Aller au contenu principal

Outil pédagogique

La nature à hauteur d'enfants

Socialisations écologiques et genèse des inégalités

La nature à hauteur d'enfants

Curieux et sensibles, les enfants seraient spontanément attirés par la nature, source infinie d'éveil et de découvertes. C'est oublier un peu vite les déterminants sociaux qui favorisent cette rencontre. Quelle " nature " les enfants s'approprient-ils avec leurs parents ou leurs enseignant.es ? En quoi est-elle pour eux une ressource précieuse dans les premiers apprentissages ? Comment s'en saisissent-ils concrètement ?
À partir d'une longue enquête de terrain auprès d'élèves âgés de trois à six ans et de leurs parents en région parisienne et dans une commune rurale du sud de la France, Julien Vitores montre comment les enfants se familiarisent à des usages de la nature très différenciés, selon leurs positions de classe et de genre. On comprend mieux ainsi en quoi acquérir le goût de l'effort en montagne ou le sens de l'observation en scrutant des insectes, apprendre à nommer les animaux ou les considérer comme des personnages, s'enthousiasmer pour la coupe des arbres ou vouloir les câliner peut contribuer à (re)produire des rapports au monde socialement situés.
À rebours des discours sur une nature à la portée de tous, l'auteur révèle les logiques de distinction à l'œuvre durant ces premières socialisations écologiques, dont témoignent les observations ethnographiques, mais aussi des jeux et des dessins. Sans nier l'intérêt de ces apprentissages et de la sensibilisation à l'environnement, il invite à tenir compte des inégalités sociales dès la petite enfance, afin d'envisager la nature comme un véritable bien commun au cœur d'un projet émancipateur.

Avis et conseil d'utilisation

Cette étude aide à comprendre que la façon dont les enfants se familiarisent à des usages de la nature, très différenciés selon leurs positions de classe et de genre, peut contribuer à (re)produire des rapports au monde socialement situés. Sans nier l'intérêt de ces apprentissages et de la sensibilisation à l'environnement, l’auteur invite à tenir compte des inégalités sociales dès la petite enfance, afin d'envisager la nature comme un véritable bien commun au cœur d'un projet émancipateur. Selon lui, il ne faut pas que la nature apparaisse comme une thématique neutre, au risque de dépolitiser les enjeux et d’invisibiliser les débats sur les différentes manières d’éduquer les enfants, de concevoir la nature et l’écologie.

En outre, l’auteur relève régulièrement que les ouvrages sur l’éveil des enfants à la nature, qui invitent souvent à découvrir la nature près de chez soi, insistent sur la facilité d’observation des ces “petites choses” – feuilles, insectes, cailloux… – susceptibles d’alimenter la curiosité, l'imagination et la sensibilité des enfants, qui y sont valorisés. Reproduisant ainsi souvent le rapport à la nature que l’on retrouve plutôt chez les classes moyennes plutôt dotées de capital culturel, telles qu’observées dans l’enquête de Julien Vitores, et dans les enfants des classes populaires se retrouvent peu.

L’auteur invite donc à ne pas séparer les questions éducatives de la problématique des inégalités matérielles et culturelles. Il appelle ainsi à prendre en compte les coûts matériels et symboliques des apprentissages enfantins, et suggère de ne pas hiérarchiser les sujets d’observation en se focalisant systématiquement sur la nature mais d’observer aussi les humains et leurs réalisations p.ex. Il invite aussi à ne pas faire reposer la résolution de la crise environnementale sur la jeune génération au détriment d’un changement structurel immédiat mis en oeuvre par les adultes.

Si certains de ces constats nous étonnent finalement peu, les voir détaillés au travers d’une étude sociologique approfondie – mais de lecture agréable et accessible – éclaire notre compréhension et notre regard critique sur les pratiques scolaires mais aussi de notre secteur, et nous fournit des points d’attention essentiels à prendre en compte. SH

Lire le compte-rendu complet de lecture paru dans la newsletter Infor'Membre du Réseau IDée.