Savoir-faire & genre

Expérience réalisée par
Les Ateliers de la rue Voot (A.S.B.L.), CRIE de Modave (A.S.B.L.).
Cadre
socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), professionnel (entreprises, organisations, commerces, syndicats,...)
Public(s)
adultes.
Thème(s)
environnement - généralités.
Mots clés
atelier, genre, bricolage, savoir-faire.
Date & durée de réalisation
2018.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4577).

Description de l'expérience

Sur le terrain des loisirs créatifs, du bricolage et autres activités de savoir-faire et de faire soi-même, les clichés ont encore parfois la vie dure. Les femmes préfèrent la couture et les hommes la mécanique ? Vraiment?

« Quel que soit l’atelier, ce sont entre 80 et 90% de femmes qui y participent », constate Eléonore Mailleux, animatrice et chargée de projet au CRIE de Modave (Centre Régional d’Initiation à l’Environnement) qui organise des ateliers de teinture végétale, de vannerie sauvage, de taille des fruitiers ou encore de construction d'hôtels à insectes. Du côté de la Foire aux Savoir-Faire, qui valorise l’apprentissage collectif et la récup’, les femmes sont majoritaires lors des ateliers tricot-crochet, mais minoritaires au bricolage en bois de palette. Quant aux ateliers vélo de l’association Les Ateliers de la Rue Voot, une certaine mixité de participant·e·s se profile ces dernières années.  Les constats varient donc selon les réalités de terrain.

Éléonore avance prudemment l’hypothèse « des femmes plus enclines à se former, à demander de l’aide. » Et Joëlle Carpentier, formatrice aux Ateliers de la Rue Voot, de nuancer : « Cela reste difficile pour certaines d’oser pousser la porte d’un atelier vélo mixte, généralement coordonné par un homme. Beaucoup évoquent la peur d’y poser de "bêtes" questions. » L’ association a d’ailleurs organisé une formation « mécanique vélo au féminin » destinée aux femmes et donnée pour la première fois par une femme. « Durant la formation, les participantes ont pris confiance en elles et en me voyant faire, se sont dit, "moi aussi, j’en suis capable !" », se rappelle Joëlle. Depuis, plusieurs d’entre elles ont même participé aux ateliers mixtes.

Pouvoir expérimenter dans des domaines habituellement réservés aux hommes participerait d’un sentiment de valorisation pour les femmes. « Et plus largement, c’est une recherche d’indépendance qui poussent les personnes à s’inscrire aux ateliers, une envie de pouvoir faire soi-même, souligne Laurence de la Foire aux Savoir-Faire. Le défi est maintenant de décloisonner nos ateliers pour plus de mixité. » Alors à vos aiguilles messieurs et à vos scies mesdames !

Au détour de nos échanges avec les acteurs et actrices de terrain en matière d’alimentation et de savoir-faire, une question revient régulièrement : comment prendre en compte la notion de genre dans nos ateliers d’éducation à l'environnement? Ebauche de pistes, d’idées et de nouvelles questions.

Femme potiche, peu encline à bricoler, réparer, bidouiller. Homme viril qui, rarement, touillera dans une casserole, voire jamais ne tricotera. Des clichés véhiculés au quotidien. La sociologue Françoise Bartiaux a mené une recherche sur les rôles de genre dans les pratiques de bricolage. Elle pointe notamment la responsabilité des médias (comme les magazines féminins) et invite à « redessiner les contours de ces territoires masculins et féminins » 1. Ca tombe bien, l’éducation à l’environnement favorise des approches pédagogiques participatives et interactives. Mais ce n’est pas tout ! Organiser un atelier avec une sensibilité « genre » invite à se questionner. Comment l’atelier sera-t-il présenté, communiqué ? Le visuel n’est-il pas trop stéréotypé, genré ? Comment opter pour une communication plus neutre ? Se poser la question, également, des horaires : si c’est le soir, ne faudrait-il pas prévoir une garde d’enfants ? Le choix du lieu aussi : est-il accessible pour les personnes sans voiture (souvent les femmes, mais pas uniquement) ou pour les femmes qui craignent de s’aventurer loin seules ? Décide-t-on que l’atelier sera mixte ou pas, et pourquoi ?

Autre piste possible, organiser des ateliers à double thématique. Exemple : cuisine & électricité. Cela permettrait de faire venir femmes et hommes et, une fois sur place, de s’initier aux deux techniques ou à la technique généralement plébiscitée par l’autre sexe.
Ajoutons aussi l’importance d’une mixité au sein des équipes éducatives. Qui anime? En tant qu’animateur·trice, qu’est-ce que je renvoie, quelle est ma posture, quel(s) rôle(s) je décide de prendre, quelle tâche je choisis d’endosser (et d’où ça vient et qu’est-ce que cela induit) ? Ce peut être aussi l’occasion de s’interroger sur son organisation en interne : qui fait quoi chez nous? Quelle répartition des tâches? Comment? Qui s’exprime, qui se tait? etc.

Alors, on s’y met à ce genre d’ ErE?

C.T. et H.C.

1 Bartiaux F., « Rénovations énergétiques et processus de décision dans les couples : terra incognita ou no man’s land ? », 2015

 

Sources

Magazine Symbioses 117 : L'ErE fait son genre

pdf

Savoir-faire &genre (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Contacts :
- CRIE de Modave - 085 613 611 - www.criedemodave.natagora.be
- Les Ateliers de la Rue Voot - 02 762 48 93 - www.voot.be
- Foire aux Savoir-Faire - www.foiresavoirfaire.org

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