A la ferme du Chant des Cailles

Expérience réalisée par
Ferme du chant des cailles.
Cadre
collectivites (homes, ateliers proteges, hopitaux, habitats,...)., autre
Public(s)
tous publics - famille.
Thème(s)
agriculture, milieu urbain.
Mots clés
agriculture, potager, jardin collectif, citoyenneté, alimentation.
Date & durée de réalisation
2014.
Lieu de réalisation
Région Bruxelloise (1170).

Description de l'expérience

Au milieu de la cité-jardin, à Watermael-Boitsfort, en région bruxelloise, existe depuis près d'une centaine d'années un champ agricole. En friche depuis 2010, quelques habitants se sont mobilisés avec l'idée de transformer ce milieu en un projet d'agriculture urbaine, participative et écologique.

En mai 2012, une riveraine du champ qui se situe le long de l'avenue des Cailles, au cœur d’une jolie cité (en partie sociale) du sud de la capitale, émet l’idée d'y développer un projet de maraîchage adapté. Avec le soutien de l’asbl Le Début des Haricots, le projet fait son chemin. Quelques mois plus tard, l’idée est acceptée par le Conseil d’administration du Logis 1, propriétaire du terrain. L’aventure agricole et participative de la Ferme du Chant des Cailles peut prendre son élan ! Le souhait est de faire se côtoyer les activités économiques et citoyennes. L’espace d’une surface de 2,4 hectares est partagé en plusieurs pôles. Deux d’entre eux concrétisent le pari d’expérimenter une agriculture urbaine économiquement viable : le pôle « maraîchage » par la production de légumes et de petits fruits ainsi que de « plantes médicinales » ; le pôle « élevage » par la fabrication et la vente de fromages de brebis. Le pôle « jardin collectif » quant à lui vise la création d’un jardin potager écologique géré par les habitants.

Dès le départ, l’ensemble du projet est construit de manière collective, avec des représentants de tous les pôles. Des assemblées sont organisées sur le champ ou dans la Maison de Quartier voisine avec les habitants impliqués dans les potagers. Chaque décision est discutée jusqu’à obtenir un consensus. En avril dernier, l’asbl La Ferme du Chant des Cailles a même été créée en vue de constituer un interlocuteur juridique, suite à une exigence de plusieurs instances (Le Logis et les Monuments et Sites). Dans la foulée, le projet de Quartier durable Logis-Floréal, très complémentaire, a été intégré à l’asbl (voir encadré "Avis et conseils pédagogiques").

  • Sylvette et les autres

Au cœur de la Ferme du Chant des Cailles, quelques bancs et tables sont bricolés à l’aide de palettes. C’est un lieu de passage, de rencontre, de pause. En témoigne cet après- midi en ce début de vacances. Deux femmes et un enfant s'y arrêtent pour couper un chou-fleur fraîchement cueilli. Des enfants de la Clairière, un centre pour personnes handicapées, viennent emprunter des outils pour travailler leur parcelle. Françoise cueille en « auto-récolte » (voir encadré "Avis et conseils pédagogiques") des légumes pour le repas du soir. Une famille prend son goûter, une autre regarde les agneaux. Un potagiste vient voir si ses melons ont poussé ...

Nous y rencontrons Sylvette qui a adhéré dès le départ au projet, il y a deux ans, alors qu’elle venait de prendre sa pension. Elle raconte : « J’habite un appartement dans le Logis. Je connaissais bien ce champ dans ma jeunesse, où l'on cultivait du chou puis du blé. Le côté collectif du projet m’a particulièrement intéressé. Mettre sur papier tous nos rêves, voir ceux que l'on peut concrétiser et ceux qui ne sont pas réalisables. Prendre les décisions en plénière. Cela prend du temps, mais c’est passionnant. » Citadine, elle n'avait jamais cultivé. « Je partage une parcelle avec trois familles. On a appris entre nous, avec Le Début des Haricots, avec les maraîchers.» Le plus passionnant, c'est l'élevage : « Je suis fort impliquée dans les brebis, j'ai appris à traire, à faire du fromage ! » Enfin, et surtout, le Chant des Cailles, c'est l’occasion de rencontrer des gens passionnants : « Lors des travaux collectifs, des fêtes, des assemblées ... Même quand tu vas arracher des mauvaises herbes, tu ne le fais pas toute seule ! »

  • Champ des possibles

On sent au Chant des Cailles un vent favorable, porté par l’ouverture des possibles et des enthousiasmes, et le caractère exceptionnel de ce site en milieu urbain ! La motivation des personnes, leur diversité, leur complémentarité et l’esprit du collectif instauré dès le départ sont une grande force. Amplifiée par le fonctionnement en réseau et le renforcement des liens sociaux à travers les différentes facettes du projet.

Il faut cependant tenir le projet, équilibrer les forces, au risque sinon de s’épuiser. « Tout le monde ne participe pas à toutes les réunions. Sur les quatre-vingts inscrits, on est une vingtaine de réguliers », constate Sylvette. S'il y a une file d'attente de personnes voulant rejoindre le projet, quelques parcelles du potager sont déjà délaissées... La dimension économique est également un fameux pari. L’écoulement de la production et la rentabilité sont aujourd'hui encore très difficiles. Le processus de vente des légumes en provenance du maraîchage est basé sur la confiance et l’auto- récolte... Enfin, il est prévu à moyen terme de lotir une partie du terrain par des logements sociaux. Bien que l'idée de garder une partie du champ persiste, il faudra être créatif pour concilier les projets.

  • Laboratoire de démocratie

« Les rêves et les idéaux de tous les participant-e-s se frottent les uns aux autres. Sur le terrain, on se rend vite compte que nous ne mettons pas forcément les mêmes choses derrière des concepts comme l'agriculture bio, la biodiversité, le respect de l'écosystème... Prenons par exemple une situation que tous les jardiniers connaissent : les limaces ! Certains jardiniers voudraient, pour ne pas les tuer, qu'elles soient ramassées et déposées ensuite dans la forêt ; d'autres, dépités devant leurs salades dévastées pour la troisième fois, ne jurent que par les méthodes radicales ; d'autres encore, transformeraient bien le potager en laboratoire expérimental pour des solutions alternatives anti-limaces. Lors des réunions de clarification du projet, chaque participant-e peut mesurer l'importance des débats et avis contradictoires, de la nécessité de s'informer pour pouvoir prendre une décision en connaissance de cause, de l'écoute, du bienfait d'oser poser des “bêtes” questions, de donner une place à chacun-e, du temps nécessaire pour arriver, si possible, au consensus..... Par cette dynamique, le projet collectif est un véritable laboratoire de démocratie active, exercice difficile mais ô combien formateur. » (Evelyne De Wolf, participante et co-présidente de l'asbl La Ferme du Chant des Cailles)

Joëlle VAN DEN BERG

1 Société coopérative de locataires, SCL Le Logis

Avis & Conseils pédagogiques

  • Pratiquement

Le jardin collectif vit sa deuxième année, une soixantaine de jar- diniers se partagent la gestion d’un terrain de 4000 m2. Les parcelles sont cultivées en semi-collectif, par petits groupes familiaux ou d'amis. Ils se rassemblent le dimanche. C’est l’occasion de travailler collectivement, d'apprendre des réussites et des difficul- tés rencontrées lors de la culture des parcelles, de partager un apéro ou un repas. Tous les mois, les jardiniers se rencontrent lors d'une séance plénière où sont discutés les choix les plus impor- tants dans la gestion du jardin collectif. Le fonctionnement de ces réunions est balisé par une charte construite collectivement.

Le projet de maraîchage s’est concrétisé depuis cette année. 44 ares sont cultivés. Quatre maraîchers y travaillent de manière bénévole. Le principe de fonctionnement est de fournir une cinquantaine de personnes via un abonnement annuel prépayé. L'originalité : l’auto-récolte. Chaque semaine, les abonnés viennent récolter eux-mêmes leurs légumes, en respectant certaines règles. Notamment, des drapeaux verts indiquent les plantes à récolter, et les rouges, celles à récolter d’urgence ! Des appels à l’aide sont également lancés pour enlever les mauvaises herbes, étaler le compost...

Au jardin de plantes médicinales, une trentaine d’espèces connues, utilisables dans la cuisine et pour des infusions, sont cultivées. Le jardin vise à être un lieu de découvertes par les sens et d’apprentissages. L’auto-récolte y est aussi de mise.

Au Bercail, pôle d’élevage de la Ferme du Chant des Cailles, le lait de brebis permet depuis fin avril de faire du fromage et du yaourt. Quatre éleveurs bénévoles s’investissent dans cette entreprise. Un système d’abonnement et de mini-marché à Boitsfort est organisé pour écouler la production. Comme les éleveurs le soulignent, ils apprécient « l'aide inestimable du quartier et plus particulièrement d’une poignée de “chouchouteuses” qui les aident à chaque étape ».

Quartier durable Logis-Floréal. Initié par une poignée d’habitants, il vise à organiser des activités dans les espaces collectifs des cités-jardins pour se rencontrer et vivre pleinement les quartiers Le Logis et Le Floréal. Des journées festives et durables, un marché local, des ateliers d’échanges de savoirs, des espaces de semis de légumes et de plantes mellifères mis à disposition de tous pour fleurir balcons et façades, l’envie de revaloriser les magnifiques serres du Floréal, un poulailler, un compost... les idées ne manquent pas !

Sources

Magazine Symbioses n°103: "Cultiver en ville "

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos

Partenaire(s)
Le Début des Haricots.

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