Echange animation-nature contre coup de main

Expérience réalisée par
Parc Naturel du Pays des Collines - Service Educatif (Intercommunale).
Cadre
socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), collectivites (homes, ateliers proteges, hopitaux, habitats,...).
Public(s)
personne handicapée.
Thème(s)
nature / biodiversité, pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
nature, handicap, social, animation, handicapé mental, handicapé physique.
Date & durée de réalisation
2011.
Lieu de réalisation
Province du Hainaut (7880).

Description de l'expérience

Le Parc naturel du Pays des Collines mène depuis un an un partenariat original avec La Cassine, une structure d’accueil pour adultes handicapés mentaux.

La semelle claquant sur le fer de bêche, Serge s’active sur les bords du « Domaine du Loch Ness », pêcherie endormie au cœur de Flobecq. Céline le frôle, quatre cadavres de Renouée du Japon sur l’épaule. Avec une poignée de condisciples de « La Cassine », centre d’accueil pour personnes handicapées mentales adultes, ils bravent le gel matinal pour rendre à ce bout du Parc naturel du Pays des Collines toute sa diversité. « On aimerait que cet endroit devienne une zone humide de grand intérêt biologique, explique Baptiste Hottekiet, chargé de la gestion du milieu naturel au sein du Parc. Mais il y a beaucoup de travail et les bénévoles ne se bousculent pas. D’où l’idée de cette coopération avec le centre La Cassine, qui se situe à quelques centaines de mètres d’ici, au cœur du Parc : environ 8 fois par an, les résidents nous aident une demi-journée et en échange nous leur offrons une animation nature d’une demi-journée ».

Jérôme, éducateur à La Cassine, pose ses gants de jardinier. Pour lui, il s’agit d’un véritable projet gagnant-gagnant : « Certains retiennent ce qu’ils apprennent et vivent ici, d’autres moins, mais tous sortent grandis. C’est important pour eux de sortir, de faire une activité physique, de découvrir la nature de leur région. Notre partenariat permet de bénéficier de l’expertise d’animateurs spécialisés en environnement, sans que cela nous coûte. Rencontrer d’autres personnes fait aussi du bien aux résidents, dont certains voient très rarement leur famille. Et nous, éducateurs, en profitons : nous apprenons de nouvelles choses sur la nature et cette demi-journée permet un autre contact avec nos résidents, moins dans le contrôle et plus dans le relationnel.

  • Chouettes découvertes

« Ici je retire les mauvaises herbes, comme ça les perce-neige pourront revenir », explique Céline, résidente de 26 ans. Sourire aux lèvres, elle liste ses souvenirs : « On a appris pas mal de choses, par exemple sur les chauves-souris, on a observé les grenouilles, fabriqué des nichoirs, on écoute les oiseaux... » Sur les volatiles comme sur les fleurs, Serge est incollable. Sweat à capuche et casquette vissée sur sa tête de cinquantenaire, il raconte : « J’ai toujours adoré écouter les oiseaux, déjà quand je travaillais à la ferme avec mon père, puis comme jardinier à la commune. Ici j’ai vu des canards, des rouges-gorges, des pics. On en a aussi à La Cassine, même des chouettes... »

Les chouettes, cette originale bande de bénévoles en découvre tous les secrets l’après-midi même, dans un local de La Cassine. « Habituellement, je fais l’animation dehors, mais après une demi-journée sous le gel... », explique Guillaume Denonne, animateur-nature au Parc naturel du Pays des Collines. Une chouette hulotte empaillée trône sur la table. « Woaw, c’est doux », s’exclame David, un résident. « Savez-vous quel est son cri ? » demande l’animateur. « Elle hulule », répond Céline, une des plus futées. « Peux-tu l’imiter ? » Fou rire. Et Guillaume de raconter la légende de cette chouette partie chercher son chant auprès d’un petit violoncelliste. Séance suivante, moins poétique : dissection de pelotes de réjection. Les doigts picorent. Eric, penché sur son microscope: "ho, un crâne de rongeur!  Et ça, c’est quoi ? » Guillaume lui explique comment utiliser une clé de détermination. « Une mâchoire de musaraigne ! ». Un peu en recul, un résident s’est endormi.

Christophe DUBOIS

Avis & Conseils pédagogiques

  • Comment animer ?

« Je simplifie mon langage, mais pas trop non plus, analyse l’animateur. J’essaie de prendre d’autres approches qu’avec des enfants, car les adultes de La Cassine ont plus de vécu, d’expérience. Je vais pouvoir aller plus loin avec certains, tout en m’adaptant à chacun, car le groupe n’est pas homogène. Certains ne savent pas lire. » Ses méthodes, Guillaume Denonne les veut imprégnées de sens : « Toucher les écorces, écouter la sève au stéthoscope, les mouvements de l’arbre, goûter certaines plantes... Ils aiment aussi beaucoup les animaux et ont une grande sensibilité relationnelle. Cela devient alors leur grenouille, leur oiseau, leur arbre, leur milieu ». Pour l’animateur, qui avait déjà été en contact avec des publics handicapés, le plaisir vient avant tout de la relation : « Ce qui est génial, c’est leur enthousiasme, jamais blasés. L’intérêt du partenariat, c’est pas seulement la main d’œuvre, c’est surtout le contact, la motivation, le plaisir qu’ils apportent ». Cela dit, il comprend l’appréhension que certains peuvent initialement ressentir, comme les deux stagiaires du Parc naturel qui se demandaient comment gérer les résidents : « “ Et celui-là, il à l’air à moitié normal ” m’ont-ils dit en me montrant l’éducateur !» . Les apparences sont parfois trompeuses...

Sources

magazine Symbioses n°89 : Education à l'environnement et handicaps

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Echange animation-nature contre coup de main (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Partenaire(s)
La cassine.

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