Construire un site pour apprendre à faire des liens

Expérience réalisée par
Institut Notre-Dame Séminaire de Bastogne (Etabl. scolaire).
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
jeunes.
Thème(s)
citoyenneté, pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
secondaire, pédagogie, éco-pédagogie, citoyenneté, TIC, nouvelle technologie, enseignement professionnel, enseignement technique et professionnel, enseignement technique.
Date & durée de réalisation
2007.
Lieu de réalisation
Province du Luxembourg (6671).

Description de l'expérience

Des rhétos de Bastogne se sont immergés durant trois jours dans un centre pour demandeurs d’asile. Ils ont ensuite construit collectivement un site web en « hyperpaysage » pour transmettre leurs acquis. Innovation.

Vous connaissez peut-être les "visites virtuelles" de biens immobiliers ou de sites touristiques? Une photo numérique panoramique, qui défile à 360 degrés (ou presque), dans laquelle vous pouvez parfois avancer, reculer, voire même cliquer, et ainsi découvrir le lieu virtuellement. Catherine Lemaître, avec sa classe de 6e Générale de Transition de l’Institut Notre-Dame Séminaire de Bastogne, a utilisé cette technique dans le cadre d’un cours de formation géographique et sociale un peu inhabituel : « Il s’agissait de vivre trois jours dans un lieu inconnu, le Centre pour demandeurs d’asile de Bovigny, puis d’en évoquer l’organisation perçue à travers l’expérience vécue, en construisant ensemble un "hyperpaysage", raconte-t-elle. Nous avons réalisé des photos panoramiques dans lesquelles nous avons défini des zones (zones de loisirs, bureaux administratifs, etc.) qui se comportent comme des liens web renvoyant vers des éléments significatifs ou des documents complémentaires (le travail de l’assistante sociale ou de l’infirmière, le parcours d’un réfugié, la procédure de demande d’asile, la vie au centre, etc.).»

Le résultat : un site très riche, récompensé en 2010 par le « Trophée de l’Innovation en Éducation », catégorie « Ecole et Citoyenneté »

  • Un site partant du vécu in situ

En arrivant au centre, les 18 élèves devaient se mettre dans la peau d’un demandeur d’asile. « Chacun a reçu à l’avance une lettre expliquant sommairement son rôle : un homosexuel du Cameroun, une ancienne collaboratrice du Hamas, des personnes torturées, violées, ou encore des opposants politiques », racontent les élèves sur leur site. Cette mise en rôle n’a duré que quelques heures. C’est ensuite avec leurs regards d’adolescents qu’ils ont poursuivi l’expérience.

Les élèves ont rédigé, par groupe de deux, des articles sur les résidents, le personnel et la procédure de demande d’asile. Le montage du site a été réalisé en classe : 5 heures de cours sur ordinateur et 3 heures de réflexion (choix des thèmes pour les articles théoriques, choix des photos et autres documents à placer, création des liens entre les articles). Grâce à l’application numérique d’écriture collaborative utilisée (SPIP), la rédaction a pu aussi se poursuivre à domicile.

Par ailleurs, les élèves ont travaillé en collaboration avec une classe de 4e, qui a résumé le trajet des migrants au travers d’un livre, dans le cadre de leurs cours de français et d'esthétique.
Faire des liens

« Outre le fait de sortir de l’école et de vivre une réalité sociale différente, la richesse de cette expérience réside dans la mise en lien que permet le web et qui est une transposition du tissage de liens dans le concret, estime Catherine Lemaître. Imaginez deux toiles d’araignées : la première, c’est l’espace du centre, où toutes les personnes (résidents, travailleurs) ont des liens entre elles, mais aussi des liens avec l’extérieur (l’administration à Bruxelles). Les élèves ont pu comprendre comment cela se tisse, du local au global. La deuxième toile, ce sont les liens entre les élèves, le projet en tant que tel, rendu possible grâce à Internet, où is se mettent en réseau pour publier les pages qu'ils ont rédigées en lien avec celles des autres.

Sortir de sa bulle, croiser les points de vue, comprendre les interactions. C’est «l’approche systémique», une démarche centrale en éducation à l’environnement. « Le projet est aussi une démarche d’éducation à l’énvironnement si l’on considère le centre Fedasil*, ancienne base militaire de l’Otan, comme un environnement social, géographique et spatial », estime l’enseignante. Au même titre qu’une ville ou un quartier. « J’avais d’ailleurs initialement découvert la technique d’"hyperpaysage" avec un quartier de Bastogne, en le photographiant à partir du toit de l'école, avec deux classes en 2007."

  • Avantages et difficultés

Pour réaliser ces hyperpaysages, Catherine Lemaître a collaboré avec Michel Ericx, de l’Institut d’Eco-Pédagogie (lire encadré ci- contre). « Il faut un aidant extérieur pour ce type de projet, qui apporte des connaissances techniques et d’animation, de la créativité, pense-t-elle. Pas seulement un informaticien, mais un véritable auxiliaire pédagogique à l’image des artistes qui interviennent sur des projets d’élèves dans les écoles ».

Par ailleurs, l’enseignante n’estime pas avoir rencontré beaucoup de difficultés : « Lorsqu’ils sont publiés et lus par l’extérieur, la qualité de production des élèves augmente très vite, ça leur donne du sens et de la motivation. » Si partir trois jours n’est pas évident dans l’organisation de l’école, le directeur soutenait le projet et le centre d’accueil, emballé par les objectifs de l'action, a pris en charge les frais d’hébergement, de nourriture et de déplacement. « Il a cependant fallu rassurer au préalable les parents et les jeunes, un peu inquiets, concède-t-elle. Ils en ont parlé avant, avec les animateurs du centre. Même moi je ne savais pas comment ma classe allait réagir. Cela demande du lâcher-prise. C’est une expérience troublante, assez éloignée des voyages scolaires traditionnels. »

Finalement, les élèves en sortent ravis : « De l’avis unanime de la classe, nous trouvons cette expérience pédagogique tentée par Madame Lemaître extrêmement enrichissante. Elle nous a permis de dépasser un grand nombre de préjugés sur les demandeurs d’asile. Cela nous a permis de voir à quel point l’attente d’une réponse semble interminable dans ce centre coupé du monde réel, où tout paraît figé, comme en suspens. C’est vraiment une expérience enrichissante dans un parcours scolaire.»

Christophe DUBOIS

* Fedasil : Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile

Avis & Conseils pédagogiques

  • Interview de l’éco-pédagogue

Le principe des hyperpaysages est développé depuis une quinzaine d'années par Christine Partoune et Michel Ericx, de l'Institut d'Eco- pédagogie. Ce dernier a accompagné la réalisation de l’hyperpaysage de Bovigny.

Pour vous, qu’est-ce qui est important dans ce type de projet ?

M. Ericx : D’abord, et avant tout, la dimension humaine. La technologie ne se suffit pas à elle-même. La disponibilité, l’envie, l’investissement des acteurs du projet (enseignants, élèves, personnel du centre) est un gage de réussite majeur. Un autre atout : l’enseignante avait déjà réalisé un hyperpaysage, et elle a une solide expérience de conduite d’un groupe-classe et de mise en projet. Il faut en effet y aller pas à pas, pour ne pas affronter toutes les couches de complexité en même temps.

En quinze ans, l’évolution technologique a-t-elle modifié la façon de concevoir les hyperpaysages ?

Avant, je mettais en page l’ensemble des sites produits. Aujourd’hui, le web 2.0 permet aux élèves, via une interface d’édition (SPIP), de devenir maître de leur propre site, d’être autonomes dans la forme et le contenu. D’une part, cela déplace le centre opérationnel du webmaster vers l’enseignante. Elle doit pouvoir piloter un dispositif collaboratif, organiser le travail, le répartir entre les élèves, dans des lieux et à des rythmes différents. D’autre part, les élèves passent à l’arrière du décor et deviennent acteurs de leur projet du début à la fin. Ils se sentent responsables, signent leurs articles. Petite anecdote : ils ont vu que certains articles avaient été lus par la police algérienne, peut-être à la recherche d’un ressortissant. Cela les a poussé a réfléchir sur les pouvoirs du web, les effets induits et leurs responsabilités éditoriales.

Le web permet une visibilité, c’est fondamental...

Avant, un projet comme celui-là se serait retrouvé dans les archives de l’école. Ici, on y ajoute le fait de témoigner en public. L’école sort des murs, réellement et virtuellement. Cette ouverture sur l’extérieur transforme les acteurs, la qualité de leur travail, mais aussi l’institution elle-même.

Quelle est la plus-value de partir d’une photo panoramique ?

Pour ne pas se perdre dans la navigation du site, la photo panoramique permet des points d’ancrage dans la réalité, c’est là que cela se passe, à 360 °. L’hyperpaysage, c’est un équilibre entre, d’une part, la pensée systémique et ouverte que traduit l’hypertextualité du web et, d’autre part, l’ancrage spatial et temporel issu de la photo. Deux dimensions au cœur de l’éducation à l’environnement.
Peut-on réaliser un hyperpaysage de façon autonome, sans aide extérieure ? Même si ce n'est pas un dispositif très sophistiqué, je pense qu’il est prudent d’expérimenter l’hyperpaysage en contexte de formation - comme nous le proposons à l'IEP - avant de le mettre en œuvre avec des élèves.

Sources

Magazine Symbioses n° 97: TIC: nouvelle ErE?

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Hyperpaysage (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Plus d’infos : www.hyperpaysages.be/bovigny 
Partenaire(s)
Ecotopie - Laboratoire d'éco-pédagogie.

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