Un balcon pour les abeilles

Expérience réalisée par
Athénée Royal de Koekelberg.
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
tous publics - famille, enfants (maternelle/primaire).
Thème(s)
faune, nature / biodiversité.
Mots clés
nature, biodiversité, abeille, faune, primaire, potager, verdurisation.
Date & durée de réalisation
2017.
Lieu de réalisation
Région Bruxelloise (1081).

Description de l'expérience

A l’Athénée Royal de Koekelberg, le cours d’activités scientifiques est un terreau fertile pour la biodiversité et l’échange entre élèves. Les classes de 1ère année y découvrent l’importance de la nature en ville, avec l’abeille comme fil conducteur. Butinage imminent.

« Fermez les yeux et écoutez ce paysage sonore. » C’est par ces mots que Djazia Boudaoud, enseignante à l’Athénée Royal de Koelkelberg lance, pour la deuxième année consécutive, son projet sur l’abeille avec ses élèves de 1ère année option activités scientifiques. « Je leur propose d’écouter un extrait du Vol du bourdon de Rimski-Korsakov, de décrire ce que ce morceau leur évoque et d’imaginer de quel animal il s’agit », explique l’enseignante. Les réactions des élèves fusent : fleurs, insectes, nature, vert… mais aussi danger, piqûres, peur. De quoi alimenter une riche discussion sur les insectes, et en particulier l’abeille, et son rôle dans la pollinisation.

  • Dépasser ses représentations

« Au départ, les élèves ne comprennent pas que je leur parle d’abeilles, commente Madame Boudaoud. Pour eux, ce sont juste des insectes qui piquent! Les activités que je leur propose ensuite visent à faire connaissance avec ces animaux et à mieux les comprendre. » Pour ce faire, l’enseignante a plus d’un tour dans son sac de cours ! Illustrations humoristiques sur la vie de l’abeille, apprentissage du dessin scientifique sur l’anatomie de cet insecte et de la fleur, ou encore lecture du conte La reine des abeilles des frères Grimm, pour aborder la production du miel. Le tout permettant de faire des liens avec les compétences de l’option activités scientifiques. Des liens qui avaient déjà été faits l’année passée au cours de latin : « Ma collègue, Madame De Climmer, a exploité un texte sur la nature. Grâce à elle, j’ai découvert un excellent vecteur pédagogique qu’est le monde des abeilles. »

L’enseignante s’appuie également sur des associations spécialisées. L’année dernière, Sophie Maerckx, animatrice pour l’association Apis Bruoc Sella, a accompagné le projet. « A l’aide d’une maquette et de paillettes dorées représentant le pollen, elle nous a expliqué la pollinisation, précise l’enseignante. C’était très parlant pour les élèves. Ils ont pu, entre autres, mesurer toute l’importance des pollinisateurs dans la production de notre alimentation. Mais aussi prendre conscience du manque de nature, et par conséquent de nourriture, pour ces architectes de nos repas.»

  • Agir à l’école et à la maison

Face à ces constats, les élèves de 1ère année se sont mis en recherche de solutions pour contrer le déclin des abeilles et mieux les protéger. Et quoi de plus opportun que de leur offrir le gîte et le couvert ? Leur enseignante leur propose alors un concours de dessin d'un jardin idéal pour les abeilles. « Les élèves ont tous été plus inventifs les uns que les autres, s’enthousiasme Madame Boudaouad. Leurs dessins nous ont permis de découvrir de nombreux aménagements favorables à ces insectes. »

Et pour passer de la théorie à la pratique, l'école a été accompagnée par l'association GoodPlanet afin de réaménager l'espace bétonné, mais colonisé par la végétation, qui jouxte la cour de récré. « En collaboration avec plusieurs enseignants, des balconnières à bulbes, un bac potager, un banc et un compost ont été installés ou construits à partir de palettes recyclées, explique Madame Boudaoud. L'association Natagora nous a aussi aidés à construire et placer des nichoirs. L'espace est vraiment dédié à la nature, nous y avons également laissé des tas de bois et de branchages. »

Un petit coin de paradis pour les abeilles et autres insectes qui s'est prolongé au-delà des murs de l'école. « Avec l'aide de Sophie, d’Apis Bruoc Sella, et l'autorisation de la commune, nous nous sommes mis en tête de verduriser l'avenue qui sépare l'implantation secondaire de l'implantation fondamentale de l'Athénée », s'exclame Madame Boudaoud. Les élèves ont alors semé des fleurs mellifères sur les plates-bandes au centre de l'avenue. « L'action était à la fois concrète, pour permettre aux élèves de prendre conscience de l'importance de la nature en ville,  mais également symbolique, pour créer un lien végétal entre les deux implantations. »
Et ce n'est pas tout ! Les élèves ont aussi été invités à installer chez eux des balconnières accueillantes pour les abeilles. « Il n'y a aucune obligation, l'activité est menée sur base volontaire, insiste l'enseignante. Mais plusieurs élèves l’ont fait ! La plupart n'ont pas de jardin et peu de moyens, alors on a élaboré ensemble des astuces “ petit budget ”. Bouturage de plantes, récolte de graines dans les légumes ou les fleurs et échange entre élèves, récup' de récipients pour en faire des pots... »

  • Un climat propice pour les abeilles

Outre ce foisonnement d’activités de classe, l’athénée organise chaque année au printemps une journée citoyenne durant laquelle une thématique rassemblant l’ensemble de l’école est mise à l’honneur. Cette année, c’est le thème des inégalités qui a été décliné sous différents angles, historique, philosophique, littéraire, artistique et scientifique, par tous les enseignants mais aussi par des associations partenaires. L’occasion de proposer à une grande partie des élèves de l’école une animation sur les injustices climatiques et ses conséquences désastreuses pour les populations locales et la biodiversité. « Cette journée est inscrite dans notre projet d’établissement et permet de raccrocher ses activités de l’année à un thème plus général, qui donne de la cohérence à ce qu’on fait, précise Madame Boudaoud. Avec les 1ères, on a axé le projet d’année sur le déclin des abeilles en lien avec les changements climatiques alors qu’avec les 3èmes, on est allés plus loin en abordant la justice climatique dans son ensemble. »

Au fil d’une année aux côtés des abeilles, les élèves sont passés du rejet et de la peur à l'envie de les protéger. « Et c’était précisément mon objectif, s’exclame l’enseignante. Qu’entre ces deux états, se développe un cheminement tout au long duquel je les accompagne. J’aurais pu les obliger directement à réaliser une balconnière, mais ils l’auraient fait sans comprendre. Ce genre de méthode prend du temps mais ça en vaut vraiment la peine ! »

Hélène Colon
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Le droit aux bleus,
dans la nature aussi !

Installer des troncs d’arbres sur lesquels grimper, construire une cabane en saule, placer un toboggan sur un talus, faire des plantations… l’introduction de nature à l’école soulève de nombreuses craintes et questionnements. Peur que les élèves se salissent, se blessent, qu’ils ingèrent des plantes toxiques… Pourtant, que la nature y soit présente ou pas, les cours de récréation comportent des risques, qui doivent être « acceptables » selon la législation.
« Que l’aire de jeux soit “nature” ou non, la législation est la même et soutient l’importance du “droit aux bleus”, explique Céline Henriet, de GoodPlanet Belgium. Le législateur propose même un plaidoyer pour la prise de risque : “Jouer, c’est appréhender le monde et donc prendre des risques !” Dans ce cadre légal assez ouvert, les écoles ont une série d’obligations à remplir, telles qu’une analyse de risques, des mesures préventives et des entretiens réguliers de leur aire de jeux pour supprimer tout risque mortel ou de lésion grave. »
Actuellement, la difficulté réside surtout dans l’application du cadre légal. « En effet, la grimpette sur un tronc ou dans un arbre, ou encore la cabane en saule seront analysées selon des critères basés sur les équipements de jeux classiques, déplore Céline Henriet. Par méconnaissance, la nature fait peur, mais les mentalités commencent à évoluer. » Pour de nombreux acteurs et institutions, la réflexion est en cours.
H.C.
Plus d’infos : Manuel Sécurité des aires de jeux, éd. SPF Economie, 206p., 2012 - Téléchargeable sur : https://tinyurl.com/securite-aires-jeux
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Sources

Symbioses n°114 Verdurisons le béton

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Contacts :
- Athénée Royal de Koekelberg - 02 414 77 28 - www.arkoekelberg.be
- Apis Bruoc Sella - 02 672 14 27 - http://apisbruocsella.be
Partenaire(s)
Natagora, Apis Bruoc Sella, GoodPlanet Belgium.

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