Sortir, créer, relier

Expérience réalisée par
Domaine de Mozet - Guides Catholiques de Belgique (A.S.B.L.).
Cadre
collectivites (homes, ateliers proteges, hopitaux, habitats,...).
Public(s)
adultes.
Thème(s)
cadre de vie / logement, citoyenneté.
Mots clés
citoyenneté, migration, culture, alimentation, potager, cadre de vie.
Date & durée de réalisation
2017.
Lieu de réalisation
Province de Namur (5620).

Description de l'expérience

Dans le cadre de ses projets « Environnement pour tous », le Domaine de Mozet accompagne les centres pour demandeurs d’asile dans leurs projets écologiques et d’exploration du milieu de vie. Découvertes.

Mission jus de pommes au centre pour demandeurs d’asile de Florennes. En ce jeudi d’automne, le Domaine de Mozet a amené son pressoir à fruits. Une dizaine de migrants s’affairent autour des trois animateurs du projet « Environnement pour tous ». Elise Jacobs pose à terre les images liées au cycle de la pomme, de la graine au fruit, à replacer dans le bon ordre. Au tour de François Louette d’évoquer rapidement, en mots simples, la pollinisation de ce fruit, pas si national que ça. Puis, place à la pratique ! Farhad, Afghan aux biceps aussi larges que son sourire, donne un coup de main à Mohammed pour tourner les derniers coups de manivelle. On coupe, on broie, on presse… puis on déguste. De doux effluves traversent les couloirs de cette ancienne caserne militaire, reconvertie il y a 25 ans en centre d’accueil Fedasil. De quoi donner l’envie d’y planter des pommiers. C’est d’ailleurs déjà programmé.

Environnement pour tous


Ensuite, direction le potager, pour déposer tout le broyat dans le bac à compost fabriqué ensemble il y a deux mois. « Le potager est le fil rouge de notre partenariat avec le Centre de Florennes. On y passe après chaque animation ou balade », explique Myriam Willocx, l’animatrice-coordinatrice qui a lancé le programme « Environnement pour tous » il y a douze ans, au Domaine de Mozet. Ce programme emmène les groupes fragilisés à la découverte de leur milieu de vie et de la nature, et développe avec eux un projet écologique durable. « Habituellement, le processus s’étale sur deux ans. Mais avec les centres d’accueil pour demandeurs d’asile, comme il y a une rotation rapide des résidents et des travailleurs, nous avons condensé six animations sur quelques mois. » A Florennes et à Mozet, les participants ont ainsi pu découvrir la nature par les cinq sens, partir sur les traces des animaux, cueillir et cuisiner des plantes sauvages, fabriquer un bac à compost et comprendre son fonctionnement.

« Nous adaptons systématiquement le programme aux besoins et aux demandes spécifiques du centre. Nous sommes là pour compléter et catalyser l’énergie, avec notre disponibilité, notre expertise et notre approche pédagogique, explique François. Encore faut-il que, sur place, une personne référente soit prête à prendre le relais en notre absence. » A Florennes, ce relais est assuré par une éco-team de travailleurs volontaires ! David Istace en fait partie : « On a fait appel au Domaine de Mozet pour nous aider à mettre en place le potager collectif, mais ça s’est très vite élargi. J’ai été surpris de l’intérêt que les migrants portent à leur environnement. Evidemment, leur régularisation reste leur premier souci, il faut les mobiliser, mais une fois qu’ils sont là, ils adorent, et certains reviennent. » 

Des bénéfices partagés


Outre Florennes, plus de 20 projets ont déjà été menés dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile, aux quatre coins de la Wallonie. A chaque fois, il a fallu dépasser les contraintes : barrière de la langue, différences culturelles, mobilisation difficile… Il faut s’adapter, mais ça vaut la peine, estime Elise : « Nos échanges sont super enrichissants, les migrants nous apprennent énormément. On voyage sans quitter la Belgique. »

Et qu’en retirent les participants ? « Ils sortent du cadre institutionnel et des soucis, s’évadent pendant quelques heures », commence Myriam. Ils se rassemblent dans la nature, y prennent du plaisir, alors que certains voyaient la forêt comme un environnement hostile rempli de bêtes sauvages, ou bien le lieu où on se cache sur la route migratoire. Pour Myriam, les rencontres organisées permettent ainsi de « créer des liens entre les gens, par la nature ». Des liens entre les migrants, qui échangent des recettes de plantes sauvages au centre d’accueil d’Oignies par exemple. Mais aussi des liens avec les Belges, en créant notamment des bacs de « légumes à partager » à Ans, avec le mouvement citoyen des Incroyables Comestibles.

« Les ateliers de fabrication et de créativité mettent les personnes en valeur, leur redonnent confiance, poursuit Elise. Ça leur fait du bien de se sentir utiles, de créer, de tenir des outils. » Par exemple, en créant des bancs avec des palettes de récup, au centre d’accueil d’Yvoir, ou des panneaux de sensibilisation sur l’écologie à Hotton. « C’est aussi une façon de s’exprimer, de fixer quelque chose d’eux-mêmes quelque part, laisser une trace quand on est tout le temps sur la route. » Puis l’animatrice de conclure :
« On a aussi un rôle à jouer pour qu’ils comprennent qu’en Belgique, l’environnement a une place importante, et qu’ils ont une place dans cet environnement. »

Christophe Dubois

Sources

Magazine Symbioses 116 : Migration

Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Contact : Domaine de Mozet - 081 58 84 04 -
epourtous@mozet.be - www.mozet.be

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