C’est précisément ce pavillon qui est concerné par le projet « hortithérapie ». Entre de hauts murs à ciel ouvert, deux parcelles en pleine terre ainsi que des bacs surélevés ou posés à même le sol. Y poussent légumes et petits fruits. Quelques fleurs aussi. Et un banc en palettes récupérées pour les contempler. Autant de touches colorées qui contrastent avec la grisaille ambiante. « Pour faire entrer de la douceur dans un endroit qui en est éminemment dépourvu », confie l’animatrice Natalie Van Wetter.

Au potager, les patients s’évadent quelques heures. Ces jardiniers en herbe sèment, repiquent, plantent, arrosent… Ils participent au projet sur base volontaire et après autorisation, suite à un examen de leur dossier. D’une semaine à l’autre, leur nombre varie. Parfois trois, les plus assidus. Parfois, plus, jusqu’à une petite dizaine. Outre Natalie, deux éducatrices et une ergothérapeute de la prison les accompagnent, à tour de rôle.

  • Se reconnecter à la nature

Evoquant la philosophie de l’asbl Vent Sauvage, Natalie Van Wetter souligne combien « il est fondamental de ramener le vivant au sein de la vie des gens, de recréer des espaces de vies au pluriel, à savoir de vie humaine et de vie végétale et animale. » Le potager de la prison a cette visée : reconnecter les patients à la nature. Une reconnexion étroitement liée au temps. « En prison, il y a une distorsion du temps, poursuit l’animatrice. Pour les personnes en inactivité de longue durée, le temps n’a plus la même valeur. La nature a là quelque chose d’extraordinaire. Elle invite à accepter de se soumettre au rythme des saisons, à accepter le temps nécessaire pour qu’une graine germe, pour qu’une plante pousse… S’occuper d’un autre être vivant, c’est aussi sortir de son état de malade. » Cette reconnexion à la nature, couplée à une mise en projet, a de multiples vertus thérapeutiques, comme le constate Christophe Scheffers, psychologue-coordinateur du service soins de santé de l’EDS de Paifve : « Outre les apports du contact à la nature, un tel projet permet aux patients d’être occupés. Ils apprennent à gérer leur impatience et leur impulsivité, à respecter les consignes, à travailler ensemble... Tout cela participe à l’acquisition bénéfique de nouvelles aptitudes individuelles et sociales, ce qui aura un impact sur leur évolution. Certains patients sont en effet plus apaisés, plus calmes, plus concentrés sur la tâche.»

  • Retrouver un but

Travailler au potager, c’est expérimenter le travail de la terre, mais aussi découvrir des légumes parfois méconnus que les patients ont l’occasion de savourer lors d’ateliers culinaires organisés par une éducatrice de la prison. C’est peut-être, aussi, l’opportunité de susciter des vocations. C’est, surtout, l’occasion d’être actif et d’avoir un but, une raison de se lever le matin. « Dans toute prison, les détenus sont des personnes inutiles pour la société, explique Natalie Van Wetter. Reprendre une activité leur permet de retrouver une utilité et participe à la résilience. »

Pour le personnel de la prison aussi les bénéfices sont palpables, même si un tel projet demande réflexion et organisation. « Cela nécessite une bonne coordination, ainsi qu’une réelle volonté du personnel et de la direction, partage Christophe Scheffers. Tout doit être réfléchi, pensé et bien communiqué pour que l’intérêt d’une telle démarche soit compris par tout le monde. Cela demande donc beaucoup d’organisation, surtout pour l’éducatrice, mais nous sommes tellement satisfaits du résultat, que nous passons au-dessus. »

Céline Teret

Ce projet s’inspire d’un autre, celui mené dans la prison de Marche-en-Famenne en collaboration avec le Centre Régionale d’Initiation à l’Environnement (CRIE) du Fourneau Saint-Michel. Pour en savoir plus, lisez l’article Un jardin entre les murs… sur Mondequibouge.be : www.mondequibouge.be/index.php/2014/08/un-jardin-entre-les-murs/

Sources

Symbioses N114:  Verdurison le béton

pdf

Derrière les barreaux (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Contact :
Vent Sauvage asbl - 0477 58 25 60 - http://ventsauvage.be 
Partenaire(s)
Vent Sauvage.

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