« Les manifs nous ont réveillés »

Expérience réalisée par
Collège Saint-Etienne (Etabl. scolaire).
Cadre
scolaire et parascolaire
Public(s)
jeunes.
Thème(s)
citoyenneté, climat.
Mots clés
jeune, citoyen, écocitoyenneté, militance, secondaire, zéro déchet, climat, sociocratie, circuit court, transition, désobéissance, sociocratie.
Date & durée de réalisation
2019.
Lieu de réalisation
Province du Brabant Wallon (1490).

Description de l'expérience

Le Collège de Court-Saint-Etienne a largement participé aux manifestations étudiantes. S’en sont suivis de nombreux projets environnementaux. Pour faire rimer urgence climatique et cohérence pédagogique.

Un mercredi soir de la rentrée, dans la salle des profs du Collège Saint-Etienne, à Court-Saint-Etienne. C’est l’effervescence. Une douzaine d’enseignant·es et la direction se réunissent pour lancer une nouvelle « cellule Transition » dans l’établissement.  Première mission de la cellule : faire passer l’école au presque zéro déchet. Car selon les études, notre poubelle représenterait un petit 10% de nos émissions de gaz à effet de serre. Avant un plantureux spaghetti, les collègues se répartissent en trois cercles s’inspirant de la sociocratie, un mode de gouvernance permettant à chacun·e de prendre sa place et ses responsabilités, en alliant autonomie et collaboration. Un groupe est chargé de la logistique, un autre de la communication externe, le dernier de la communication interne et de la sensibilisation. Les décisions fusent, chacun·e s’engage. Les uns vont transformer le Jeune Magasin Oxfam en magasin géré par les jeunes mais vendant des produits locaux et zéro déchets. D’autres vont lancer une cellule « élèves en transition », mener une action choc dans la cour, faire appel à des associations comme Coren, en parler un maximum pour que les 80 enseignant·es, les 700 élèves et leurs parents soient au courant et rejoignent l’aventure…

Stéphane, prof d’infographie élu « facilitateur » pour l’occasion,  rappelle les échéances fixées : action compostage en octobre, suppression des poubelles bleues et résiduelles en novembre, évaluation en décembre. On sent une énergie (renouvelable), une efficacité, une urgence.

Ce projet qui éclot, c’est une graine plantée par les élèves en grève pour l’urgence climatique. « Les manifs climat menées par les élèves nous ont réveillé. Il y avait déjà des initiatives individuelles d’enseignant·es, mais nous voulons désormais que les enjeux environnementaux et la transition écologique s’intègrent de façon plus structurelle dans le fonctionnement de l’école, jusque dans notre projet d’établissement. Le zéro déchet, c’est une entrée en matière concrète », explique Yorick Czarnocki, adjoint à la direction. Son t-shirt arbore une citation de Salvador Allende, démocrate progressiste chilien renversé par la dictature : « Etre jeune et ne pas être révolutionnaire est une contradiction ». Pas étonnant que ce jeune directeur ai mieux accueilli les manifs climat que certain·es de ses homologues. « J’y étais favorable, car c’est une initiative de désobéissance civile qui venait des élèves. Ils étaient dans leur rôle en désobéissant pour un véritable enjeu. Ils ont osé prendre position, se forger un avis, s’émanciper. Nous, notre rôle, c’est de les accompagner et de les soutenir dans leur démarche, sans pour autant les inciter à y aller, tout en les mettant en garde sur ce que cela nécessite comme engagement ». Au niveau scolaire, l’engagement des jeunes manifestant·es était de prévenir au plus tard la veille, d’avoir l’accord des parents et de remettre leurs cours en ordre.

  • Des enseignant·es motivé·es

Le mouvement étudiant a aussi invité les questions climatiques à l’intérieur des cours. « La plupart de nos profs en parlent. On l’a abordé en géo, en sciences, en religion, se réjouit Sam, étudiant en 5e. Mais tous n’ont pas apprécié nos absences, ça dépend de la sensibilité de chaque enseignant. L’école, c’est une mini-société, ça bouge lentement, il faut accepter les besoins et demandes de chacun. Cette année, après les vacances - en avion pour certains - la mobilisation redémarre timidement. » Diane, rhétoricienne, complète : « On n’est qu’au début, mais ça bouge pas mal. L’école a identifié plein de choses à faire et il y a la motivation pour les mener à bien. »

Gaëtane Coppens fait partie de ces enseignant·es motivé·es par la cause écologique. Nous la rejoignons dans le train qui l’amène à la grève climat du 20 septembre dernier. Dans le wagon, les calicots sont rares. « On n’est peu nombreux aujourd’hui, la rentrée est chargée, l’info n’a pas bien circulé. Pour moi c’est plus facile, je suis en congé ce vendredi ». Déjà l’an passé, les enseignant·es étaient partagé·es entre maintenir les cours et participer aux manifs. Au collège, beaucoup estiment que la cause environnementale est prioritaire, mais que leurs contraintes  - programmes, examens, remplacement par un·e collègue - sont trop fortes, que leur job est d’être en classe. Et que les résultats des manifestations sont insuffisants.

Pour Gaëtane, membre de Teachers for Climate1, manifester auprès des élèves est une nécessité : « C’est ma responsabilité de prof, de maman et de citoyenne. Je me sens en partie responsable de l’avenir des jeunes. Leur avenir m’effraie, je voulais agir. J’ai manifesté l’une ou l’autre fois l’an passé. J’estimais que ça faisait partie de mon cours de sciences, et je l’ai expliqué à la direction et à mes élèves. J’ai retrouvé certain·es élèves sur place, je voulais les soutenir. Puis, lorsqu’une manif a eu lieu à Louvain-la-Neuve, c’est alors devenu un quasi projet d’école et nous y sommes tous allés à pied. Je ne peux pas continuer à parler de l’énergie de manière théorique sans aborder les changements climatiques et sans relier ça à de l’action. D’ailleurs, cette année, dans mon cours de physique, je donne une place plus grande aux changements climatiques. »

Gaëtane Coppens n’est pas la seule. Plusieurs de ses collègues ont intégré ces questions dans leurs cours et mené des actions avec leurs élèves. En quelques mois à peine, le mouvement des jeunes a catalysé de nombreux projets restés dans les cartons du collège : organiser une conférence avec un climatologue, aménager un potager, créer un hôtel à insectes, consacrer les ateliers « temps mieux » du  jeudi après-midi à des activités environnementales, revoir les voyages scolaires, lancer une « cellule transition »…« Les manifs nous ont poussés à être plus cohérents au sein de l’école par rapport à l’environnement et à la démocratie interne », se réjouit Gaëtane. Après une vingtaine de jeudis pour le climat, les modes d’actions se sont diversifiés. Les revendications politiques ont fait germer des projets de terrain. « Les élèves ont aussi besoin de savoir ce qu’ils peuvent faire, concrètement, à leur niveau, sans attendre, constate l’enseignante, dont les grands enfants sont également engagés pour le climat. Les parents ne sont pas tous convaincus de la portée éducative de toutes ces manifs. Mais la plupart apprécient les projets menés à l’école. Il faut des actions concrètes, visibles, locales. »

Christophe Dubois

1 Mouvement d'enseignant·e·s soutenant les manifestations d'écoliers: https://teachersforclimatebelgium.weebly.com/

Sources

Magazine Symbioses 124 : Manif climat, et après?

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Indicateurs

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