En classe, oui, mais dehors!

Expérience réalisée par
école maternelle Saint-Vaast, école communale de La Croix.
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
enfants (maternelle/primaire).
Thème(s)
nature / biodiversité, pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
nature, dehors, sensoriel, enfant, éco-pédagogie, éducation à la nature, pédagogie du dehors, maternelle.
Date & durée de réalisation
2013.
Lieu de réalisation
Province du Hainaut (7100).

Description de l'expérience

Une classe dehors, trois matinées par semaine, tout au long de l’année, c’est le défi que vient de se lancer l’école libre de Saint-Vaast. 25 petits lutins des bois participent à l’aventure, accompagnés de deux institutrices passionnées. Reportage sur le terril.

 "Bonjour madame nature, bonjour madame la pluie, bonjour monsieur l’arbre... » Des gouttes éclatent sur la bâche suspendue, comme si la pluie avait décidé d’accompagner le chant des enfants. Cette comptine, les enfants l’ont inventée pour remercier la nature de les accueillir ici. Ils la chantent dès leur arrivée au « coin de rassemblement », tel un rituel pour bien commencer cette matinée qu’ils passeront dehors, au milieu des petites bêtes et grands arbres du terril. Pour arriver jusqu’ici, ces petits lutins des bois âgés de 3 à 6 ans ont pris un étroit sentier boisé, puis escaladé une petite colline, certains seuls, d’autres aidés d’une corde. Anne, institutrice, encourage la petite Camelia. Puis, en aparté : « Camelia, c’est notre petite victoire. Lors de notre première sortie, elle pleurait de peur de traverser une petite flaque. Et regardez, deux semaines plus tard, elle a déjà beaucoup plus confiance en elle!"

  • Vivre le réel

Aujourd’hui, c’est la septième sortie de la toute nouvelle « classe du dehors » de l’école libre de Saint-Vaast. Suite à un courrier et une réunion d’information l’année passée, les parents de 25 élèves ont inscrit leurs petits bouts au sein d’un projet hors du commun : une classe qui se donne dans un espace choisi et aménagé dans les bois, à raison de trois matinées par semaine, tout au long de l’année. « La grosse crainte des parents, c’était que les enfants n’apprennent pas et prennent du retard pour le primaire, explique Anne. On les a rassurés : le dehors offre une multitude de possibilités d’apprentissages, en terme de stimulation de la psychomotricité, de développement du langage oral et du vocabulaire, de capacité de se repérer dans le temps et l’espace, etc. De plus, ici, les enfants vivent les choses, là où à l’intérieur les situations sont créées de manière artificielle. » Sa collègue Marie- Laurence, qui l’accompagne lors des sorties dehors, abonde dans ce sens : « Parler de météo derrière une vitre ou regarder un livre sur les insectes assis sur une chaise, ça a moins de sens que de vivre réellement les saisons et d’observer les petites bêtes dans la nature. »

Et à voir les enfants enjamber et grimper, reconnaître et nommer une mûre, différencier le sureau de « ces petites boules qui lui ressemblent mais qu’on ne peut pas manger », on se dit que oui, ils ont l’air d’apprendre bien des choses ici. Apprendre à vivre ensemble aussi. « Viens, donne moi la main, je vais t’aider, ça glisse ici. » Instinctivement, les grands aident les plus petits. « Cette coopération entre eux, on ne la ressent pas en classe où c’est plutôt du chacun pour soi, explique Marie-Laurence. Peut- être que ce réflexe de coopération va progressivement s’installer sur les bancs de l’école, qui sait ? »

Les institutrices veillent aussi à conserver ce qui se fait habituellement à l’intérieur. La séquence « jour de la semaine, mois et saison » par exemple se fait assis sur les pierres du « coin de rassemblement », un espace aménagé par les enfants et les institutrices pour se réunir, prendre la collation, etc. La séquence « plus petit, plus grand » se fait avec des bouts de bois glanés dans la nature. Puis vient le moment du « jeu libre ». Le groupe se disperse, des sous-groupes se forment spontanément. Emilie- Rose et ses copines se racontent des histoires sous leur maison- arbre. Maëlys et Pauline observent une limace, puis sa copine l’araignée sur un tronc au sol. Ianis, Aleandro et la plupart des autres garçons jouent avec des bâtons. Ils adorent ça les bâtons. C’est pourquoi une règle a été instaurée : on ne fait pas mal aux autres avec les bâtons et on ne prend pas un bâton plus grand que soi. Une autre règle est celle de ne pas s’éloigner. Et pour que les enfants s’en souviennent, des photos ont été prises avec eux, ici même, les mettant en situation. Si une règle est transgressée, on brandit les photos en guise de rappel.

  • Redécouvrir l’école

« Et là madame, c’est quoi ? », lance un élève en se penchant sur une sorte de mousse blanche au pied d’un arbre. « Je ne sais pas, répond l’institutrice. Je vais chercher et je vous le dis demain. » Dehors, les imprévus se font bien plus nombreux qu’en classe. Autant d’occasions de nouvelles découvertes qu’Anne affectionne tout particulièrement et qui lui permettent de redécouvrir son métier d’enseignante. Marie-Laurence parle aussi de « redécouvrir ses élèves : les enfants se montrent parfois très différents dehors. »

Si Marie-Laurence se dit « naturellement proche de la nature » (elle a d’ailleurs suivi une journée de formation sur l’école du dehors avec la suissesse Sarah Wauquiez voir pdf outils ), les deux institutrices ne sont ni guides-nature, ni animatrices en environnement. C’est suite à leur participation au projet BOSQUETS (lire "autres infos") l’année passée qu’elles ont trouvé la confiance et les outils pour oser se lancer seules en forêt avec leurs élèves. Mais les fondements d’un tel projet reposent aussi sur la philosophie générale de cette école maternelle sensible à l’environnement depuis longtemps : sorties ponctuelles en nature, mise en place d’un potager et d’un compost... La classe du dehors est donc une suite logique. Cette manière novatrice d’enseigner demande néanmoins de la préparation, de l’organisation et de la souplesse pour s’adapter aux circonstances du dehors. De l’énergie aussi : les institutrices ne seraient pas contre un accompagnateur supplémentaire pour encadrer les 25 petits loups. Cela demande enfin une collaboration plus étroite avec les parents. « Nous nous réunissons avec eux 2 fois par mois afin de communiquer autour du projet, explique Anne. Ils doivent s’impliquer, ça leur a été annoncé comme tel depuis le début ». A ce propos, les parents seront très prochainement amenés à sortir eux aussi, puisqu’ils participeront à la construction du futur « canapé forestier » de la classe du dehors. Petits et grands, tous à vos bottines !

un blog pour suivre cette experience

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Grandissons dans les bois...

« Une pédagogie vivifiante qui trouve ses racines dans les bois.» À Ottignies, l’école communale maternelle de La Croix affiche clairement sa pédagogie ouverte sur le dehors. Et pour qu’elle perdure, la collaboration est de mise avec l’école primaire.

Tout a commencé il y a quelques années, sur proposition de la commune d’aller visiter une école du dehors en Allemagne, où cette pratique est répandue (voir pdf Symbioses ). Depuis, l’école de La Croix a fait du chemin : deux matinées par semaine, les petits de maternelle sortent dans le bois jouxtant l’établissement. L’école a investi dans des pantalons de pluie et multiplie les collaborations avec des associations d’éducation à l’environnement : CRIE de Villers-la-Ville, le Baluchon, la Leçon verte et, plus récemment, la participation au projet BOSQUETS de GoodPlanet. Avec le temps, les institutrices se sentent de plus en plus à l’aise dans les bois et n’ont plus besoin d’être accompagnées d’animateurs.

Et pour que les petits devenus un peu plus grands continuent de baigner dans cette culture du dehors, des collaborations se tissent régulièrement avec l’école primaire, située sur le même site, mais dont la direction diffère. « L’année passée, les classes de maternelle et de primaire ont construit ensemble un projet commun avec du Land Art, un arbre en 3D, un cube géant sensoriel, une expo sur le thème du bois...», explique Karin Moons, directrice de l’école maternelle. Si les sorties en forêt ne sont pas aussi régulières et établies qu’en maternelle, les élèves de primaire sortent en moyenne une fois par semaine, en fonction de leurs horaires et de leur projet. Ils y apprennent la numération à l’aide de faînes (math), ils y observent les champignons (biologie), ils y mesurent le diamètre d’un tronc
d’arbre (géométrie), ils y dessinent (art)... « La matière est ‘vécue’ dans les bois, plutôt que‘donnée’en classe, poursuit la directrice. Du coup, ils la retiennent mieux.»

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 D’autres échos...

Petit à petit, même si cela reste marginal, des écoles du dehors voient le jour ça et là, chacune à leur façon, en fonction de leur contexte, de leurs envies, de leurs contraintes. A Tournai, par exemple, cela fait trois ans qu’une institutrice de l’école du Petit Colisée sort presque tous les mois avec ses élèves de maternelle dans un parc au centre ville, accompagnée d’un animateur du CRIE de Mouscron. Le CRIE d’Harchies accompagne également dans ce sens une classe de maternelle depuis 2 ans. A Mont-Saint-Guibert, tout le 1er cycle primaire de l’Institut Notre Dame des Hayeffes est en train de bouger dehors, avec l’accompagnement de GoodPlanet Belgium.

Céline TERET

Sources

Magazine Symbioses n°100: Dehors! La nature pour apprendre

pdf

En classe, oui, mais dehors! (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos

BOSQUETS, kesako ?
BOSQUETS est un acronyme : Les Bois Ouvrent les Sens et Questionnent les Enfants en Toutes Saisons. Ce projet est proposé aux classes de maternelle et primaire par l’association GoodPlanet Belgium. Le volet « classe d’immersion » consiste à mettre en place un cadre et un espace pour apprendre et se détendre dans les bois. Les sorties s’organisent une demi journée par mois, dont 5 accompagnées par un collaborateur éducatif de GoodPlanet.

BOSQUETS propose aussi une « approche ponctuelle » avec une seule sortie sur l’année, sorte de version light qui vise à donner l’envie d’aller plus loin. Par ailleurs, un site internet fournit des activités afin d’investir en toute saison un bois, une forêt ou un simple petit bosquet proche de l’école comme un lieu d’apprentissage. Un véritable tremplin pour oser sortir avec ses élèves !

Contact : Céline Henriet - GoodPlanet Belgium - 02 893 08 08 www.bosquets.be


Partenaire(s)
GoodPlanet Belgium, CRIE d'Harchies, CRIE de Villers-la-Ville, Le Baluchon, CRIE de Mouscron, La Leçon Verte.

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