Ecologie sans transition

Auteur(s)
Désobéissance Ecolo Paris (texte).
Éditeur
Editions Divergences.
Collection
Imaginaires Subversifs
Date et lieu d'édition
2020 -
Prix indicatif
14€
Approche
essais / réflexion.
Support
Thème(s)
développement durable.
Mots clés
développement durable, écologie, transition, économie, politique, croissance économique, décroissance, consommation, responsabilisation, lutte, engagement.
Public(s)
adultes.

Présentation :

Devant l’ampleur planétaire du désastre, un nouveau mouvement écologiste a émergé au fil des marches pour le climat, des grèves de la jeunesse et des actions de désobéissance. Mais sa stratégie se réduit encore à adresser une demande de transition à de supposés décideurs.

Pour Désobéissance Écolo Paris, collectif à l’origine des grèves scolaires dans la capitale, nous avons déjà perdu trop de temps à demander aux pyromanes d’éteindre l’incendie. L’inertie de ce monde n’appelle pas une transition, mais une rupture. Pratiquer une écologie sans transition consiste à interrompre dès maintenant l’œuvre destructrice de l’économie et à composer les mondes dans lesquels nous voulons vivre. Et cela, d’un même geste.

Avis et conseil d'utilisation :

Cet ouvrage est radical. Et il le revendique. C’est d’ailleurs sans doute sa plus grande force, et sa principale faiblesse. Sa faiblesse, d’abord: à forcer le trait et à souvent refuser la nuance, les auteurs tombent parfois dans la caricature. Comme celle qui opposerait artificiellement la "vraie écologie" (politique et culturelle) et les comportements individuels d’écoconsommation. Pour sortir de cette vision binaire, on vous conseille plutôt les travaux d’Emeline de Bouver.

On notera aussi plusieurs contradictions, au fil des pages. Peut-être l’effet d’un ouvrage collectif écrit à plusieurs mains non identifiables, regroupée sous le collectif Désobéissance Ecolo Paris, qui rassemble des membres d’horizons variés mais influencés par les expériences des ZAD et d’Extinction Rebellion, et initiateurs des premières grèves étudiantes pour le climat à Paris.

Un ouvrage inégal donc, où on trouve du très bon et du moins pertinent, du assez précis et du très vague. Ces 200 pages devraient néanmoins intéresser les citoyen·nes déjà bien investi·es dans l’écologie, en les invitant à sortir des larges ornières toute tracées de l’écologie douce et mainstream, celle de la "transition écologique", du moins telle que portée dans les médias, dans les discours politiques, économiques (et parfois associatifs), et atterrissant dans de plus en plus de foyers. Cette transition serait trop molle, trop lente, trop individuelle, trop superficielle, trop inégalitaire, pas assez révolutionnaire.

De fait, cet essai philosophico-politique dénonce certains travers des discours et pratiques de "transition". En réponse aux "ravages écologiques" - termes préférés à celui trop impersonnel d’effondrement - les auteurs et autrices dénoncent la culpabilisation des consommateurs, tenus à moins consommer et à consommer plus écologiques. Or le consommateur arrive souvent en bout de chaîne, lorsque tout a déjà été décidé pour lui. La surconsommation est avant tout un effet de la surproduction, qui elle même un effet de la compulsion de croissance inhérente au capitalisme. Désobéissance Ecolo Paris voit ainsi l’action écologique n’ont pas comme une somme d’écogestes individuels - hélas jugés inutiles - mais (uniquement) comme une démarche collective et politique.

Dans le prolongement, l’ouvrage dénonce aussi le terme de "renoncement" - par exemple à l’avion ou à la viande - trop présent dans la morale écologique, "transformant chacun en un petit surveillant de sa consommation et de celle des autres", à renfort de calculateurs d’empreintes carbone. Cette stratégie du renoncement entraine culpabilisation, compétition et exclusion, et "rend inconcevable toute révolte populaire contre les structures politiques et économiques". "Il n’est pas tant question de se priver et de faire le deuil du confort moderne, que de changer de vie", sur un mode affirmatif et désirable.

Il remet aussi les sciences à leur juste place: elles nous permettent de comprendre le réel et non pas de l’organiser. Les auteurs et autrices ne veulent pas d’une écologie technoscientifique, comptable et gestionnaire, vue comme un enjeu statistique, et qui organiserait la société. Pour elles et eux, l’écologie doit être politique et citoyenne. Ils proposent d’habiter le monde plutôt que d’essayer de le modéliser, elles préfèrent une campagne riante à l’éco, safe & smart city. "Quoique disent les sciences sur les taux d’extinction d’espèces, (…) ce dont nous sommes prêts à prendre soin c’est de ce dont nous sommes proches. Non pas des chiffres abstraits mais de notre jardin potager, des friches urbaines que nous avons explorées (…) Il faut s’émouvoir pour se mouvoir". Il ne faudra pas convaincre les animatrices nature et autres éducateurs à l’environnement, qui s’y consacrent depuis un demi-siècle.

Au fil des pages, on balaie enfin les grandes questions qui traversent actuellement le mouvement écologique: la nécessaire décolonisation de l’écologie, l’écoféminisme, les risques d’hygiénisme, d’écofascisme,…

Face à ces dénonciations, quelles solutions? Le collectif Désobéissance Ecolo Paris termine par des pistes de sortie (ou d’entrée), en direction de l’horizon. Des pistes inspirées des ZAD, construites à côté de l’Etat (autonomie politique), dans un rapport très opportuniste: on se met à côté des institutions et de la société telle qu’organisée actuellement, on aimerait presque qu’elles disparaissent, mais on bénéfice de leurs services. Transformer l’appareil productif pour le rendre compatible, sinon le démanteler. Et surtout: lutter. Pas un grand soir (quoique), mais des luttes réinventées, pragmatiques. Parfois très vague, parfois très précises.

En résumé, l’idée serait de se rendre indépendant des infrastructures et de renforcer notre réseau d’interdépendance écologique. Faire nous-mêmes et nous relier. Un discours entendu aussi dans les rangs des nombreuses initiatives se revendiquant "de transition"… C.D.

A lire aussi: "Ecologie sans transition, un livre qui prône la rupture écologique totale", critique publiée sur http://mrmondialisation.org/ecologie-sans-transition-un-livre-qui-prone-la-rupture-ecologique-totale/

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