Des déchets pour "mettre les élèves en situation"

Expérience réalisée par
IPES de Seilles.
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
jeunes.
Thème(s)
déchets, développement durable.
Mots clés
déchet, tri des déchets, prévention des déchets, jeu, récupération, Agenda 21, développement durable, secondaire, enseignement technique, enseignement technique et professionnel, enseignement professionnel.
Date & durée de réalisation
2012.
Lieu de réalisation
Province de Namur (5300).

Description de l'expérience

L'institut provincial d'enseignement secondaire (IPES) de Seilles intègre depuis quelques années le développement durable au sein de sa gestion et de ses orientations pédagogiques. La thématique des déchets y occupe une place de choix. Le leitmotiv: " rendre les élèves acteurs ". Difficile avec les ordures ?

Malorie et Laure éclatent de rire en tentant d’attraper le plus vite possible un totem « poubelle jaune » placé au centre de la table. On est à l’Institut provincial d’enseignement secondaire (IPES) de Seilles, dans la classe de 6e technique de qualification « agents d’éducation ». Ici, les déchets, ça les amuse ! Tri et prévention sont des jeux d’enfants. Des jeux de société, plus précisément. Que les élèves ont conçus et réalisés eux-mêmes, l’an passé. Celui de Malorie s’intitule « Pas d’âge pour le recyclage », version améliorée et thématisée de Jungle Speed, un jeu de rapidité bien connu. Celui de Charlotte s’apparente davantage à un véritable jeu de plateau, une maquette soignée et détaillée de lieux de vie ordinaires : une maison, un parc à conteneurs. Elle nous l’explique : « Le but du jeu, c’est de se débarrasser des déchets qui sont dans votre mini maison. Pour cela vous devez répondre correctement à une question environnementale correspondant à la couleur de votre case, puis jeter le déchet au bon endroit. ».

  • Les mettre en situation

« Ils ont abordé au cours les jeux de table, qui font partie du programme pour les agents d’éducation, raconte Madame Reculé, titulaire. Je leur ai alors demandé d’en créer un, sur une thématique environnementale ou de santé, puis de le présenter lors de leur épreuve intégrée de fin de 5e, face à un jury et plusieurs enseignants.
Le jeu et sa présentation intégraient en effet des matières vues dans différents cours : en psychologie, en éducation à la santé, en déontologie, en techniques éducatives... L’idée est de mettre le futur éducateur en situation de métier. » Par ailleurs, tous les jeux devaient être réalisés à partir de matériaux de récup’. « Cela aussi fait partie de la situation qu’elles rencontreront demain sur leur lieu de travail, dans une école, en accueil extra scolaire, en institution : créer avec peu de moyens, en réutilisant et en détournant au maximum... et en faisant attention aux déchets ». En levant les yeux, on constate en effet qu’un peu partout dans la classe trônent des réalisations fabriquées avec de vieux cartons, de vieux emballages. Par les générations successives d’élèves. « L’objectif est de créer quelque chose avec rien, si ce n’est plein d’idées », lance Laure. Comme cette robe de mariée en pétales de bas nylon. « Pour le défilé de la fête de l’école, il y a trois ans ». Autant d’expériences qui pourront aussi les aider s’ils veulent aborder la thématique des déchets, demain, en tant qu’éducateurs.

  • Partout dans l’école

A l’IPES, la thématique des déchets ne se retrouve pas que dans la classe de madame Reculé. De la cour de récréation à la salle des profs, s’exhibent partout des poubelles colorées et des affiches de sensibilisation réalisées par les élèves. Il faut dire que, depuis plusieurs années déjà, l’école est labellisée « Agenda 21 scolaire » (lire encadré ci-contre). Il s’agit d’une démarche globale et structurée, proposée par l’asbl Coren, visant à concrétiser le développement durable dans la gestion de l’école et dans sa mission éducative. « Tous les enseignants doivent s’impliquer dans des projets liés au développement durable. La question des déchets en fait partie », souligne Anne-Véronique Dahin, enseignante de sciences sociales et l’une des coordinatrices de l’Agenda 21. Ce sujet est donc exploité dans de nombreux cours : le cycle de vie d’un déchet dans le cours d’écologie, ses impacts sociétaux dans le cours de sciences sociales, la pollution en biologie, le tri en éducation scientifique et technologique, la section « vente » s’occupe des campagnes de pub... « La philosophie de l’école étant chaque fois de travailler par le concret, en rendant l’élève acteur, de valoriser son travail, de travailler en interdisciplinarité. »

  • Mettre la main à la pâte

Au-delà de l’exploitation pédagogique, il y a toute la gestion environnementale. Tous les élèves de l’école doivent participer non seulement au tri du papier, des PMC et au compost, mais également en assurer l’évaluation et le suivi. Du coup, chaque mercredi à 10h10, une alarme retentit dans la cour et une jeune voix annonce « Attention, invasion de déchets, pensez à vos poubelles. » « Une tournante entre classes est organisée pour vérifier les poubelles bleues (PMC) de toute l’école et en faire rapport, explique la coordinatrice. Si dans une classe on constate plusieurs fois la même erreur, des élèves vont faire une animation dans cette classe pour sensibiliser leurs condisciples. » « Au début, en allant dans les poubelles, ils râlent un peu, reconnaît sa collègue Patricia Mathieu, mais très vite ils s’y font, il y a même des petites compétitions entre classes. Et lorsque les profs le font aussi ça passe mieux. On a vu une évolution au fil des ans, aujourd’hui c’est davantage entré dans les mœurs et dans les politiques publiques, mais aussi dans les mentalités des élèves, des enseignants et du personnel technique. »
Ce lent travail sur les mentalités est notamment le résultat d’une politique volontariste de la directrice, Madame Remont, bien soutenue par son Pouvoir Organisateur (la Province de Namur) : octroi d’heures à plusieurs enseignants pour la coordination du projet Agenda 21, mise en place d’un cours d’écologie obligatoire en 1ère et 2e secondaire, intégration de la démarche de développement durable dans le projet d’établissement et même dans le journal de classe de chaque élève... « Nous étions un peu avant-gardistes, raconte Patricia Mathieu, maintenant d’autres écoles de la province suivent notre exemple. »

Christophe DUBOIS

Avis & Conseils pédagogiques

Difficultés rencontrées et bons conseils

S’il y a un ouvrage qu’il faut sans cesse remettre sur le métier, c’est bien la prévention et le tri des déchets. « On agit dans beaucoup de domaines environnementaux (ndlr : des élèves ont même réalisé une mini éolienne), mais la thématique des déchets est la plus difficile, estime madame Dahin, enseignante. Elle est connotée négativement, concerne chaque individu alors qu’on est dans un lieu anonyme, et il faut recommencer chaque année. Cela demande donc beaucoup d’investissement et une autre manière d’aborder le problème. Les premières années ont été les plus dures, on a failli se décourager, mais le travail a porté ses fruits, le pourcentage d’adhésion à notre projet augmente sans cesse. ». Et de citer quelques leviers permettant de surmonter ces difficultés :

  • Il faut partir des profs motivés, ils feront tache d’huile auprès des plus réticents. - Le soutien de la direction est essentiel pour rappeler aux nouveaux venus - et parfois aux anciens - que c’est dans le projet d’établissement et que nous sommes tous concernés. - L’accompagnement de l’asbl Coren, qui par son programme Agenda 21 structure la démarche, la professionnalise (lire encadré ci-dessous). Le fait de témoigner aussi lors des formations que Coren organise, et d’échanger avec d’autres écoles.
  • Rendre les élèves acteurs et valoriser leur implication : afficher des photos de leur projet dans le réfectoire, montrer leurs activités à l’extérieur (auprès des ministres, de la presse, lors de concours, etc.), pour qu’ils se rendent compte que ce qu’ils font a une certaine valeur et une utilité.
  • Faire des enquêtes après chaque action afin de progresser dans notre travail avec les élèves.

Sources

Magazine Symbiose n°92: Nos poubelles au régime. Pourquoi? Comment?

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Des déchets pour "mettre les élèves en situation" (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Agenda 21 : une stratégie pour s’améliorer
Les écoles qui se lancent dans la démarche d’Agenda 21 proposée par l’asbl Coren s’engagent à mettre en place une méthodologie basée sur une série d'étapes claires et précises, visant une amélioration continue. Les principaux éléments sont :
  • la constitution d'un comité de pilotage composé de la direction, de gestionnaires, d’enseignants et d’élèves chargés de coordonner la mise en place du projet ; - la réalisation d'un diagnostic et d'un plan d'action en collaboration avec les élèves, les enseignants et le personnel de l’école ;
  • et l'évaluation de la mise en oeuvre de ce programme grâce à la mise en place d’audits internes et au suivi des performances environnementales.
A Seilles, en plus du comité de pilotage qui se réunit deux fois par an, trois enseignants sont chargés de coordonner le programme tout au long de l’année, dont Anne-Véronique Dahin : « On a pour mission de superviser, d’aider nos collègues à faire entrer ces projets dans leurs cours et leur programme afin que ça ne soit pas perçu comme "quelque chose en plus". En matière de coordination, l’Agenda 21 est un programme assez lourd. On entre dans un système de management, avec un cahier des charges à respecter. Il faut sans cesse mesurer, peser, évaluer. Même si on bénéficie de l’accompagnement de Coren, la tâche administrative est relativement lourde ». Mais les résultats sont là : une parfaite cohérence entre les discours et les actes.
Partenaire(s)
COREN.

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