Négociation climatique à l'école

Expérience réalisée par
IPEA (Etabl. scolaire).
Public(s)
jeunes.
Thème(s)
climat, citoyenneté.
Mots clés
climat, jeune, secondaire, jeu de rôle, débat, citoyenneté, enjeux climatiques, enjeux climatiques.
Date & durée de réalisation
2015.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4910).

Description de l'expérience

Le temps d'une journée, 80 élèves de 5e secondaire de l'Institut Provincial d'Enseignement Agronomique (IPEA) de La Reid se sont mis dans la peau de représentants de pays participant à la Conférence climatique des Nations Unies à Paris. Comme si ils y étaient. Ils y ont défendu leurs intérêts, pas toujours compatibles.

« Notre principale source de revenu est l'industrie pétrolière et ça ne va pas changer de si tôt », lance un jeune, représentant le Koweït. « Mais nous sommes victimes de votre pollution », lui répondent, outrés, les porte-parole des pays moins développés*. Les 5e secondaires de l'Institut Provincial d'Enseignement Agronomique (IPEA) de La Reid participent à une simulation de la COP21, la grande conférence climatique des Nations unies qui se tiendra à Paris début décembre. Le jeu de rôle est lancé, mais il ne s'improvise pas, une préparation a été nécessaire.

  • La préparation
L'école organise ces négociations fictives pour la troisième année consécutive, dans le cadre du Climate Challenge@School proposé par le WWF. Le processus imaginé par l'ONG s'étale sur deux jours. « Le premier jour, nous formons les enseignants volontaires à la dynamique du jeu et à la thématique : les changements climatiques, l'effet de serre, l'impact socio-environnemental, le contexte politique, le GIEC... », explique Marie-Noëlle Collart, collaboratrice éducation au WWF. « L'après-midi, nous abordons les mêmes questions avec les élèves, à l'aide de vidéos, de jeux, de quiz ». Chaque élève reçoit la fiche informative du pays qu'il sera amené à représenter ainsi qu'une fiche sur « l'alliance »  à laquelle appartient ce pays (voir « Alliances » en page de droite). « Ces alliances sont celles généralement à l'œuvre lors des négociations climatiques, même si elles ont été simplifiées, souligne l'animatrice. Cette étape permet de comprendre les intérêts de chacun, souvent contradictoires ». 

Par groupes, ils vont devoir réaliser un blason de leur pays, qui la Belgique, qui le Canada, qui la Zambie. Ce blason symbolisera les impacts des changements climatiques déjà visibles dans le pays, ses forces et faiblesses socio-économiques, et les mesures souhaitées. « Cela nécessite un travail personnel de recherche, afin d'étayer leur argumentaire pour la journée de négociation proprement dite », explique Gwen Delhaye, enseignante en cours techniques  à l'IPEA et « boîte à idées » des nombreux projets environnementaux de l'école.

  • La négociation
Jour J. Les élèves débarquent en séance plénière en costumes de négociateurs. Après avoir présenté leur pays à l'assemblée et établi les revendications et stratégies communes avec des nations amies, l'heure est à la confrontation. Autour de la table consacrée aux mesures de financement pour le climat, des alliances que presque tout oppose tentent de trouver un accord. « Vous pourrez utiliser notre argent tiré de notre pétrole pour mettre en œuvre nos énergies vertes », avance l'un. Fronde des pays en développement à l'autre bout de la table : « On ne veut pas de vos technologies. Nous, on veut recevoir des fonds de manière à creuser de simples puits pour nous prémunir des sécheresses, ainsi que pouvoir nous protéger des catastrophes naturelles ». Dans les salles d'à côté, ça discute « transport » et « alimentation » : « Bon, qui est pour augmenter le prix de la viande ? ». Les mains se lèvent.

  • Proche mais différent de la réalité 
Ensuite, retour en plénière. Chaque élève doit voter les amendements décidés au sein des sous-groupes thématiques. « Les pays pauvres ne doivent rien payer, nous recevrons par contre un montant financier du Fonds climatique afin d'assurer notre bien-être, propose un porte-parole. Un seul pays était contre, les Etats-Unis... ». Huée de l'assemblée. Beaucoup de bulletins verts et quelques rouges sont brandis au ciel. La proposition est acceptée. Applaudissements. « Dans la réalité, on ne vote pas. On est d'accord sur tout ou on n'est d'accord sur rien. Et on est 195 pays et non 15. Il y a aussi des groupes de pression : entreprises, ONG... C'est pourquoi c'est un processus lourd aux résultats souvent décevants », explique l'expert politique du WWF, qui accompagne les élèves toute la journée, aux côtés de l'animatrice. Lui a déjà participé à de vraies négociations climatiques et peut faire le lien avec la réalité, repréciser la position réelle de tel ou tel pays. « Souvent, les jeunes vont faire passer les amendements les plus faibles, observe l'animatrice. C'est le plus petit dénominateur commun, car nous avons tellement de points de vue divergents qu'il est difficile d'être ambitieux. Pourtant, le climat nécessite des mesures ambitieuses ». C'est l'un des amers constats qui ressort du débriefing organisé avec les élèves en fin de journée. « C'était chouette de débattre avec d'autres personnes et d'autres pays. C'était surtout difficile de partager nos visions et opinions afin de nous faire comprendre, conclut une fille. Nous le referions avec plaisir ! » 

Christophe Dubois

*Les paroles d'élèves sont tirées d'une vidéo filmée lors du Climate Challenge@School 2014-15

Avis & Conseils pédagogiques

  • Exploitation pédagogique

« L'intérêt du jeu de rôle est que le jeune se décentre de ses positions habituelles. En même temps ce n'est pas trop impliquant personnellement car ils sont dans la peau de quelqu'un d'autre, analyse Gwen Delhaye. C'est très stimulant ». Pour Marie-Noëlle Collart, l'avantage est de travailler les ressentis : « Les changements climatiques en tant que tels, on les aborde brièvement, mais ils savent déjà beaucoup de choses, car ça a été travaillé en classe. Nous, on va ajouter de l'émotion, ils vont ressentir davantage les enjeux ».

Pour l'enseignante, au delà de la question climatique, le jeu de rôle est aussi une autre façon de travailler certains savoirs, savoir-être, savoir-faire : connaître un pays, les relations internationales, les contextes socio-économiques, géo-politiques, présenter oralement... Mais aussi expérimenter la communication non violente et l'éco-citoyenneté. « Ils doivent aller chercher de l'info sur différentes parties du monde, dépasser leurs préjugés et les "y a qu'à" , analyse Gwen Delhaye. C'est une application concrète de ce que je dois aborder dans mes cours. Cela permet aussi de faire des liens avec de nombreuses entrées thématiques liées à l'environnement, l'énergie, l'aménagement du territoire, les sciences, l'agriculture... ». Tout cela en partant d'une question socialement vive.

« Certains collègues, peu à l'aise avec la thématique du climat, avaient peur de se lancer dans le projet. Mais ici, c'est rassurant, nous avons nous-mêmes été formés par le WWF », souligne Jean-Louis Courtois, chef de travaux à l'IPEA. Ils sont ainsi une dizaine d'enseignants à avoir rejoint la dynamique : professeurs de géographie, français, sciences, environnement, agriculture, horticulture... 

Cerise sur le gâteau en cette année de COP21: les 9 écoles francophones inscrites au Climate Challenge@School pourront envoyer une délégation de 6 personnes à la manifestation citoyenne du 29 novembre à Paris avec le WWF. Après l'information et l'émotion, place à l'action.

C.D.

  • Cinq alliances aux intérêts divergents
Quinze pays sont représentés au sein du jeu de rôle. Ils sont regroupés en cinq alliances, simplifiées mais fortement inspirées de la réalité. 

Alliances 1: Les pays industrialisés qui veulent prendre des mesures en faveur du climat  (ex : Belgique, Pays-Bas, Suisse), sont prêts à s'engager mais souhaitent que les plus grands pollueurs que sont les pays émergents et l'Amérique du Nord s'engagent également. La plupart de ces pays souhaitent que le marché du carbone se développe (pouvoir acheter des « droits de polluer »). 
 
Alliance 2: Les pays industrialisés qui ne veulent pas prendre de mesures en faveur du climat  
(ex : Etats-Unis, Canada, Australie) car cela affecterait trop leur économie. Ils exigent que les pays émergents, grands pollueurs actuels, s'engagent. 
 
Alliance 3: Les pays exportateurs de pétrole 
(ex : Brunei, Koweït, Vénézuela), dont la croissance économique dépend de la production de pétrole. Certains de ces pays exigent un soutien financier pour s'adapter au réchauffement ou pour diversifier leur économie.
 
Alliance 4 : Les pays émergents 
(ex : Brésil, Chine, Russie). Comme les pays industralisés, les pays émergents veulent eux aussi avoir le droit de polluer pour se développer, ce qui n'empêche pas certains d'investir dans les énergies vertes. 
 
Alliance 5 : Les pays les moins développés et les pays insulaires 
(ex : Philippines, Tuvalu, Zambie) sont les premières victimes du changement climatique. Pourtant ils ne sont pas responsables des émissions de CO2. Ils demandent logiquement un soutien financier pour s'adapter.

  • Autre jeu, même combat

Autre jeu de rôle qui devrait intéresser animateurs et enseignants, « Les négociations climatiques » a été créé par l'ONG Service Civil International (SCI). Il dure 2 petites heures, sans compter l'exploitation par l'enseignant en amont et en aval

Les petits plus : Les participants (entre 12 et 50) reçoivent des fiches « pays», « lobby vert » ou  « lobby des énergies fossiles », avec des situations de base, des arguments et des objectifs à atteindre (liés à la situation réelle). Ils vont devoir trouver un accord sur cette base.
Le jeu de rôle est introduit par un « jeu des chaises » permettant de visualiser la répartition des richesses et de l'empreinte écologique au niveau mondial.

Possibilité de compléter le jeu par d'autres outils : une  « Déclaration de classe » (qui engage à prendre des mesures dans la classe + attentes envers les Ministres);un photolangage «Environnement et Inégalités Nord-Sud» pour introduire le sujet ; un « Repas insolent » (un vrai repas que l'on partage tous ensemble... mais selon les lois du marché mondial). 

Vous pouvez soit l'organiser de manière autonome (téléchargeable sur www.scibelgium.be ) , soit demander au SCI de venir l'animer (02 649 07 38) ou de vous former à son utilisation.

Sources

Magazine Symbioses n°108: Eduquer au changements climatiques. Pourquoi? Comment?

pdf

Négociation climatique à l (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Contact : WWF - 02 340 09 39 - www.climatechallenge.be
Partenaire(s)
WWF Belgique - Service Educatif.

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