Centre ouvert au vert

Expérience réalisée par
Centre d'accueil Les Fourches.
Cadre
collectivites (homes, ateliers proteges, hopitaux, habitats,...).
Public(s)
adultes.
Thème(s)
citoyenneté, agriculture.
Mots clés
migration, agriculture, altérité, potager.
Date & durée de réalisation
2017.
Lieu de réalisation
Province du Luxembourg (6887).

Description de l'expérience

En pleine nature, le centre d’accueil de Herbeumont tente d’intégrer les demandeurs d’asile à leur nouvel environnement social et naturel. Ici, les projets fleurissent, les humains grandissent. Dans une paisible urgence.

Centre d’accueil des Fourches, à Herbeumont, entre Semois et Gaume. Niché sur un piton, encerclé de forêts. A l’entrée, un drapeau de la Croix-Rouge de Belgique rappelle que cet ancien centre de vacances n’attire plus les touristes saisonniers. Aujourd’hui, les 40 bungalows en bois abritent 310 demandeurs d’asile, de 36 nationalités. Des hommes, des femmes, des familles. En danger dans leur pays, ils ont tous demandé l’asile en Belgique. Et attendent la réponse. Attendent encore. Cela peut durer 6 mois, ou 2 ans, nul ne sait. Une vie entre parenthèses.

« Toutes ces personnes sont fondamentalement vivantes et en mouvement. Puis on leur dit "stop". Cette attente est insupportable, mais ce temps va être mis à profit pour leur donner des clés de compréhension de la société belge et du rapport de l’homme à la planète », explique Sébastien Thys, directeur du centre. Ici, pas de longs discours, qu’il faudrait traduire en minimum 5 langues. A côté des ateliers citoyenneté, ou de l’obligatoire  parcours d’intégration, priorité à la pratique ! Potager, mini ferme, tri des déchets, sentier didactique ou stage nature : les projets environnementaux foisonnent. Et les demandeurs d’asile en sont les acteurs principaux, même si les lendemains incertains rendent difficile tout investissement dans la durée. « Ils  viennent et repartent, cela répond à un besoin du moment, constate le directeur. Dans notre potager, ils vont mettre les mains dans la terre, consommer local. Surtout, cela va les aider à se vider la tête, prendre du recul et se sentir vivant. »

  • De la terre à l’assiette

Le luxuriant potager partagé s’étend en contrebas des bungalows. Une demi-douzaine de résidents le cultivent et se répartissent le fruit de la récolte : tomates, piments, aubergines, concombres, pommes de terre... Que du bio ! Et quand il y a trop de légumes, comme cet été, les jardiniers partagent avec toute la communauté. Ils peuvent alors mitonner de bons petits plats. Car ici, à la différence de beaucoup de centres, pas de cantine. Chacun fait ses courses et sa cuisine, seul ou ensemble. L’autonomie est le maître mot. Le jardin est donc naturellement autogéré. Ce sont les demandeurs d’asile qui s’en occupent librement, avec le support de Victor et de François, animateurs dans le centre. « Le potager, c’est un lieu d’échange, d’apprentissage, de bien-être, constate François. Certains étaient agriculteurs ou maraîchers dans leur pays d’origine, cela les ramène à leurs racines et ça les valorise aussi ». A côté du potager, une petite ferme accueille quelques canards, deux boucs et des poules offertes par une école. Sajad, Iranien au large sourire, arrive pour les nourrir. Comme il ne maîtrise pas l’anglais, il téléphone à son compatriote Siamak pour répondre à nos questions. Ensemble, ils s’occupent de cette joyeuse basse-cour : « Les animaux, c’est la vie, les émotions, une bonne énergie ».

  • La nature tout autour

C’est en effet toute une vie qui se déplie ici. Celle des demandeurs d’asile, de la ferme, mais aussi la vie sauvage de la forêt avoisinante. On y croise cerfs, ratons laveurs et même mouflons ! Pour les faire découvrir, Miguel -  animateur au centre et guide nature - aidé de quelques résidents, a créé un sentier didactique en lisière du bois. Sur la droite du sentier, côté forêt, des panneaux sur la faune et la flore locales, traduits dans (presque) toutes les langues des résidents, du tamoul au kurde. A gauche, côté centre, des panneaux expliquant la réalité de la migration. Une façon d’éveiller les consciences des randonneurs -  nombreux dans la région - et de casser les stéréotypes. 

  • Se rencontrer pour déconstruire les préjugés

« A l’ouverture du centre, du jour au lendemain, le village a quasiment doublé sa population, raconte Sébastien Thys. On travaille en permanence à favoriser les rencontres pour faire tomber les craintes. La rencontre de l’altérité participe à la déconstruction des préjugés. En invitant les habitants ici pour participer à nos projets, mais aussi en faisant participer les migrants à la vie associative locale. » Par exemple, cet été, le centre a organisé un stage nature qui rassemblait des enfants des Fourches et ceux du village. Une école locale visite parfois le jardin et le sentier. Mais au-delà de ces petits succès, les frontières - même ouvertes - restent difficiles à franchir.
Un jeune Guinéen attend l’un des trois bus quotidiens qui l’emmène vers Bertrix.  Sur le trajet vers la gare, il nous explique l’ambitieux système de tri des déchets qui a été mis en place dans le centre d’asile, un mini parc à conteneurs baptisé
« Miguel center », du nom de l’animateur qui en est aux commandes. « Le centre est vraiment bien, se réjouit-il. Même si c’est difficile d’être loin de tout, et que les villageois ont peur de nous. Mais je comprends ». Sa demande d’asile vient d’être refusée, mais il garde espoir et remercie Dieu d’être ici.

Christophe Dubois

Sources

Magazine Symbioses 116 : Migration

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos

 

Contact :

Centre d'accueil Les Fourches - 061 41 00 31 - centre.herbeumont@croix-rouge.be

 


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