Au jardin, tout est permis (ou presque)

Expérience réalisée par

Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
enfants (maternelle/primaire).
Thème(s)
nature / biodiversité, pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
maternelle, pédagogie du dehors, éco-pédagogie, nature, éducation à la nature.
Date & durée de réalisation
2013.
Lieu de réalisation
(0).

Description de l'expérience

Chaque jeudi matin, la classe de maternelle de Crystèle Ferjou sort au jardin. Cette maîtresse d’école en Poitou-Charentes (France) observe alors ses petits bouts de 2,5 à 5 ans crapahuter, jouer, explorer... Récit d’une classe dehors.

"Notre jardin est un terrain communal situé près de l’école. Cet espace vert jouit de la présence d’une haie, d’une mare, de plantes sauvages, d’une petite bute de copeaux de bois, de troncs d’arbres disposés au sol et d’un potager cultivé par les plus grands. Avec l’œil d’un adulte, ce terrain n’offre rien de particulier. Pour les enfants, il devient un espace de jeu aux multiples découvertes.

Chaque jeudi matin, en toute saison et par tout temps, nous partons au jardin avec deux caddies, l’un rempli d’une grande bâche en plastique pour s’y asseoir, l’autre contenant la réserve d’eau et des gobelets. Ce sont les enfants qui tirent les caddies. Dans le jardin, il y a aussi une brouette, un coffre avec des outils de jardin à main, un panier avec des guides de détermination, des albums de littérature de jeunesse avec des illustrations d’oiseaux et autres bêtes du jardin, une loupe et des boîtes à insecte, ainsi que des toilettes sèches.

Nous sommes 3 adultes pour 24 enfants. Je veille toujours à bien expliquer ma démarche aux accompagnants : au jardin, il n’y a pas d’interdits, tout est permis tant que la sécurité de l’enfant est garantie. J’explique aussi les trois erreurs à éviter vis-à-vis de l’enfant en situation de jeu : la surprotection qui consiste à se substituer à l’enfant pour l’aider ; la tendance instructive permanente qui conduit l’adulte à intervenir fréquemment dans les activités de l’élève ; le laxisme qui confond autonomie et laisser-faire.

Une fois arrivés au jardin, nous prenons le temps de nous regrouper tous ensemble, autour d’un goûter. Cela nous donne l’occasion d’échanger sur ce que l’on aimerait faire aujourd’hui. Je lance quelques propositions d’activités. Après la collation, pendant une heure et demi, les enfants font ce qu’ils veulent : jeu libre ou participation à une des activités proposées. L’adulte est alors au service du projet de l’enfant. C’est important de laisser l’enfant aller vers ce qu’il a envie de faire. Je m’appuie sur le désir d’agir et de jouer du jeune enfant, qui est bien à l’origine du désir d’apprendre et de connaître le monde.

Les deux seules règles que je leur donne : 1/ on reste dans le jardin (il n’y a pas de clôture), on doit toujours voir un adulte de là où l’on se trouve ; 2/ on n’a pas le droit de se faire mal ni de faire mal aux autres. Ces règles sont souvent répétées. Je n’ai jamais eu aucun accident sur les temps de classe dehors. Le milieu naturel est bien moins hostile que le goudron de la cour de l’école. Et un enfant se met très rarement en danger. En fin de matinée, nous nous regroupons et chacun exprime quel a été son moment préféré. J’aide les enfants à mettre des mots sur ce qu’ils ont vécu, à prendre conscience qu’ils font partie d’un groupe, celui de la classe. »

Propos recueillis par Céline TERET

Lire l’intégralité de ce témoignage sur Mondequibouge.be

Avis & Conseils pédagogiques

Crystèle Ferjou enseigne dans une école rurale et labellisée « éco-école ». Elle a aussi de l’expérience en matière d’éducation à l’environnement. Sa classe dehors lui semble- t-elle transposable à d’autres contextes et accessible à des non spécialistes ? Réponse.

« Oui, cette expérience est transposable. Ce qui est important c’est de trouver un espace diversifié avec par exemple de l’herbe, un talus, des arbres, des buissons... En ville, ça pourrait être un parc ou un jardin public.

Je ne pense pas qu’il faille des connaissances préalables pour faire classe dehors. Il faut surtout oser se lancer et être disposé à des pratiques de classes différentes. En effet, faire classe dehors modifie nos pratiques d’enseignant. Il faut accepter de laisser faire les enfants dans un milieu qui n’est pas pensé pour lui ; il faut leur faire confiance sur leurs capacités à s’adapter. Notre rôle est de leur apporter un cadre rassurant. Ensuite, on apprend en même temps que les élèves. Bien entendu, ça demande à l’enseignant d’accepter de changer son statut.

Un conseil serait de bien penser son projet en amont pour bien le présenter aux familles et aux collègues. Un autre conseil est tout simplement d’être motivé, d’avoir envie de le faire. Car ça implique un peu plus de contraintes de passer 3h dehors en continu avec les enfants. C’est aussi important de trouver des accompagnants qui ont envie d’aller dehors, parce que si les enfants sont toujours heureux dehors quel que soit le temps, les adultes, eux, ont plus de mal à sortir s’il pleut ou qu’il fait froid. »

Sources

Magazine Symbioses n°100: Dehors! La nature pour apprendre

pdf

Au jardin, tout est permis (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
La classe dehors de Crystèle Ferjou fait l’objet du documentaire Il était un jardin, réalisé par P.-Y. Le Du et visible sur http://vimeo.com/iffcam/iletaitunjardin . A voir absolument !

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