La philo du castor

Expérience réalisée par
Riveo.
Cadre
socio-culturel (associations: sport., cult., environ.,...), professionnel (entreprises, organisations, commerces, syndicats,...)
Public(s)
adultes.
Thème(s)
nature / biodiversité, citoyenneté.
Mots clés
nature, biodiversité, citoyenneté, rivière, philosophie, éco-pédagogie.
Date & durée de réalisation
2018.
Lieu de réalisation
Province du Luxembourg (6990).

Description de l'expérience

Riveo nous emmène sur les traces du castor, à Hotton. Histoire d’une cohabitation avec un animal à la fois fascinant et décrié. Ou comment profiter d’une balade nature pour conjuguer émerveillement et questionnement, philosophie et pédagogie ?

Lorsque Philippe Struys nous accueille à Riveo, le centre d’interprétation de la rivière de Hotton, il va directement à l’essentiel : « Notre philosophie, c’est de mettre les gens en questionnement. Non pas d’être leur guide mais bien l’accompagnateur de leur réflexion, en questionnant les a priori et les dogmes, en développant leur esprit critique. » Comment ? En se frottant à la nature et à la complexité de nos rapports à l’environnement. Comme aujourd’hui, où « l’anim-accompagnateur » nous emmène sur les traces du castor. Une balade fréquemment proposée aux écoles et aux familles.

« Donnez-moi un mot qui vous fait penser au castor », demande Philippe dès le départ de la balade. « Bâtisseur », « barrage »,
« Canada », « arbre », « nuisance », « inondation »… Cela ne fait pas de doute, l’animal fait polémique. Chassé de nos contrées il y a deux siècles, le plus gros des rongeurs européens (1,20m) a été réintroduit clandestinement en Wallonie il y a 20 ans, et a depuis recolonisé nos cours d’eau. Transformant au passage son environnement, pour le bonheur des promeneurs et promeneuses, mais parfois aussi pour le malheur de certains agriculteurs et propriétaires forestiers. Il faut dire que l’animal soulève plusieurs questions, rapidement lancées par les participant·e·s : « Est-il dangereux pour la forêt, pour la qualité de l’eau, pour la faune aquatique ? », « Augmente-t-il le risque d’inondation ? » Réponses sur le terrain...

Accompagné·e·s de Philippe et d’un petit carnet d’enquêteur, adultes et enfants tentent de repérer les traces de l’animal durant 4 km de balade le long de l’Ourthe et de ses affluents. Un tronc taillé en crayon, des copeaux aux pieds d’un arbre, des barrages, des huttes, une empreinte, un toboggan naturel creusé dans la berge…

  • Chassés pour quoi ?

A chaque découverte, Philippe en profite pour expliquer la vie étonnante du castor. Parfois, il sort de son sac un objet insolite. Un crâne, afin de voir la taille spectaculaire des incisives, à comparer avec les empreintes sur un tronc rongé. Il joue aussi avec nos sens. L’odorat, d’abord, en humant du castoréum. Il s’agit d’une sécrétion huileuse et odorante produite par des glandes spécifiques du castor. En frottant de la boue entre son sexe et son anus, l’animal marque ainsi son territoire. « L’homme l’a utilisé, pour faire quoi ? », demande l’animateur. La réponse surprend : du parfum. Place ensuite au toucher, à l’aveugle, d’une queue de castor et de son étrange fourrure. L'utilisation du castoréum, le commerce de sa fourrure et de sa viande, sont d’ailleurs les principales raisons de la disparition du castor en Europe. « Ah, moi je pensais que c’était parce qu’il était nuisible », confie un participant.  
Au fil de l’eau, promeneurs et promeneuses cherchent les réponses à leurs questions de départ. Une épuisette et la technique de l’indice biotique vont aussi leur permettre de mesurer la qualité de l’eau, généralement bonne. Ils et elles constatent que les barrages inondent en effet la zone, mais peuvent aussi améliorer la biodiversité et, selon le type de vallée, faire office de bassin d’orage. Plusieurs solutions préventives existent aussi : des grillages pour protéger les arbres ; des tuyaux pour limiter le niveau d’eau. Mais tout cela coûte et prend du temps, comme en témoignent des gestionnaires d’étangs et de forêts, dans un petit film diffusé sur la tablette numérique de Philippe.

  • Un faux tribunal

La balade touche à sa fin. Fort·e·s de leurs découvertes, les participant·e·s vont alors jouer un tribunal du castor, sous la forme d’un débat mouvant ou d’un jeu de rôles. Les un·e·s pour la défense, les autres pour l’accusation. Comme Aristote, qui philosophait en marchant. Au centre, des questions complexes : est-ce que l’être humain a le pouvoir de décider qui peut être dans le milieu naturel ? Qu’est-ce qu’un dégât ? Comparons le castor à l’humain et à ses dégâts sur l’environnement, devrions-nous nous exterminer ? Est-ce que la nature est compatible avec la notion de propriété privée ?
En filigrane des échanges, très vite vient la question politique, celle des mesures collectives prises et à prendre. C’est d’ailleurs le rêve de Philippe, à l’approche des futures élections communales : organiser cette balade avec les élu·e·s des communes confronté·e·s aux doléances des citoyen·ne·s. Histoire de leur donner une arme de réflexion massive.

Christophe Dubois

Sources

Magazine Symbioses 118: Ecocitoyenneté à l'école & ailleurs

pdf

La philo du castor (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos
Contact : Riveo - 084 41 35 71 - www.riveo.be

Vous avez des questions ? Vous désirez nous faire part d'une expérience que vous avez réalisée ?
Contactez notre service d'infos : info@reseau-idee.be