« La forêt est un terrain d’apprentissages multiples »: Dix idées pour faire connaissance avec l'arbre (activité)

Expérience réalisée par
Réseau des CRIE, CRIE du Fourneau Saint-Michel (A.S.B.L.).
Cadre
scolaire et parascolaire, collectivites (homes, ateliers proteges, hopitaux, habitats,...)., autre
Public(s)
tous publics - famille.
Thème(s)
nature / biodiversité, pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
arbre, activité, animation, émotion, temps, valeur.
Date & durée de réalisation
2019.
Lieu de réalisation
(0).

Description de l'expérience

Quels sont les fruits éducatifs de l’arbre ? Et les approches pédagogiques pour les cueillir au mieux ? Réponses de Christian Dave, coordinateur du CRIE de Saint Hubert, tombé tout petit dans la marmite forestière. Il réagit à nos mots-clés

  • Temps

Lors d’animations en forêt, la lenteur s’impose d’elle-même, un autre rythme s’installe spontanément. C’est une clé d’apprentissage essentielle : s’imprégner du temps forestier et le comparer au temps humain. Se rendre compte qu’un arbre peut traverser au moins six générations d’êtres humains. C’est aussi un espace réduit, à courte vue. Quand on rentre dans une forêt, on rentre dans un cocon.
Un garde forestier me disait que son métier était « d’écouter pousser les arbres ». Toute sa carrière il voyait des arbres immobiles. Il n’en verrait pas la fin, et pour beaucoup n’en avait même pas vu le début. Son métier était de prendre soin de ce patrimoine pour les générations futures.

  • Apprentissages

La forêt est un terrain d’apprentissages multiples, au delà des classiques de la sylviculture. C’est un terrain parfois dur, humide, froid. Dès lors cela va développer les savoir-être, la dynamique de groupe, la solidarité, la collaboration, la concentration.
La forêt, c’est aussi une immersion dans la diversité. Une diversité concrète d’espèces et de sensations.
Autre apprentissage : le cycle de l’eau. Il commence en forêt. Un arbre pompe 200 litres d’eau par jour et en transpire 150 litres. On peut faire des math en calculant combien de litres cela représente pour un bois d’un hectare. L’ambiance forestière, c’est un brumisateur perpétuel, avec des îlots de fraicheur.

C’est aussi un terrain d’expression corporelle : on peut grimper, jouer avec des bois… La forêt est un réservoir inépuisable de matières, permettant d’exprimer et d’apprendre par le corps et l’esprit. Car tout y est source de manipulations : on peut peser un tas de feuilles de 1kg et mesurer son volume, puis le comparer à 1kg de bois, écrire l’histoire de son arbre, chercher les traces de vie, compter les différentes espèces…

  • Accessible

C’est en tout cas accessible financièrement. Jouer ou se balader en forêt, c’est gratuit, pour toutes et tous, pour peu qu’on habite proche d’un bois ! Cependant, il y a de nombreuses règles pour la circulation en forêt et elle n’est pas souvent aménagée. Seuls quelques arpents de la grande forêt de St-Hubert sont accessibles au public et c’est déjà une belle étendue.

  • Emotions

Anecdote : J’adore randonner en France. J’y vois des forêts magnifiques. J’ai également été émerveillé par les arbres accrochés au temple d’Angkor (Cambodge). Mais rien ne vaut la forêt près de chez moi, en Famenne-Ardenne, car elle, je la connais dans ses moindres recoins, j’y ai mon arbre fétiche auprès duquel j’aime me ressourcer. J’y ai vécu tant de choses, depuis mon enfance. Ce qui donne l’émotion, ce sont nos racines. Faire ressentir ça à quelqu’un est difficile. Mais on essaie, notamment avec l’école du dehors, en retournant chaque fois dans le même coin de forêt. On dit aux élèves : «  C’est votre petit coin ». Ils se l’aménagent. C’est cela qui fait l’attachement et le respect.

  • Dangers

Il n’y a objectivement aucun danger, à part peut-être les tiques. Les animaux s’enfuient lorsqu’ils sentent ou entendent la présence des hommes. En tant qu’animateur ou animatrice, il faut néanmoins toujours rassurer et assurer un confort suffisant : rappeler que la forêt est un lieu de protection et de refuge, choisir des parcours variés et non excessifs, prévoir des vêtements adaptés, etc.
Pour beaucoup, se balader la nuit en forêt génère de la peur. Moi, au contraire, j’adore, surtout à pleine lune ! C’est magique, une émotion pure. Nous emmenons parfois des groupes d’adolescent·es en bivouac en forêt. Au début, ils sont bien groupés, puis lors de la balade, on leur demande de s’écarter à 30m l’un·e de l’autre et de s’asseoir au pied d’un arbre, en lisière, en pleine nuit. Ils perçoivent juste les lumières du village, au loin, et ils écoutent. Cela permet à chacun·e de se recentrer sur leurs sensations, leurs pensées, leur vie. Emotions.

  • Valeurs

Les leçons de vie des arbres sont énormes. Un arbre, c’est un individu qui participe au collectif que représente la forêt. La forêt invite également à l’effort et à la patience. A la puissance et à la discrétion aussi : un arbre produit énormément, mais sans que cela ne se voit facilement ou ne s’entende. Ce sont enfin des milliers de plantes qui naissent et qui meurent, et nous questionnent alors sur la vie et la mort.

Envie de (faire) découvrir l’arbre de façon originale ? Pas besoin d’être spécialiste. Voici des idées d’activités testées et partagées par des animateurs et animatrices nature.

1.    L’arbre à Histoire
Se choisir un vieil arbre qui nous plait dans notre environnement quotidien (dans le quartier, l’école, le jardin du voisin, le parc du château) et retrouver son histoire. Enquêter auprès des habitants, de la commune. Prendre conscience que l’arbre était là avant nous et sera là après, qu’il a traversé l’histoire et de petits et grands événements (la guerre, la naissance d’un enfant…).

2. Si j’étais l’intérieur du tronc
Jouer les différentes couches de l’arbre : un premier groupe d’enfants se met au centre. Ils représentent le bois central (le duramen) qui donne de la rigidité à l’arbre. D’autres enfants viennent les entourer, ils représentent la deuxième couche (l’aubier) qui doit pomper pour que l’eau et les minéraux montent des racines jusqu’aux feuilles. Puis un troisième cercle d’enfants représente le cambium (écorce intérieure) par lequel le bois grossit. La couche suivante, c’est la sève qui descend, ils doivent pomper dans l’autre sens. Enfin, un dernier groupe d’enfants joue l’écorce externe qui va entourer tout ce petit monde pour le protéger. Et là, un scolyte arrive et va essayer de rentrer…

3. Jeu de rôle des usagers
Répartir des rôles au sein du groupe : le forestier, la bourgmestre, le chasseur, la promeneuse, le bucheron, la naturaliste. Toutes et tous sont convoqué·es à une réunion participative pour l’aménagement du bois communal (activité détaillée dans Wood’Kit, cfr. Outil p.18-19).
Et pourquoi ne pas compléter ce jeu de rôle par la rencontre d’un vrai forestier ?

4. L’arbre à math
Mesurer la hauteur d’un arbre grâce au théorème de Thalès et à une « croix de bucheron ». Prenez 2 baguettes de bois de 20 cm, que vous maintenez perpendiculairement devant votre œil de façon à former une croix. Éloignez-vous progressivement de l'arbre, jusqu’à ce la baguette verticale cache entièrement l’arbre. La distance qui vous sépare de l'arbre correspond à sa hauteur.

5. Postures d’arbre
Observer l’arbre, puis imiter sa posture (racine = ancrage, bras = branches). C’est l’arbre  symbole de l’humain. On peut en profiter pour faire de la pleine conscience. En groupe, on peut aussi imiter plusieurs arbres que l’on observe : certains s’enchevêtrent, se concurrencent, s’enlacent. Cela devient alors une métaphore des rapports humains.

6. L’arbre habitat
Qui habite dans l’arbre ? Les mousses, les plantes, les insectes. En dessous, au milieu, au dessus. Partir à la recherche des êtres habitants les arbres et de leurs indices de présence : des traces sur l’écorce, des chants d’oiseaux...

7. Les 5 sens
Toucher - Les yeux bandés (et guidé par un autre enfant), découvrir un arbre au touché, puis s’éloigner et tenter de le retrouver. Odorat - Réaliser un cocktail d’odeurs avec des éléments ramassés en forêt. Renifler une pomme de pin. Vue - Circuler en forêt avec un miroir posé sur l’arête du nez et orienté vers le ciel, de façon à « marcher dans la canopée ». Ouïe - Ecouter le silence, le chant de l’oiseau ou du vent dans les feuilles. Goût – Cueillir et cuisiner les fruits d’un arbre. 

8. Mon copain arbre
Chaque enfant se choisit un « petit milieu personnel » au pied d’un arbre. Un endroit où il se sent bien. L’idée est de le visiter régulièrement, de s’y asseoir, de se déconnecter, d’observer, d’écouter, ressentir. Eventuellement le dessiner dans un carnet de bord. 

9. L’arbre-ressource
Au pied d’un arbre, identifier toutes les ressources qu’il amène: habitat, ombrage, bois de chauffage, oxygène, absorption de CO2... Puis sortir de son sac une pomme (pommier), une allumette (peuplier), une aspirine (saule blanc), un gant en latex (hévéa), des grains de café (caféier), une feuille de papier… Où y a-t-il des arbres dans tout cela ? Et dans quoi d’autre ?

10. De la graine à l’arbre
Raconter la vie d’une graine qui veut devenir arbre. Toutes sortes d’aventures vont lui arriver. Il y a les aides de la nature (eau, soleil, humus…), les opposants (prédateurs, tempête…).  L’arbre devenu très grand, un bucheron le coupe pour en faire un meuble et pour laisser de la place aux petits arbres. Car d’autres graines aussi veulent devenir grand arbre. Une histoire à inventer, qui parle du cycle de la vie et de la mort. A enrichir ensuite par l’observation de plantules.

Ces activités ont été partagées par les Centres Régionaux d’Initiation à l’Environnement (CRIE) d’Eupen, Spa, Anlier, Saint Hubert, la SRFB, Tous à pieds.
Synthèse faite par Christophe Dubois.
Propos recueillis par Christophe Dubois

Avis & Conseils pédagogiques

Pour d'autres recherches d'outils pédagogiques, voir les propositions sur ce pdf

Sources

Magazine Symbioses n°123: Apprends-moi l'arbre

Télécharger ici   le pdf de l'expérience


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Vous avez des questions ? Vous désirez nous faire part d'une expérience que vous avez réalisée ?
Contactez notre service d'infos : info@reseau-idee.be