Les citoyen·nes s'y mettent (et se questionnent)

Expérience réalisée par
CRIE d'Anlier (A.S.B.L.), Cercle du Laveu (A.S.B.L.).
Cadre
socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), professionnel (entreprises, organisations, commerces, syndicats,...)
Public(s)
adultes.
Thème(s)
déchets, consommation.
Mots clés
déchet, récupération, consommation, zéro déchet, savoir-faire, adulte, militance, éco-consommation, plastique, repair café, obsolescence programmée.
Date & durée de réalisation
2020.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4000).

Description de l'expérience

Un peu partout, des initiatives citoyennes fleurissent pour lutter contre les déchets. Les moyens varient : échange de savoir-faire zéro déchet, réparation d’objets, désemballage collectif dans les supermarchés... Dans ces espaces d'émulation et de rencontre, surgissent aussi les limites des actions zéro déchet et, parfois, des pistes pour y répondre.

Cercle du Laveu, un lieu culturel géré par des bénévoles dans le quartier liégeois du même nom. Une fois par mois, une quinzaine de citoyen·nes s'y retrouvent autour d'ateliers estampillés « Presque zéro déchet ». Là, quelques heures durant, en fonction de la thématique choisie collectivement, le groupe coud, troque fringues et jouets, cuisine, fabrique des produits d'entretien et de soin... « L'envie est de collectiviser les savoirs, les trucs et astuces en matière de zéro déchet. Il y a plus d’engouement et d’émulation en échangeant à dix têtes qu'en cherchant des solutions seul·e dans son coin, expliquent Annelore, initiatrice du projet, et Evelyne, participante. Le choix du nom "Presque zéro déchet" montre notre volonté de ne pas se mettre la pression. On essaie chacun·e à son niveau, avec ses moyens, ses limites, ses choix, ses motivations. »

  • Femmes et charge mentale

Le groupe est ouvert à toutes et tous, des novices aux expérimenté·es en zéro déchet. A majorité écrasante, ce sont pourtant des femmes qui pointent leur nez à ces ateliers du dimanche. Un constat qui alimente les débats dans le groupe :
« La répartition des tâches et la charge mentale liées aux actions zéro déchet, c'est un sujet qui revient souvent sur le tapis lors de nos rencontres, poursuivent Annelore et Evelyne. Certaines se questionnent beaucoup sur le fait que c'est toujours la femme qui s'y colle et qu'on se tire peut-être une balle dans le pied en pratiquant le "fait maison". Les personnes plus âgées nous rappellent qu'elles se sont battues pour libérer les femmes. On réfléchit à tout ça et chacune fait ses choix, en fonction de sa situation personnelle et familiale. Il y aussi des femmes qui, au fur et à mesure des rencontres, discutent avec leur conjoint et changent certains fonctionnements dans leur répartition des tâches. Mettre des mots sur le problème de la charge mentale, pouvoir partager et en discuter en atelier, ça soulage et ça permet de relativiser. »

  • Action collective et réflexion politique

Les rendez-vous « Presque zéro déchet » du Cercle du Laveu sont devenus des espaces de parole, où la société de consommation est passée au crible, où le monde se réinvente. Au cours de ces échanges informels, le groupe butte parfois sur les limites des petits gestes individuels, insuffisants pour changer la donne en matière de déchets. Annelore et Evelyne en parlent : « On évoque le fait que le système néolibéral nous encourage à faire ces petits gestes pour qu’on ne soit plus disponible pour faire la révolution. On a bien conscience de la nécessité de s'impliquer dans des actions collectives. Mais, au sein du groupe, tout le monde n'est pas prêt pour ça ou, à l'opposé, certain·es sont déjà très impliqué·es par ailleurs. »

La question de la militance s'est aussi invitée au cœur des débats de l’initiative citoyenne Habay-en-Transition, en province de Luxembourg. Pour interpeller les grandes surfaces, ce groupe de citoyen·nes a l'intention d'organiser prochaine-ment une Plastic Attack. Eprouvée par d’autres, en Belgique et ailleurs, cette action consiste à se rendre en groupe dans un supermarché pour y faire ses courses et à laisser sur place tout emballage jugé inutile. Voire, à proposer aux client·es d’en faire autant. Une action symbolique de désemballage collectif pour dénoncer la problématique du suremballage. « Au sein du groupe, les avis divergent, explique Véronique, animatrice à Nature Attitude, l'association qui accompagne Habay-en-Transition. Certain·es trouvent que les actions coup-de-poing ne servent à rien. D'autres sont d'avis qu'il faut arrêter de culpabiliser uniquement les citoyen·nes et que de telles actions sont indispensables pour agir à un niveau plus collectif et politique. »

Habay-en-Transition a également développé son Repair Café. Qui le souhaite peut venir y faire réparer un objet cassé ou en panne. Au fil du temps, le groupe s'est heurté à des questionnements. « Beaucoup de choses restent irréparables. On a pris conscience qu’on reste la roue du capitalisme, raconte Véronique. Le groupe a alors entamé une réflexion sur l'obsolescence programmée. Une conférence sur le droit à la réparation devrait être organisée et on aimerait aussi faire circuler une pétition pour exiger des fabricants que leurs objets soient réparables. » Pour qu’aux côtés des petits gestes prennent place une réflexion et une action plus politiques.

Céline Teret

Sources

Magazine Symbioses n°126 : Zéro déchet à télécharger ici

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

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