Chemises en bouche

Expérience réalisée par
CRIE de Modave (A.S.B.L.).
Cadre
socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), professionnel (entreprises, organisations, commerces, syndicats,...)
Public(s)
jeunes.
Thème(s)
art, développement durable.
Mots clés
conte, histoire, recyclage, art, développement durable, déchet.
Date & durée de réalisation
2014.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4577).

Description de l'expérience

Des chemises qui parlent, nous racontent leur histoire. L’histoire de ceux qui les ont portées, des personnages réels ou imaginaires. Deux conteurs et le public leur redonnent vie. Un spectacle à mi-chemin entre l’art du conte et l’art de la rue. Un message à la fois poétique, social et environnemental.

C’est la fête de la pomme au CRIE* de Modave.Entre deux stands, elles sont là, pendues sur un fil, dans un labyrinthe de cordes à linge. Des chemises déjà mises. Blanches, toutes blanches. Balayées par la pluie et le vent. Tout devant, Julie Renson et Paul Fauconnier aguichent le passant : « Il y a du lin, de la soie, de la popeline. Avec ou sans manche. Du sportif, du classique, du vêtement de travail. Venez voir!». Une fois réuni, le public suit les cordes à linge jusqu’au lieu où va être racontée l’histoire de ces vêtements. Chemin faisant, un petit bonhomme passe devant une petite chemise suspendue. Paul arrête le garçon et le place derrière le vêtement, à la façon d’un passe-tête. Elle semble faite pour lui. Le conteur emmène alors la fripe, le garçon et le public dans l’intimité d’un minuscule chapiteau circulaire, tout blanc lui aussi. Il y conte la mémoire prise dans la fibre de la chemise, celle de la vie de celui ou celle qui l’a portée, dans le passé…

Des histoires de chemises, Julie Renson et Paul Fauconnier en ont une douzaine. Un mélange de contes, d’histoires traditionnelles et de récits de vie. Ils les égrainent au fil de la journée, avec un public chaque fois différent. A la fin du conte, la personne essaie la chemise. Si elle lui plait, elle peut décider de l'emporter telle quelle ou de la transformer avec l’aide et les conseils avisés d’un recycleur de fripes complice des conteurs.

  • L’environnement comme partenaire

Entre art du conte et art de la rue, le spectacle Chemises en bouche apparaît tout d’abord  comme une installation visuelle, un lieu porteur d’une beauté simple, extraite du quotidien mais qui émerveille. C’est l’environnement du conte. « Le spectacle s’appuie sur un environnement naturel, urbain ou patrimonial, explique Julie Renson.

On s’adapte au lieu, , on joue avec lui. Ici à Modave, l’eau est très présente. D’ailleurs ce sont des bassines qui lestent toute l’installation. Or, l’eau est nécessairement en lien avec le vêtement blanc. L’eau va être là pour nettoyer, régénérer, pour laver des chemises peut être trop chargées de mémoire, trop lourdes à endosser. On va exploiter cet élément, l’environnement devient alors un partenaire de jeu.»

Pour Julie, le conteur participe par ailleurs au nécessaire équilibre entre l’homme et la nature, « car le conte est une manière de dire l’importance d’un monde en équilibre ». Il y a enfin la dimension de « réutilisation » et de customisation des chemises, toutes achetées chez Oxfam, troquées dans des donneries ou reçues par le biais de collectages. «En créant un moment agréable autour d’un vêtement déclassé, ça le revalorise, ça lui rend de la valeur », souligne la conteuse.

  • Raccomoder l’humain

A Modave, c’était la première représentation du spectacle, bien accueilli par le public. Il sera ensuite appelé à circuler largement. Il est d’ores et déjà programmé en 2015 à Namur en Mai et à l’Estival du Conte de Surice. Pour cette suite, dans les valises, il y a le projet d’approfondir le travail dès cet hiver avec des personnes en situation de précarité, grâce à la collaboration d’associations namuroises de lutte contre la pauvreté. «L’idée est d’expérimenter la transformation du textile usé avec ces personnes, au sein d’ateliers ou lors du spectacle, si elles le souhaitent, explique Julie. Tout comme les chemises, ces personnes n’ont pas été épargnées par la vie et peuvent
même avoir été mises au rebut par la société. L’objectif est de participer à la transformation de la personne et pas seulement à celle du vêtement, se raccomoder, se refaire une histoire, travailler à une nouvelle image de soi-même. Et peut-être que ces moments partagés avec elles, dans les ateliers, d’égal à égal, nourriront les histoires contées, avec l’accord et le regard des personnes qui nous les auraient confiées. Ces récits de vie seraient alors rendus universels et intemporels, en les travaillant comme des contes, en les intégrant à un répertoire traditionnel. La chemise, c’est aussi la peau du vivant, qui va capter nos émotions, nos histoires personnelles. »

Un projet en gestation qui doit encore être affiné avec les associations partenaires potentielles, afin, notamment, de veiller à ce que les personnes précarisées ne soient pas instrumentalisées. « L’intention, conclut Julie, c’est de créer un lieu où ces mémoires anciennes et ces histoires personnelles trouvent de nouvelles oreilles, d’autres épaules sur lesquelles se poser, et qu’elles repartent pour un cycle.»

Christophe Dubois

*Centre régional d’initiation à l’environnement

Sources

Magazine Symbioses 104: Contes et légendes

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chemise (PDF)


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