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Article Symbioses

L’alimentation pour jeter des ponts

L’alimentation pour jeter des ponts

L’alimentation pour jeter des ponts

Février 2025, un article de Sophie Lebrun
Un article du magazine Symbioses n°146 : Santé et environnement - Apprendre à prendre soin

Des associations aident les enseignant·es à sensibiliser leurs élèves à l’alimentation durable, à la fois bonne pour la santé et respectueuse des écosystèmes. Exemple avec les animations Good Cook de GoodPlanet. Reportage à Faulx-Les Tombes.


© Sophie Lebrun

Photo ©Sophie Lebrun

« Bonjour Sophie ! On les met là, nos couteaux et nos planches à découper ? » « On cuisine quoi aujourd’hui ? » Les élèves de P5-P6 de l’école communale de l’Envol (Faulx-Les Tombes)  rejoignent leur classe sourire aux lèvres, visiblement impatient·es de connaître le menu de la seconde animation Good Cook guidée par Sophie De Staercke.

L’animatrice de l’association GoodPlanet les invite d’abord à se remémorer le contenu de l’activité vécue trois semaines plus tôt. « On a appris beaucoup à propos des fruits et des légumes », se souviennent les élèves. D’une part « l’importance d’en manger au moins cinq portions par jour » et leurs apports, notamment « des fibres, et des vitamines qui nous donnent une bonne santé, un bon système immunitaire ». Mais aussi le fait de privilégier « ceux qui sont de saison, bios, et qui poussent chez nous et pas au bout du monde », ajoutent-ils. De quoi, au final, « prendre soin à la fois de notre santé et de celle de la planète », résume l’animatrice. Tel est le leitmotiv des animations Good Cook.

« Aujourd’hui, on va approfondir ces objectifs, et cuisiner des collations », poursuit-elle, en déroulant des nappes imprimées façon plateaux de jeu, et en y déposant des enveloppes de cartes et d’autres éléments ludico-pédagogiques. Par groupes de 4 ou 5, les élèves vont se remuer les méninges et nourrir leurs connaissances, en faisant progresser leur pion-chevalier en quête d’une alimentation à la fois saine et durable. Après quoi, ils et elles mettront, au sens propre, la main à la pâte.

Le végé, c’est bon pour les santés

Côté santé, les élèves (re)découvrent nos « alliés » (eau, vitamines et minéraux, protéines…), nos « ennemis » (graisses saturées et sucres rapides, consommés avec excès) et leurs « pouvoirs » respectifs, comparent différentes collations, et se plongent dans les étiquettes alimentaires. Non sans ouvrir de grands yeux. « Ouh là, on croirait qu’il y a surtout du cacao et des noisettes dans ce choco, mais il n’y en a que 7% et 13%... et par contre 50% de sucre ! » « Moi je retiens qu’il ne faut pas manger des frites trop souvent : il y a trop de mauvaises graisses, ce n’est pas bon pour le cœur. »

D’autres défis mettent en évidence, de manière très visuelle, l’empreinte environnementale de nos choix alimentaires, en termes de consommation d’eau, d’occupation des sols et d’émissions de CO2. Les élèves prennent ainsi conscience qu’une alimentation végétale est moins délétère qu’une alimentation carnée. « Je n’avais pas pensé au fait que les vaches, il faut aussi beaucoup de champs pour cultiver leur nourriture, confie l’un d’eux. Et je ne savais pas que leurs rots et leurs pets augmentaient le réchauffement climatique. »

Un focus est mis sur une famille-clé de l’alimentation végétarienne, les légumineuses (lentilles, pois chiches, soja…), et sur d’autres graines également riches en protéines (quinoa, noisettes…). Des protéines indispensables, notamment pour la construction de nos tissus musculaires et de notre peau, comme les élèves viennent de l’apprendre. « On croit souvent qu’il n’y en a que dans la viande, les œufs et le poisson, alors qu’il y en a aussi beaucoup dans certaines plantes ! », souligne l’animatrice.

Fort bien, mais pour ce qui est d’intégrer ces pois chiches, lentilles et autres légumineuses dans les habitudes, on sent, à quelques moues très perplexes, que ce n’est pas gagné d’avance pour tous et toutes. Des photos de plats (falafels, wok au tofu, salade sucrée-salée…) sont là pour y aider. Et, parfois, l'avis éclairé d’un copain. Quoi qu’il en soit, rien de tel que de cuisiner soi-même pour avoir envie de titiller ses papilles et ses a priori.

Vitaminer les compétences

Les élèves se lavent les mains, enfilent leur tablier, répartissent les ingrédients et ustensiles et, en petits groupes toujours, vont concocter une collation saine. Pâte à tartiner des chevaliers (à base de pois chiches), Energy bowls (mêlant fruits secs, flocons d’avoine et carotte), Thé du dragon (rooibos aromatisé aux épices et fruits) et Bouclier de fruitsdes fruits de saison mais pas tous hyper locaux : on est en hiver », concède Sophie). Chacun·e y va de sa petite découverte (« C’est quoi du gingembre ? ») ou de son petit défi personnel : bien lire la recette au lieu de foncer tête baissée, travailler en groupe, suivre les conseils d’utilisation d’un couteau, façonner avec délicatesse les boules d’énergie...

« L’alimentation durable est un thème riche, souligne Juliette Trignon, leur institutrice, qui n’a pas perdu une miette de l’activité. L’animation rejoint différents savoirs, savoir-faire et compétences inscrits dans les référentiels scolaires : en formation géographique et formation économique (occupation du sol, production, consommation, impacts environnementaux des activités humaines…), en sciences, en maths, en français, en formation manuelle et technique (qui prévoit d’ailleurs explicitement la préparation de plats, entre autres compétences liées à l’alimentation), etc.(1) Des compétences relationnelles et organisationnelles sont aussi mobilisées : collaborer, se répartir les tâches, travailler en autonomie... » De plus, ajoute l’enseignante, « je peux faire le lien avec un projet-pilote de sensibilisation aux perturbateurs endocriniens (dont les pesticides) dès le plus jeune âge, auquel notre école participe (2). Un des gestes-clés est de laver les fruits, et de privilégier le bio. »
« L’agriculture bio est évoquée dans les animations Good Cook, mais plus brièvement, tout comme le gaspillage alimentaire », note Sophie De Staercke. Face à un thème riche – et à la volonté de proposer le moment de mise en action qu’est l’atelier cuisine –, le choix a été fait de ne creuser qu’un ou deux sujets par animation, pour éviter l’indigestion d’informations.

Ouvrir grand ses papilles

« Observez, sentez, touchez, goûtez les ingrédients », encouragent l’animatrice et l’enseignante, en passant d’une table à l’autre. Quand vient le moment de la dégustation collective, Sophie De Staercke invite à se laisser surprendre, à prendre plaisir à tester de nouvelles saveurs : « avant de goûter, essayons d’oublier le goût des boissons et chocos très sucrés auxquels notre cerveau est souvent habitué. »

« Vous avez découvert des plats faciles à cuisiner, sans sucres ajoutés, sains pour vous et pour l’environnement », conclut-elle. Bilan : plus une goutte dans les cruches, plus une miette dans les assiettes. Mais quelques idées-clés plantées dans les têtes, et un dossier pédagogique et des recettes pour les cultiver. Elèves et enseignant·es sont ainsi invité·es à prolonger l’aventure en classe et à la maison.


(1) A ce sujet, voir l’outil pédagogique ErE DD & référentiels scolaires (> thématique alimentation) publié par le Réseau IDée.
(2) Un volet (mené par l’ULiège) du projet européen Hypiend.


Mais encore : plusieurs associations d’ErE proposent des animations scolaires reliant santé et environnement > Voir notre sélection d'adresses utiles

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