Comment éco-gérer une école ?

Expérience réalisée par
Ecole communale de Bois-et-Borsu (Etabl. scol. niv. sup.), Lycée de Berlaymont (Etabl. scol. niv. sup.).
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
jeunes, enfants (maternelle/primaire).
Thème(s)
éco-consommation, environnement - généralités.
Mots clés
éco-consommation, certification, énergie, primaire, secondaire, SME, alimentation, climat, empreinte écologique, déchet, citoyenneté, biodiversité.
Date & durée de réalisation
2008.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4560).

Description de l'expérience

Réfléchir aux impacts environnementaux du fonctionnenement et des activités de l’école est une triple aubaine : écologique, pédagogique et économique. Si l’exercice ne s’improvise pas, il est néanmoins à la portée de tous, du débutant au plus confirmé. Illustration.

Bois-et-Borsu, la néophyte


Début de cette année scolaire, l’école communale de Bois-et-Borsu s’est lancée dans un audit énergie. « L’éco-conseillère, Béatrice Franck, m’a proposé de participer à la campagne « Ecoles pour demain » de l’association Coren. Un prolongement cohérent de l’action déchets que nous avions déjà menée dans nos écoles », explique Marie-Laure George, directrice des écoles de Bois-et-Borsu, Ocquier, Les Avins, Clavier et Termoigne. A ses côtés, feuilletant son guide « Mon cahier de l’énergie » (voir Outils p.18), l’institutrice Roxane George enchaîne : « Au départ, l’énergie, je trouvais ça vague, je ne savais pas par où commencer. Mais l’aide méthodologique de Coren a bien clarifié les choses ». L’association est venue animer la classe unique de 5 et 6e primaire durant une journée, en décembre. « Natacha Thevenod, l’animatrice de Coren, a sondé les habitudes des élèves en matière d’énergie, en leur montrant les gestes qui consommaient plus ou moins. Les enfants ont ensuite ausculté la classe, puis l’école tout entière, en groupe. Pour découvrir petits et gros soucis : niveau de température, vannes défectueuses, simple vitrage, pas de joints aux fenêtres, portes qui restaient ouvertes, meubles devant les radiateurs, lampes allumées… »

  • Quand économie rime avec pédagogie

Les élèves de Madame George ont alors fixé des actions prioritaires, actées dans une charte : confectionner des panneaux et sensibiliser les autres classes, créer un jeu de société sur l’énergie, réaliser dans le village une enquête sur les panneaux solaires …
« Je ne me rendais pas compte qu’il y avait moyen de partir dans autant de domaines, témoigne l’institutrice. Les grands vont, par exemple, lire une histoire sur l’énergie aux petits. Cette après-midi, je les ferai également s’exprimer en partant d’une chanson environnementale, suite à une formation suivie avec l’Institut d’Eco-Pédagogie. Nous avons par ailleurs réalisé des graphiques au cours de math. On a même écrit une lettre à la commune pour leur demander une aide financière ». « Tiens, je viens de recevoir la réponse positive écrite aux élèves par le Collège, lance la directrice, en expliquant que la commune soutient pleinement le projet. Nous avons aussi reçu 1000 euros de la Région wallonne, via notre participation à la campagne « Effet de jeunes contre effets de serre » de l’asbl Green. » Tout cela vient s’ajouter aux économies espérées sur les dépenses de chauffage et d’électricité. De quoi financer quelques menus investissements, dans les 5 écoles de la commune : 10 thermomètres (40 €), 8 multiprises à interrupteur (80 €), 8 vannes thermostatiques (200 €), 2 thermostats d’ambiance programmable (400 €), 12m2 de feuilles réfléchissantes pour mettre derrière les radiateurs (50 €), des ampoules économiques… « A l’école des Avins, ils ont fait un audit sur l’eau. Quand ces projets seront plus avancés, il faudra se revoir tous ensemble : enseignants des 5 écoles, femmes de ménage… Pour travailler tous dans le même sens et pérenniser l’action. »

Berlaymont, le « certifié »

 

Une école « certifiée ISO 14001 », ça veut dire quoi ? Pour faire (très) court, cela signifie qu’elle intègre profondément les questions environnementales dans son fonctionnement et qu’elle a été certifiée pour son bon « management environnemental » par un organisme accrédité. Plus répandue dans le monde des entreprises, cette certification internationale n’a été accordée qu’à 6 écoles en Belgique. Dont le Lycée de Berlaymont, à Waterloo. Pourtant, de l’extérieur, rien ne semble indiquer que cette école soit plus « écologique » qu’une autre : des bâtiments en préfabriqué vieux de 40 ans, du simple vitrage… « C’est normal, explique Mme Stass, l’une des quatre profs impliquées dans la « cellule environnement » de l’école, la norme ISO repose sur le principe d’amélioration continue. L’important n’est pas tant d’être parfait, mais d’être en démarche, d’évoluer ». Tout est donc dans la méthode : au départ d’une analyse environnementale globale (consommation de mazout et d’électricité, d’eau, déchets, mobilité…), l’école se fixe des objectifs et met en place des procédures pour les atteindre.

  • Les élèves aux commandes

La particularité du Berlaymont, en outre, est de mettre les élèves aux commandes de cette certification et d’ériger l’environnement comme fil rouge de leur cursus scolaire. Ainsi, les classes de 5e et 6e économie de Caroline Lalière consacrent une heure chaque semaine à la maîtrise des impacts environnementaux de l’école et à l’implémentation de la norme. Ces 30 jeunes gèrent notamment l’écoshop qu’ils ont créé l’an passé et qui vend des fournitures scolaires écologiques, deux midis par semaine. Ils ont organisé également trois journées éco-gestes, dans le cadre de la campagne « Effet de jeunes contre effet de serre » de l’association Green : en décembre , mangeons une pomme (locale et de saison) ; en février, mettons un gros pull et diminuons d'un degré le chauffage ; et en avril, collectons livres & vêtements (réemploi). « Pour que ces actions touchent toute l’école, explique Caroline Lalière, chaque paire d’élèves s’est vu assigner 3 classes. Ils y passent périodiquement pour présenter l’avancée du projet, les éco-gestes, le pré-audit… ». Pour Camille, élève de 5e économique, « C’est un peu lourd, mais depuis qu’on s’y est investi, on fait beaucoup plus attention à nos impacts environnementaux ». Des difficultés? Pour Caroline Lalière, « la plus grande difficulté est que, selon l’inspecteur, cette « heure environnement » ne peut plus être inscrite dans le programme de sciences économiques traditionnel, très théorique en 5-6e. Du coup on a dû ajouter une cinquième heure au cours de sciences éco. Difficile à accepter pour les élèves concernés, qui se voient imposer une heure sup. »

  • Toutes les classes

Outre le cours de sciences éco des 5e et 6e, ce sont toutes les classes qui sont touchées par le projet environnemental du Berlaymont. Ainsi, chaque niveau scolaire travaille tout au long de l’année sur un thème qui est abordé à travers différents cours et activités de terrain : la prévention et le tri des déchets en première année, la biodiversité en seconde, la gestion de l’eau en troisième, ensuite le climat, puis la solidarité Nord-Sud et le développement durable, et enfin, en rhéto, la gestion de l’énergie. Grâce à cette intégration transversale et verticale, chaque élève en fin de scolarité aura donc été sensibilisé aux diverses facettes de l’environnement, invité à prendre ses responsabilités citoyennes. Et si tout semble réglé comme du papier à musique, cela n’empêche pas l’une ou autre initiative complémentaire : une mare imaginée par une élève, ou encore un éco-marché lors de la fancy-fair, organisé par la prof de géo, secondée par une dizaine d’étudiants volontaires.

  • Efficacité pédagogique, environnementale et économique

La certification ISO et le projet environnemental de l’école demandent néanmoins beaucoup de coordination : une heure de réunion par semaine entre les 4 profs de la « cellule environnement » ; plus une réunion par mois entre cette cellule, la direction et deux représentants des services techniques… « Outre le bénévolat que cela représente, le travail administratif est important : il faut garder toutes les traces. Mais si la norme est lourde, elle donne aussi un cadre, des balises systématiques intéressantes si l’on veut être efficace », estime la directrice Mme Brouhms. L’efficacité est bel et bien au rendez-vous : outre l’évidente plus-value pédagogique et environnementale, le gain économique n’est pas négligeable. « Nous obtenons des résultats réels et encourageants, aisément identifiables par tous grâce aux graphes de consommation affichés ». Entre 2005 et 2006, ce sont pas loin de 100.000 KWh économisés et une consommation de mazout largement à la baisse. Avec un espoir : « Nous voudrions montrer que l’action que nous menons au quotidien est transposable à d’autres institutions ».

Christophe Dubois

Avis & Conseils pédagogiques

Avis d’experts

 

Thierno Ndiaye et Natacha Thevenod travaillent chez Coren, asbl menant des programmes éducatifs de gestion environnementale dans les écoles. En 13 ans d’appels à projets, ils ont déjà suivi plus de 200 écoles. Que pensent-ils des expériences de Bois-et-Borsu et du Berlaymont (voir ci-contre), et quels sont leurs conseils aux débutants ?

  • Bois-et-Borsu

« A Bois-et-Borsu, ils entrent véritablement en démarche, avec un plan d’actions assez riche, une volonté de pérenniser. Et puis le Pouvoir Organisateur et l’éco-conseillère de la commune sont très soutenants, ils étaient même présents lors de l’audit, ce qui est assez rare ».

  • Berlaymont

« Mettre un projet pareil dans les mains d’une classe, c’est très difficile. Mais pédagogiquement, c’est fort. Généralement, dans les écoles certifiées ISO, il y a une personne payée en partie pour coordonner tout cela, prendre en charge le côté administratif et les procédures avoir une vue d’ensemble, communiquer… ».

  • Conseils d’experts

« Il faut partir d’un ou deux enseignants motivés, qui développent quelques actions simples, à leur portée. Ils obtiennent des résultats, les communiquent lors des AG des profs et des journées portes ouvertes, et le projet s’agrandira progressivement, naturellement, en élargissant les objectifs et les personnes impliquées. Il ne faut pas vouloir dès le départ mobiliser tout le monde. La démarche doit être progressive, flexible et globale. C’est pourquoi, chez Coren, nous proposons 3 appels à projets différents, du plus simple au plus compliqué (lire Adresses utiles p.16). Il est important aussi de garder des traces, ce qui implique une coordination. Le projet doit par ailleurs être soutenu par la direction et intégrer les élèves. Faire de la gestion sans les élèves, c’est passer à côté de quelque chose ».

Sources

Magazine Symbioses n°78

pdf

Symbioses n°78 pages 10/11 (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Partenaire(s)
COREN.

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