Oser l’école autrement

Expérience réalisée par
Collège Pie 10, Ecole communale fondamentale de Lauzelle (Etabl. scolaire), Athénée Marguerite Yourcenar (Etabl. scolaire).
Public(s)
enfants (maternelle/primaire).
Thème(s)
pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
résister, débat, , , pédagogie, jeune, enfant.
Lieu de réalisation
Région Bruxelloise (1000).

Description de l'expérience

Le système scolaire... Une grosse machinerie aux rouages complexes, huilée par des décrets, directives, programmes à suivre et compétences à atteindre, cloisonnée en réseaux et types d’enseignement, saucissonnée en disciplines et tranches horaires. Dans ce cadre contraignant, certaines écoles osent pourtant la gestion partagée, les lieux de parole, la pédagogie active. Des expériences où s’immisce l’éducation à l’environnement.

Le Collège Pie X, à Châtelineau. Il est comme encerclé de terrils, jadis noirs, aujourd’hui verdoyants, toujours omniprésents. Autant de traces indélébiles du passé industriel de cet ancien bassin minier. Bassin pauvre désormais.

Un pas dans l’entrée de cette école d’enseignement général et technique et, déjà, le bureau de la direction est accessible, porte vitrée entrouverte. Laurent Divers dépose sur la table un schéma détaillant un organigramme aux allures complexes mais à la mise en pratique bien rôdée. « Notre école est gérée en équipe », lance le directeur. Explications condensées. Ici, il y a une Equipe de direction, composée du directeur, du sous-directeur, de l’économe et de 3 enseignants élus, qui se réunit une fois par semaine pour assurer la gestion quotidienne de l’école. Et il y a aussi un Conseil de direction, comprenant l’Equipe de direction et d’autres représentants (syndicats, enseignants...), qui fixe les grandes orientations de l’école, développe des projets et affecte le budget. « Je ne peux imaginer de rester cloîtré dans une tour d’ivoire, poursuit le directeur. De même, je fonctionne en transparence complète. » Une gestion partagée inscrite dans la culture de l’école depuis sa création dans les années 60.

Qu’en est-il de la participation des élèves ? En début d’année s’organise l’élection des délégués de classe, mais cette dynamique « vit trop peu », souligne Charles Menne, économe aux multiples casquettes. Par contre, la GreenTeam de l’école est particulièrement active. Composée d’élèves volontaires, cette équipe réalise des projets environnement, en toute cohérence avec l’Agenda 21 scolaire dans lequel s’inscrit l’établissement. Derniers projets en date : la distribution hebdomadaire de fruits et l’organisation d’une semaine du développement durable. Des projets à venir aussi, comme la mise sur pied d’une Commission de mobilité du quartier, avec des élèves et enseignants de différentes écoles de la rue, des riverains et un agent de quartier. L’idée étant de se concerter et de faire remonter auprès des élus locaux des propositions d’amélioration en terme de mobilité.

D’autres outils participatifs sont à la portée des élèves, comme la « boîte à suggestions » ainsi que la « fiche projet » permettant à chacun de proposer un projet à l’Equipe de direction. Le directeur poursuit : « Par essence même, les écoles ne sont pas démocratiques... Mais on fait tout pour encourager le dialogue dans notre école. Même les sanctions se décident ensemble dans des espaces de négociation. »

  • Construire sa personnalité d’engagement

L’école communale fondamentale de Lauzelle, à Louvain-la-Neuve. Une petite école de quartier, sise dans une rue calme, où logements sociaux côtoient maisons résidentielles. Ce qui épate, d’emblée, c’est l’espace. Ou plutôt, « les espaces » de vie. De grandes classes aérées avec un coin salon, une cour centrale, des pièces de vie commune, un atelier pour créer et bricoler...

Ici, tout a été pensé pour assurer le continuum d’une pédagogie née aux prémices de l’école, il y a 25 ans, lorsque la commune a fait le choix d’ouvrir un établissement à « pédagogie institutionnelle ». Cette pédagogie vise à créer et faire respecter des règles de vie dans la classe ou à l’école via des « institutions », qui se veulent des espaces de parole pour tous.

Posé noir sur blanc dans le projet d’établissement, le « droit à la parole » n’est pas qu’un principe. Il se cultive au jour le jour, au sein de multiples lieux de parole. Des lieux pour les enseignants : Temps de concertation, Conseil des professeurs, Conseil de participation. Des lieux pour les élèves aussi. Chaque matin, lors du Tour de parole en classe, les élèves expriment leur « ça va/ça va pas » à l’aide d’un bâton qui circule de main en main. Une fois par semaine, le Conseil de classe permet de décider ensemble des projets à mener. Quant au Conseil d’école, composé des délégués de classe, il se réunit tous les vendredis, chaque fois dans et devant une classe différente, afin que les autres élèves en soient spectateurs. Lors du Conseil d’école, les élèves formulent des demandes, remercient, félicitent, créent ensemble les règles de vie de l’école. Bernadette Moors, la directrice, souligne : « C’est pas tout de faire faire un tour de parole aux enfants. Il faut structurer cette parole et veiller à l’écoute. Chez nous, tout est permis dans les lieux de parole, mais pas de n’importe quelle manière. Le cadre est très défini. »

Les apports de la pédagogie institutionnelle ? La directrice les énumère aisément : « Les élèves ont des facilités au niveau communicationnel. Ils n’ont pas peur d’aller voir les personnes concernées, de travailler en groupe. Ils apprennent à se gérer et à gérer des plannings, à être autonomes, à oser prendre la parole et demander de l’aide, à acquérir des responsabilités par eux-mêmes. Ils construisent une personnalité d’engagement. »

La preuve en est : une classe de 1e-2e primaire vient de concevoir un projet de potager collectif ouvert sur le quartier. Les enfants ont construit tout le processus : élaboration des plans, réalisation de semis et plantations... « Depuis quelques mois, toutes nos activités tournent autour de ça, en sciences, en histoire, en français... », explique l’enseignante Laurence Henrard. Les élèves ont rédigé une lettre à l’attention des habitants du quartier, leur proposant de participer au potager et d’apporter des conseils. Les réactions sont enthousiastes. « La pédagogie institutionnelle permet beaucoup de discussions et de décisions en commun, poursuit l’enseignante. Elle invite à entendre les arguments pour et contre. Les enfants viennent avec leurs idées et leurs apports. On voit ensemble comment c’est réalisable. »

  • La progression plutôt que les chiffres

L’Athénée Marguerite Yourcenar, à Bruxelles. Cette nouvelle école secondaire, créée il y a 4 ans à l’initiative de la Ville, est installée dans les bâtiments de l’ancienne école de la Batellerie. Au coeur du quartier maritime, non loin du canal et du site de Tour & Taxis. Au nom de la " revalorisation", ce quartier populaire est en pleine mutation.

Insoupçonnable : entre les murs bien droits de cet ancien internat, se nichent de véritables laboratoires de pédagogie active. Ici, on apporte du sens aux apprentissages. Et les élèves, issus de milieux parfois précarisés, en sont les acteurs : ils observent, questionnent, expérimentent, cherchent les outils pour comprendre par eux-mêmes... Le prof accompagne, cadre, rassure, précise... Le savoir ne se « donne » pas, il se « construit ensemble ». « L’élève est au centre de l’apprentissage, souligne Célia Rorive, conseillère pédagogique de l’école. Par rapport à l’enseignement plus conventionnel, c’est une véritable torsion, car cela demande de gratter là où on ne connaît pas. ».
 
Un exemple : dans le cadre du cours de technologie, des élèves sont partis à la découverte du quartier. De leur quartier. Un parcours à la fois archéologique, à la recherche des traces des anciennes activités, et visionnaire, pour imaginer l’avenir de ces pavés, rues, bâtis actuels et en devenir. L’occasion pour les jeunes d’effectuer des recherches, rassembler et confronter des idées, imaginer et réaliser des maquettes. De participer à une croisière guidée sur le canal aussi. Ce projet, Mariam, Sarah et Lina le reportent dans le journal de l’école : « Notre quartier va subir un changement. Tout va être rénové ou modifié. Ce sujet nous touche de très près car il s’agit du quartier dans lequel nous sommes tous les jours. » La matière a été vue et les compétences atteintes, mais autrement. L’ancrage au quartier a certainement contribué à donner du sens à l’exercice.
 

Autre particularité de cet athénée, le bulletin s’appelle ici « carnet de progression ». Il n’affiche pas des notes, mais des « appréciations du degré d’acquisition ». Une évaluation continue qui suscite de nombreuses interrogations de la part des parents. Parce qu’un bulletin sans points, ça déstabilise... « surtout dans une société où tout est chiffré, souligne Célia Rorive. Nous considérons qu’il faut laisser le temps à l’élève pour se construire et s’épanouir. L’erreur est une chance et permet de rebondir. »

Chaque semaine, une heure d’emploi du temps des élèves est consacrée au Conseil Citoyen Coopératif. Un moment pris dans chaque classe pour régler divers aspects du quotidien, suivre les projets en cours, faire le point sur le travail individuel et de groupe. Apaiser les tensions et les doutes parfois aussi. Discuter, tout simplement... Tout cela est nouveau pour ces jeunes qui, habituellement, ont peu voix au chapitre, à l’école comme à la maison.

En rendant accessibles les pédagogies nouvelles aux non initiés, l’Athénée Marguerite Yourcenar et son équipe éducative ébranlent les barrières sociales. Et rien que ça, c’est une sacrée réussite !

Céline TERET

Sources

Magazine Symbioses n°110 : Resister & apprendre

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos

- Collège Pie X - 071 38 38 48 - www.pie10.be
- Ecole de Lauzelle - 010 43 64 11 - www.ecoledelauzelle.olln.be
- Athénée Marguerite Yourcenar - 02 421 42 40 - www.amyourcenar.be

Partenaire(s)
Ecole de Lauzelle / Ecole.

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