S'émerveiller à deux roues

Expérience réalisée par
école primaire Robert Brasseur (Etabl. scolaire).
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
enfants (maternelle/primaire).
Thème(s)
mobilité / transport, .
Mots clés
enfant, primaire, enseignement spécial, mobilité, transport, voyage, voyage scolaire, voyage éducatif, vélo, mobilité douce, séjour, séjour scolaire.
Date & durée de réalisation
2014.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4020).

Description de l'expérience

Le 3ème cycle de l’école primaire Robert Brasseur à Liège a fait le pari fou de parcourir un bout de Belgique à vélo pendant une semaine. 250 km, 5 villes, 36 élèves et autant de vélos ou tandems, 5 enseignants, 1 animateur socio-sportif, plusieurs accompagnateurs, des partenaires associatifs... et c’est parti ! Mais avant ça, il faut apprendre à rouler à vélo en groupe, s'entraîner et organiser le voyage. Tout un programme.

Au beau milieu de la cour de récréation de l'école Robert Brasseur, une rangée de vélos se forme petit à petit. Il est 9h. Un fin brouillard flotte encore en cette douce matinée du mois de mars. Casques ajustés, chasubles oranges enfilées, les 36 élèves sont prêts, le pied sur la pédale. Dernières recommandations de l’un de leurs titulaires, Hervé Lerho : règles de sécurité, respect des autres et du groupe. Les larges portes s’ouvrent sur la rue d’Outremeuse au cœur du quartier liégeois du même nom. La farandole de jeunes cyclistes s’engouffre dans la ville pour, plus loin, emprunter les berges de la Meuse direction Visé. Un tandem ouvre le convoi, un autre le referme. Aujourd’hui, quatre accompagnateurs adultes encadrent le parcours, dont Hervé et sa remorque remplie de matériel en cas de problème technique sur la route. Les voilà partis pour deux bonnes heures de balade.

Comme tous les mardis matin depuis septembre, sauf météo défavorable, cette sortie vélo vise à entraîner les élèves du 3ème cycle de cette école primaire d’enseignement spécialisé 1. Parce que d’ici trois petits mois, ces 36 jeunes âgés de 11 à 13 ans vont vivre un voyage scolaire hors du commun : une boucle à vélo au départ de Liège, passant par Namur, Charleroi, Bruxelles et Eupen. Plus de 250 km à bicyclette et un seul trajet en train pour relier Bruxelles à Eupen. Pour le reste, que du deux-roues, essentiellement sur des routes RAVeL (réseau de voies réservées aux usagers lents). Le groupe logera en auberges de jeunesse. Et à Bruxelles, des enseignants d’une école partenaire leur ont concocté un tour à vélo dans la ville. Un sacré défi, ce projet ! Cela fait un an qu’il germe et implique activement cinq enseignants et un animateur socio-sportif de la Ville de Liège, auxquels s’ajouteront d’autres accompagnateurs volontaires lors du périple.

  • La pratique du vélo en groupe

Il y a 3 semaines, Daren était encore sur un tandem, derrière un accompagnateur. Aujourd’hui, il slalome avec une aisance déconcertante. « Je me suis entraîné dans le parc près de chez moi pendant les vacances. » L’école lui avait prêté une bicyclette. Comme lui, d’autres élèves ne savaient pas tenir sur un vélo au démarrage du projet. Et aucun d’entre eux n’avait expérimenté auparavant la pratique groupée du vélo. Trois élèves devront probablement faire le périple sur un tandem, pour cause de surpoids ou de manque d’équilibre. Outre les sorties d’entraînement à vélo, un accompagnement individuel avec une kiné leur permet de travailler sur leurs difficultés physiques. « Ce projet est un exploit sportif pour eux, explique Fabien Craitson, animateur socio-sportif de la Ville. Et pour ces enfants caractériels, souffrant de troubles du comportement, le vélo est aussi un moyen de canaliser leur énergie, de se concentrer, de respecter les autres. »

D’ici quelques semaines, le groupe va aussi suivre une formation pratique au code de la route, proposée par la police. Quant aux enseignants, ils ont participé à une formation de Pro Velo sur l’accompagnement des groupes scolaires en sortie vélo. Hervé a quant à lui suivi une formation en mécanique vélo avec la Maison des cyclistes. « Ce qui fait notre force, ce sont toutes ces collaborations, avec la Ville, avec des associations, explique l’instituteur. Et on est aussi une équipe très soudée au sein du 3ème cycle, c’est essentiel. »

  • De la récup’ à l’émerveillement

Autre particularité du projet, « la volonté de poser un regard écologique », poursuit Hervé. En optant pour un mode de transport doux, mais pas uniquement. Presque tous les vélos ont été récupérés et retapés avec soin par un professionnel et en collaboration avec la section « cycle » de l’école Jean XXIII de Beyne.

Les 36 élèves de l’école Robert Brasseur, eux, apprennent quelques bases en mécanique : changer une roue, régler les freins... A l’issue du périple, chaque jeune participant repartira avec son vélo. Un contrat moral sera alors signé avec les parents pour que le vélo ne sorte pas de la sphère familiale et ne soit pas revendu. Parents qui, au départ, étaient un peu craintifs pour la sécurité de leurs chérubins, mais qui, désormais, adhèrent complètement au projet. Notamment parce que les enseignants ont tenu à tous les rencontrer et tout leur expliquer. Lors d’une réunion de présentation du projet d’abord et, pour les absents, à l’occasion de rendez-vous individuels.

Intarissable, Hervé partage : « Le séjour, le vélo, tout ça, ces enfants le méritent... Ils ont tous vécu une rupture avec l’école, ils ont été mis de côté à un moment dans leur parcours de vie. Il y a des gamins qui ne brillent jamais en classe, mais qui brillent sur un vélo. » L’instituteur poursuit : « En tant qu’enseignants, on développe aussi un autre rapport avec nos élèves grâce à ce projet. Quand on est sur un vélo, des choses se disent qui habituellement ne se disent pas en face à face. Le vélo est également le meilleur moyen et la bonne vitesse pour s’émerveiller. Et nous, plus que de leur apprendre les maths et le français, on veut les émerveiller, les toucher, ces gamins. » Pour ce faire, rien de tel que de découvrir d’autres horizons, sans pour autant aller à des milliers de kilomètres. La plupart de ces jeunes ne côtoient habituellement que les limites de leur quartier. Faria n’est jamais sortie de Liège, sauf pour aller rendre visite à sa famille au Pakistan. « J’aimerais voir Mannekenpis, confie-t-elle sourire aux lèvres entre deux coups de pédales. Et Namur, il paraît que c’est beau. Puis, j’aime le vélo, c’est simple. »

  • Cours et coût

Les grandes villes qu’ils sillonneront lors de leur séjour, ils les étudient déjà en classe, comme l’explique Hervé. « Français, histoire, géographie, toutes les disciplines peuvent être explorées dans le cadre de la préparation de notre séjour. C’est un vrai projet pluridisciplinaire. » (lire encadré) Et les élèves mettront même la main à la pâte la veille du départ, en vue de préparer soupes et barres de céréales pour les sustenter lors du périple. « On n’a pas le budget pour manger bio et équitable, mais on fait à notre échelle. »

Cette belle aventure a évidemment un coût, estimé en tout et pour tout à 12 000 euros selon Hervé et ses collègues. « Nous n’avons pas voulu demander aux parents plus que les 110 euros que coûte habituellement une semaine de classe verte. Malgré tout, ça reste une somme trop importante pour certains parents... Il va falloir qu’on trouve des solutions car jamais on ne laissera un enfant sur le carreau. » Des partenaires et sponsors, quelques subsides et dons, permettent de renflouer les caisses. Des coups de pouce aussi, comme cette maison de repos du quartier qui offrira le goûter à toute l’équipe de cyclistes. D’ici au grand départ, début juin, toute autre proposition d’aideest encore la bienvenue. Avis aux généreux amateurs !

Pour l’heure, en ce mardi matin, fin d’entraînement, le groupe aura parcouru brillamment près de 20 km. A part un souci technique rapidement résolu et un petit bonhomme à bout de forces en fin de parcours, tout s’est passé à merveille. De bon augure pour le grand voyage à venir.

Céline TERET
1
enseignement spécialisé de type 1 (retard mental léger), 3 (troubles du comportement) et 8 (troubles des apprentissages)

Avis & Conseils pédagogiques

Compétences travaillées ou abordées autour de ce projet interdisciplinaire :

  • Histoire : ligne du temps du vélocipède et autres vélos, rôle du vélo dans l'armée et surtout durant les deux guerres mondiales.
  • Géographie : étude de Namur, Charleroi, Bruxelles, ce qu'il faut connaître en chiffres, comparaisons, lecture de plans, itinéraire, hydrographie, relief, situation sur la carte de la Belgique, tourisme.
  • Sciences : les muscles, le squelette, l'effort physique, l'alimentation saine.
  • Éveil plus généralement : déplacements alternatifs, doux et peu énergivores, réchauffement climatique, fonctionnement d'un dérailleur de vélo et rapports entre plateaux et pignons, le tour de France, photographie (pour le site).
  • Sécurité routière : la signalétique, les panneaux, les situations, parcours sécurité avec la police.
  • Français : gestion des textes pour le site internet (écriture, correction et mise en page). Panneaux récapitulatifs et explicatifs des villes traversées.
  • Math : échelles et graphiques.
  • Education physique : préparation physique en endurance, musculation douce et entraînement intensif au vélo en groupe.

Sources

Magazine Symbioses n°102: Voyage éducatif

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S (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Contact : école Robert Brasseur à Liège - 04 342 38 78 - http://itinerairewallonie.jimdo.com
Partenaire(s)
Pro Vélo Liège.

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