Eduquer à la biodiversité, ça s'apprend

Expérience réalisée par
Education Environnement (A.S.B.L.).
Cadre
formations (specialisees et continuees)
Public(s)
animateurs / éducateurs, enseignants, étudiants (futurs enseignants), adultes.
Thème(s)
nature / biodiversité, pédagogie / éducation / formation.
Mots clés
formation, biodiversité, écocitoyenneté, nature.
Date & durée de réalisation
2010.
Lieu de réalisation
Province de Liège (4000).

Description de l'expérience

Pour aborder la biodiversité avec un groupe, des formations existent. Françoise Loret et Gabriel de Potter, formateurs à Education Environnement, nous en livrent les ressorts pédagogiques. Interview.

Vous formez de longue date des guides nature. Il y a quelques années, vous en avez changé l’appellation, pour « Interprète Nature et Environnement » (INéE). Pourquoi cette évolution ?

La formation « guide nature », historiquement, répondait à une demande, qui a fait son succès pendant plus de 25 ans : « je souhaite mieux connaître la nature ». Apprendre les petits oiseaux, sans obligation de devenir personne relais. C’étaient des naturalistes passionnés, bénévoles, souvent assez âgés. Aujourd’hui, le public qui vient en formation est plus jeune et a des motivations beaucoup plus diverses, notamment professionnelles. La formation insiste davantage sur le rôle de passeur, d’éveilleur, d’interprète. Les personnes qui suivent la formation INéE découvrent l’intérêt de partager et développent une méthode afin de toucher leur public dans toutes ses spécificités, toutes ses différences (de sensibilités, de connaissances…). L’interprète nature et environnement veille à ce que les personnes qu’il accompagne soient actrices de leurs propres découvertes. Ce n’est plus le guide qui donne à voir la nature par ses yeux d’expert. Ce n’est plus non plus uniquement l’environnement naturel, ça s’est élargi à l’environnement humain et urbain, avec ses enjeux sociaux.
Par ailleurs, les questions de nature et biodiversité sont également présentes dans nos nombreuses formations courtes (1 à 5 jours). Il y a évidemment les thèmes « explorer la mare » ou « comment animer la flore des bords de chemin », mais aussi ceux abordant nos modes de vie et les leviers de changement et où l’on parlera notamment des impacts de notre consommation sur la biodiversité.

Vous proposez de « rendre le public acteur de ses propres explorations de la biodiversité ». Comment ?

Mettre les gens en contact direct avec le milieu : les faire se mettre à quatre pattes, plonger une épuisette ou même sa main dans la vase… Ensuite, mettre en place une situation d’observation (dessin, description à une autre personne…). L’interprète n’est pas là pour décrire mais pour mettre les gens en questionnement, les inviter à traduire avec leurs mots ce monde qu’ils découvrent. Pour aller plus loin, on s’aidera d’outils : des clés de détermination par exemple. Certes, l’animateur apportera des connaissances, toujours, mais seulement lorsque le groupe posera des questions. La place du groupe est très importante : les gens s’enrichissent mutuellement de leurs interrogations et de leurs bagages.

Je suis enseignant ou animateur, sans grandes connaissances scientifiques, puis-je éduquer à la biodiversité ?

A la sortie de nos formations courtes, beaucoup de gens nous disent : « Je pensais que, pour aborder tout cela, il fallait être un expert. Je ne savais pas que je pouvais le faire moi-même, avec mon public ». Nous veillons aussi à leur montrer qu’on peut installer des contextes ou le « non-savoir » est « moins grave ».

Lorsque l’on parle de biodiversité, au-delà des mesures individuelles de sauvegarde, n’y a-t-il pas aussi un enjeu global et donc des actions collectives à mener ?

Dans nos formations, le champ de travail se situe au départ dans la sensibilisation individuelle. C’est l’individu qui est sollicité et appelé à progresser. Pour ce faire, nous privilégions les mots-clés : plaisir, connaissance, conscience. Dans beaucoup de domaines, la posture de l’éducateur à l’environnement est de s’atteler, par son intervention, à ce que des comportements individuels changent : ne plus utiliser de pesticides, faire un compost, etc. Nous, notre objectif premier n’est pas tant de changer les comportements, mais bien de faire prendre conscience de la complexité et des enjeux liés à la biodiversité. Et d’inviter à réfléchir de manière systémique, en observant la place qu’on occupe dans ce système, pour ensuite glisser progressivement vers la dimension politique.
Dans nos formations, au-delà de la découverte, qui occupe une place importante, nous essayons aussi de faire vivre l’engagement citoyen. Nous mettons les participants un contact avec des réseaux d’actions citoyennes pour faire bouger les choses : participer à un chantier, réagir à une demande d’avis pour un permis d’urbanisme, faire partie d’une association pour développer ou résister à un projet, s’impliquer dans les instances participatives de la communes (PCDN et autres)… Nous leur donnons ainsi des outils, des clés, pour s’engager dans la vie collective. Après, ils en font ce qu’ils veulent.

Un conseil à celles et ceux qui souhaitent éduquer à la biodiversité ?

Plutôt que des discours « sombres» sur les menaces, tenter au maximum d’associer à biodiversité des représentations positives : multiplicités de couleurs, de formes, formidable adaptation… Cela aide davantage à être impliqué et à s’engager.

Propos recueillis par Christophe Dubois

Sources

Magazine Symbioses n°85

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Eduquer à la biodiversité, ça s'apprend (PDF)


Indicateurs

Autres informations liées à cette expérience :

Plus d'infos

L’association Education Environnement propose, tout au long de l’année, un riche programme de formations en lien avec la biodiversité :

  • une formation longue de deux ans pour devenir Interprète Nature et Environnement (anciennement Guide-Nature) ;
  • des formations courtes ( de 1 à 5 jours). Il y en a 18 au programme 2010, divisées en deux types. Certaines ont pour objectif prioritaire d’aller plus loin dans le thème, (exemples : « explorer la mare et le ruisseau » ou « Les arbres en ville »), d’autres donnent plus l’éclairage pédagogique : on est là non plus tant pour connaître les plantes, mais pour savoir comment les aborder avec notre public (exemples : « comment animer la flore des bords de chemin » ou « comment animer une sortie oiseau avec le grand public »).

Programme complet sur:

www.education-environnement.be
04 250 75 00


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