Santé & environnement - Apprendre à prendre soin
Pour une pédagogie du soin
Ces derniers temps, nous assistons, sidéré·es et inquiet·es, à la fissuration des digues qui semblaient assurer notre sécurité. Les valeurs de notre modèle social – justice, démocratie, liberté, solidarité – sont menacées par l’extrême droite, dont le virus se répand à travers le monde, jusque chez nous. L’ordre mondial titube. Les grandes puissances imposent leur force pour asservir leurs voisins et voler leurs ressources. Le pétrole du Vénézuela (1) , mais aussi les ressources agricoles, minières et énergétiques de l’Ukraine, pour ne citer que deux pays. Les richesses naturelles comme motifs de guerre. Une stratégie de prédation archaïque, empreinte à la fois de l’empereur, de l’affairiste et du caïd de quartier.
Heureusement, chez nous, la guerre n’est pas (encore) armée. Mais elle est déjà culturelle (2), donc éducative. Partout, on entend se multiplier les discours hostiles à la transition écologique. Les militants environnementaux sont de plus en plus réprimés. Les scientifiques et les associations sont définancés. Au Parlement européen, la droite conservatrice et l’extrême droite – encouragées par le trumpisme – s’allient pour détricoter progressivement les récentes mesures prises dans le cadre du Green Deal. Ce pacte vert, hérité des manifs climat, visait à transformer nos modes de production et de consommation pour qu’ils soient plus propres, plus sains et climatiquement neutre d'ici à 2050.
C’est désormais le Green Backlash (3), le retour de bâton face à des politiques écologiques jugées trop contraignantes, et pourtant factuellement insuffisantes au regard de l’immensité des défis climatiques et sanitaires. Ce mouvement mondial réactionnaire, sponsorisé par l’industrie fossile, extractiviste et agro-alimentaire (4), trouve écho jusque chez nous, propagé notamment par les réseaux sociaux.
Dorénavant, les discours alertant sur les risques de sacrifier l’environnement sur l’autel de la compétitivité ne semblent plus entendus, ni même entendables. La fenêtre d’opportunité des défenseurs de l’environnement se referme. Et si nous poussions alors la porte de la santé et du soin ? Le bien-être, lui, reste une préoccupation majeure de la population, dont le politique peut moins facilement se soustraire. Après tout, santé humaine et santé de l’environnement sont les deux faces d’une même pièce, comme le démontre le concept One Health (« Une seule santé ») abordé dans ce Symbioses.
Ce serait quoi, alors, une éducation à l’environnement qui relie notre santé à celle de la planète ? Une pédagogie du soin ! Une pédagogie qui valorise l’attention portée aux autres, quel·les qu’ils ou elles soient, de l’enfant à l’insecte. Une éducation qui apprend à prendre soin de la Terre, des êtres qui l’habitent et de ceux qui l’habiteront (5). Où la fragilité est une force et l’interdépendance une chance. Où on apprend par l’expérience sensible, par le cœur et le corps. Où on prend conscience et soin de notre nature, tant intérieure qu’extérieure. Où le soin est à la fois individuel, collectif et politique, partant de soi pour s’élargir au quartier puis à la société. Une pédagogie qui cultive le pouvoir d’agir. Où on (ac)cueille les émotions. Une pédagogie de la relation et de la réparation. Pour se remettre de l’oppression, pour nous relever du choc, pour offrir un autre discours que le « chacun pour soi ».
Si tous les petits Donald et Vladimir avaient bénéficié d’une telle pédagogie, peut-être le monde serait-il moins malade…
Christophe Dubois
(1) Pétrole qu’on devrait laisser dans le sous-sol si on veut limiter le réchauffement global à +2 C°
(2) « Une véritable guerre culturelle se mène en Belgique francophone » a notamment déclaré Georges-Louis Bouchez à Pascal Praud (CNews).
(3) L. Teulières, S. Hagimont, J.-M. Hupé (dir.), Greenbacklash. Qui veut la peau de l’écologie, Paris, Seuil, 2025.
(4) E. Darian-Smith, Global Burning : Rising Antidemocraty and the Climate Crisis, 2022.
(5) Selon la formule de Marta Lopez et Isabel Fernandez, parlant des apprentissages positifs de la pandémie de Covid en lien avec l’éducation à l’environnement
Christophe Dubois
Directeur général
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