Le conflit fait débat ! (activité)

Expérience réalisée par
Roule Ta Bille (A.S.B.L.).
Cadre
scolaire et parascolaire, formations (specialisees et continuees), socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), professionnel (entreprises, organisations, commerces, syndicats,...), autre
Public(s)
animateurs / éducateurs, enseignants.
Thème(s)
pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
, éducation, pédagogie, animation, résister, débat, méthode.
Date & durée de réalisation
2016.
Lieu de réalisation
(0).

Description de l'expérience

Comment, en tant qu’animateur ou enseignant, gérer les opinions divergentes au sein d’un groupe ?  Voici un patchwork de précautions indispensables, attitudes évidentes ou postures à travailler.

Comment être en résistance si, par peur du conflit, nous fuyons les antagonismes qui marquent, par définition, toute société démocratique ? L’Education relative à l’Environnement, puisqu’elle se positionne à l’opposé du discours dogmatique, se doit d’encourager le débat, d’accepter la contradiction, le dissensus. Exercice d’équilibriste ? Oui sûrement... Mais qui vaut le coup ! Parce qu’en plus de s’apparenter au totalitarisme, la pensé unique, même écologiste, quelle tristesse !

Organiser un débat sur l’agriculture, solliciter les avis sur l’implantation d’éoliennes sur le territoire, accompagner l’arrivée de réfugiés dans le village, animer une balade le lendemain d’attentats retentissants... Les occasions sont nombreuses pour susciter un échange d'opinions !

Avis & Conseils pédagogiques

Opinions ou émotions ?
  • Les émotions sont des moteurs puissants. Elles doivent absolument être entendues. Chacun doit être sur qu’elles sont comprises. Pour cela nous n’hésitons pas à les nommer, à les questionner, et/ou à les expliquer.
    Par ailleurs, en tant qu’animateur, si on a l’intuition que nos émotions sont partagées par les participants, les mettre sur la table peut permettre de délier les langues.
  • Il est primordial d’aider chacun à différencier émotions et opinions. Face à certains évènements, ceux de l’actualité par exemple, le même sentiment de peur, de tristesse ou de colère peut être partagé. Pour autant ce sentiment ne provoquera pas automatiquement des conclusions tout autant partagées. Il est aussi utile de constater cette unité dans l’émotion que d’identifier les opinions qui font désaccord. La reconnaissance de cette « communauté d’émotion » permettra la confrontation des idées sans la violence du conflit.
  • Les opinions ne doivent pas être amalgamées avec les personnes qui les portent. Nous sommes responsables de garantir ce filet de sécurité. À cette condition, il devient possible de réfuter ardemment un raisonnement tout en respectant la personne qui le conçoit. Une règle de base : chacun des participants doit se sentir respecté !
  • Il est parfois vital de poser ses propres limites : les définir pour soi et, en cas de besoin, les énoncer au groupe. Il y a des propos que nous avons le droit de ne pas avoir envie d’entendre ! Il est probable que cette posture cadrante soulage également d’autres membres du groupe.
  • Et l’opinion de l’animateur ? Son statut lui confère un pouvoir d’influence qu’il ne faut pas négliger. Nous pourrons choisir soit d’afficher une position de neutralité (pour ne pas influencer), soit d’afficher clairement notre opinion (c’est parfois plus sain)... Avoir un avis sur la question (on en a toujours un !) n’empêchera jamais de mener le débat de manière démocratique, dans le respect des positions contradictoires !
Distribution de la parole
  • En fonction de notre humeur ou du contexte, nous déterminons le moyen adéquat de tempérer celui/celle du groupe qui monopolise la parole : explication des effets, usage de l’humour, outils de distribution de parole (bâton de parole, monnaie d’expression...) et de limitation du temps (sablier, gardien du temps...).
  • En même temps que nous écoutons, nous cherchons à repérer qui semble d’accord avec ce qui se dit, qui souhaite prendre la parole, qui est ému, qui pourra nuancer un propos... Ceux qui ne disent rien méritent tout autant notre attention.
  • Le « tour de table » est un outil à avoir dans sa poche. Entre autres avantages, il permet à chacun d’avoir son mot à dire, y compris ceux qui n’ont pas osé prendre ou demander la parole.
  • En veillant à ne pas alourdir la discussion, nous reformulons les idées entendues afin d’éventuellement aider à l’expression, de s’assurer d’avoir bien compris, de signifier la prise en compte de la parole déposée. Nous proposons une synthèse pour que chacun sente l’avancée de la discussion. Relancer et nuancer si nécessaire
  • Il sera bien utile de se préparer en ayant en tête l’ensemble des arguments et contre arguments sur la question qui fait débat. Nous n’hésitons pas à inventer des dispositifs pour « éclater les représentations », sortir des idées toutes faites, décaler les points de vue, élargir les aspects visités. Une série de citations contrastées sur le sujet, un portefeuille d’articles contradictoires, un témoignage insolite, inviter « l’avocat du diable »...
  • À l’occasion, des faits issus de la biologie ou de l’écologie tomberont à point nommé pour enrichir le sujet et/ou pour relativiser certains propos. Évoquer l’adaptabilité des espèces dans un débat sur la migration, les vers de terre dans une discussion sur la sexualité, ou les escargots dans une discussion sur la croissance économique... La nature est un réservoir inépuisable pour illustrer la diversité des possibles, pour relativiser le caractère « naturel » ou non d’une opinion.
  • À l'exclusion de tout sarcasme et moquerie, nous pourrons pratiquer l’humour. La dérision permet souvent de dépassionner quelques situations très lourdes sans pour autant ôter la gravité de certains sujets.

 

Jean-Philippe ROBINET, asbl Roule Ta Bille

Sources

Magazine Symbioses110 : Résister& apprendre

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

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