Lutte de territoire, laboratoires de transition

Expérience réalisée par
Rencontre des Continents (A.S.B.L.).
Cadre
socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), professionnel (entreprises, organisations, commerces, syndicats,...)
Public(s)
adultes.
Thème(s)
citoyenneté.
Mots clés
, ZAD, transition, intelligence collective, démocratie, territoire, émancipation.
Date & durée de réalisation
2019.
Lieu de réalisation
(0).

Description de l'expérience

ZAD pour « Zone à Défendre ». Ces lieux sur lesquels des militant·es s’installent, aux côtés d’habitant·es historiques, en vue de s’opposer à des projets destructeurs. En occupant ces territoires, les zadistes entrent en résistance. Ils et elles expérimentent aussi de nouvelles formes de vie en collectivité, touchant tant à la prise de décisions qu’à l’agriculture ou à l’habitat.

L’une des Zones à Défendre (ZAD) les plus médiatisées est celle de Notre-Dame-des-Landes qui a longtemps lutté contre la construction d’un aéroport sur un large territoire écologique et agricole dans l’ouest de la France. Chez nous, la ZAD de Haren dénonce un projet de méga-prison sur des terres arables et à la biodiversité florissante dans le nord de Bruxelles. Sébastien Kennes est animateur à Rencontre des Continents, association à la croisée des éducations (écologie, citoyenneté, enjeux sociaux, solidarité mondiale). Il est aussi activiste. Pour lui, ces lieux de luttes, qu’il côtoie de près ou de loin, sont des laboratoires de transition et des espaces d’émancipation du capitalisme, sur le plan personnel et collectif. Il réagit à quelques mots-clés.

  • ZAD et transition

Sébastien Kennes : Tout comme pour le mot « transition », il n’y a pas une manière de définir une ZAD. Il y aura autant de versions que d’individus. Si on comprend la transition comme étant un mot permettant d’énoncer des pratiques et des lieux où on tente de faire autrement que dans les logiques du système dominant, alors, pour moi, une ZAD est un laboratoire de transition, voire même de l’après transition. On s’y confronte aux difficultés de faire face aux défis contemporains. On y invente un autre rapport à l’environnement, d’autres manières d’échanger des biens, d’échanger socialement, d’être dans le système tout en essayant d’être en dehors. On y pratique l’intelligence collective, l’horizontalité, l’auto-gestion, la démocratie directe… On y expérimente des manières de faire, de vivre ensemble, en matière d’agriculture, d’habitat, de transports, d’aménagement du territoire. Ce sont des lieux où les gens pensent les biens communs, l’alimentation, l’électricité… à partir de leurs usages multiples et pas uniquement à partir de la logique de profit.

  • Résistance

Les ZAD sont des lieux de conflictualité. Elles dépassent en cela le mouvement des initiatives de transition porté par Rob Hopkins. On se confronte à l’Etat, même physiquement lors des tentatives d’expulsion. Par ailleurs, les luttes de territoire sont des endroits où la notion d’urgence est beaucoup plus présente : on est dans des temps où le système dominant, à travers l’État, la répression ou les logiques économiques privées, vient en permanence rappeler que l’action menée dans ces luttes n’est pas pérenne et peut être menacée par la destruction des lieux au sein desquelles s’essayent ces alternatives. Les luttes de territoire, ce n’est pas nouveau non plus. Les populations « des Sud » ont toujours été confrontées aux logiques de prédation, ont toujours lutté pour rester sur leur territoire, continuer à y vivre, à défendre les ressources naturelles.

  • Education

Les luttes de territoire sont des endroits où on peut restaurer la boucle valeur-savoir-action : partir de ses valeurs, pour acquérir des savoirs, savoir-être et savoir-faire, nécessaires pour ensuite passer à l’action. Il y a des gens pour qui ça fait davantage sens  d’aller à la rencontre de ce genre de luttes. Dans une ZAD, on expérimente d’autres formes de vivre ensemble. C’est du concret, c’est du vécu. Ce qui fait éducation chez les individus, c’est ce qu’ils vivent. C’est par l’expérimentation que les gens arrivent non seulement à s’éduquer eux-mêmes mais aussi à faire collectif et donc à être dans l’éducation populaire et l’émancipation collective. Non sans difficultés. Rejoindre temporairement ou durablement ce genre de luttes ne laisse personne indifférent. Pour certaines personnes, c’est très douloureux, en termes de conflits relationnels et émotionnels. Cette fragilité physique due à l’absence de garantie de pouvoir rester sur ces territoires de vie donne lieu à des conflits avec l’Etat et donc à de la répression, mais aussi à des conflits éventuels entre les occupant·es et/ou les habitant·es historiques.

  • Imaginaire

En éducation, l’imaginaire doit avoir une place. Si on n’a plus d’imaginaire, on dépérit. Si le mot transition enferme dans un seul imaginaire, il risque de tuer les possibles que peut amener cette transition et d’enfermer les alternatives dans un carcan idéologique. Dans les ZAD et autres luttes de territoire, où l’avenir est incertain, il y a un imaginaire très fort et imprévisible en termes de pratiques, de vie en collectivité, sur la place de l’Etat… L’imaginaire nourrit le mouvement.

Propos recueillis par  Céline Teret

Sources

Magazine Symbioses 122 : Les chemins éducatifs de la Transition

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

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